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« J’avais mal pour ces jeunes »

Ghalia Quissi a une vraie histoire avec Tanger et ses festivals. Eloignée de l’univers cinématographique, elle est parvenue à réaliser 30 secondes, court-métrage qui aborde une thématique actuelle : l’endoctrinement de la jeunesse, transformée en kamikazes.

Pour la réalisation de son court 30 secondes, Ghalia Quissi s’est frottée à toutes les étapes de la fabrication d’un film.

Pour la réalisation de son court 30 secondes, Ghalia Quissi s’est frottée à toutes les étapes de la fabrication d’un film.

Comment est née l’idée de 30 secondes ?
C’est une envie de cinéma et d’histoire qui a germé dans mon esprit, depuis plusieurs années. Je suis originaire de Belgique, où j’ai grandi et vécu aux côtés d’autres personnes, issues de la communauté marocaine, belge et européenne. J’ai quitté, un temps, ma ville natale, pour y revenir une quinzaine d’années plus tard. Ce retour m’a profondément marquée : j’ai véritablement eu un choc, la jeunesse que j’avais côtoyée au fil de mon enfance et de mon adolescence tenait un discours particulièrement violent envers l’Occident. Ces jeunes étaient sous le coup de la frustration, confrontés au chômage, au désœuvrement et surtout au manque de reconnaissance. Comme ils me connaissaient depuis longtemps, ils se sont confiés à moi, en cessant de me parler de religion, de façon extrêmement violente, répétant qu’ils étaient prêts à se faire exploser. J’avais mal pour eux. Ils ignoraient le visage tolérant, de l’islam qui prône, notamment, l’érudition et l’amour.C’est ce qui vous a mené au propos de votre court-métrage puisque vous avez transposez le sujet belge en sujet marocain…

 

« Ces jeunes étaient sous le coup de la frustration, confrontés au chômage, au désœuvrement et surtout au manque de reconnaissance. »

Oui, et c’est principalement le fait que je me questionnais sans cesse, au sujet de cette jeunesse en mal de vie, en me demandant « comment peut-on en arriver à vouloir se faire exploser ? » (Sic).
L’actualité aidant, qui évoquait les faits de kamikazes, m’a peu à peu conduit à mon propos. A savoir, comment des jeunes qui ont grandi en Europe, ici, à Bruxelles, en arrivent à cet état d’esprit de destruction de la vie. Ils m’ont rappelé l’obscurantisme religieux catholique au Moyen-âge, où l’on tuait au nom de la religion. Ils sont en manque d’amour, et je le répète de reconnaissance, les seuls à leur porter de l’attention sont malheureusement les plus extrémistes, et qui ont un discours religieux très virulent. Ce sont de plus, des jeunes qui sont incroyablement sensibles au thème de la religion.

Comment s’est opéré le choix du casting ?
Ghalia QuissiIl s’agit en fait, d’un casting qui s’est réalisé par des coups de cœur successifs. Comme je fréquentais le milieu théâtral de Marrakech, car j’aime particulièrement le théâtre, et j’avais eu la chance de rencontrer Hassan Hamouch, président du Syndicat des comédiens, j’ai assisté à l’une des répétitions de la pièce Glaoui. J’y ai vu la comédienne Fadela Benmoussa, en qui, j’ai d’emblée vu, le personnage de la mère de 30 secondes. C’est une grande dame, pétrie d’humour et de générosité, qui a immédiatement accepté ce rôle après que je lui ai raconté l’histoire de ce projet, à contre-courant de son répertoire humoristique. Elle m’a d’ailleurs confié que c’était le rôle qu’elle attendait. Elle nous donné une belle leçon de vie lors du tournage ; c’est une personne qui force le respect.

Où s’est situé ce tournage ?
En décor intérieur, dans les studios Cinétéléma, du réalisateur Latif Lahlou, qui m’a énormément conseillée et soutenu dans la réalisation de ce premier projet, puis à Aïn Sebaâ. C’est un tournage qui s’est déroulé sur quatre jours.

Vous faites figure de pure passionnée, vous avez débarqué il y a à peine un an, en disant que vous réaliseriez un court-métrage.
Et vous voilà avec un film présenté en compétition officielle dans la section court-métrage…J’ai autofinancé 30 secondes, et je me suis frottée à toutes les étapes de la fabrication d’un court-métrage, qui demande une grande rigueur, exigence que je ne soupçonnais pas au départ. Les maladresses m’ont servies, car ce film présenté au panorama du festival du court-métrage méditerranéen de Tanger, on octobre dernier, peut aujourd’hui concourir en compétition officielle : j’ai réduit la durée de ce film, grâce à l’aide du service technique du CCM, que je salue et que je remercie. Et j’ai compris pourquoi mon court-métrage n’avait pas été retenu en octobre dernier. A présent, je suis très heureuse de vivre ce festival, qui a été le premier que j’ai découvert, il y deux ans, et d’y présenter 30 secondes. Ce film est ma plus belle aventure professionnelle. Je suis heureuse de constater l’élan de jeunes cinéastes marocains et d’y avoir rencontré des artistes comme Lahcen Zinoun.◆

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