« L’avantage de l’Angola est sa disposition à se développer »
Situation politique et économique, infrastructures, secteurs clés…, Mourad Mekouar, consul honoraire de l’Angola à Casablanca revient sur l’essentiel des potentiels de l’Angola, un pays qui offre plus d’une opportunité d’affaires pour les entrepreneurs marocains.
Quelle est la situation politique sur place ?
La guerre est finie depuis 2002. Aujourd’hui, la situation politique est stable, l’ancienne opposition Unita fait partie du gouvernement dans un jeu démocratique qui, certes n’est pas parfait, mais qui tranche complètement avec la situation avant la paix. Si vous le permettez, je voudrais partager quelques données avec vous pour aider ceux qui ne connaissent pas ce pays à mieux le situer. Sur le plan géographique, l’Angola est le 23eme pays par la superficie, juste devant le Mali, tandis que le Maroc occupe la 57e place. Avec un peu plus de 13 millions d’habitants, dont près de la moitié (43%) a moins de 14 ans, le taux d’alphabétisation est de plus de 67% et 59% de la population vit en ville.
L’une des principales ressources du pays est le pétrole qui contribue à près de 85% au PNB. Les diamants représentent environ 5%. La croissance annuelle moyenne frise les 15%. L’Angola importe plus de la moitié de sa consommation en produits agroalimentaires.
Quel est le volume d’échanges entre le Maroc et l’Angola ?
Il faut savoir que depuis 2005, le pays a attiré des milliards pour la reconstruction de ses infrastructures en provenance du Portugal, de Chine, du Brésil, de l’Allemagne, de l’Espagne et de l’Union européenne.
Pour sa part, le Maroc réalise environ 36 millions d’euros à l’export vers l’Angola dont près de 20 millions pour les sardines uniquement. Le reste étant constitué par de l’urée et quelques produits finis ou semi-finis comme l’aluminium. Dans l’autre sens, nous importons pour moins de 15 millions d’euros, essentiellement en produits pétroliers ou dérivés. Il faut souligner que depuis la fin de la guerre, l’activité a paradoxalement baissé, essentiellement par l’ouverture vers d’autres pays.

Pour Mourad Mekouar, le BTP et l’agroalimentaire figurent parmi les secteurs où le Maroc a une carte à jouer.
Quels sont les secteurs porteurs ?
Tout ! Par rapport à ce que nous savons faire. Le pays est complètement à reconstruire, les besoins concernent tous les secteurs. Il suffit de sélectionner les projets que l’on peut gérer sur le plan logistique.
Quel est l’avantage des entreprises marocaines ?
Les engrais font l’objet d’une forte demande en parallèle avec les besoins sur place. Le BTP et l’agroalimentaire figurent parmi les secteurs où le Maroc a une carte à jouer. Vu la taille des marchés concernés, la question est plus celle des capacités financières, techniques et humaines que de compétences.
La meilleure manière d’approcher les marchés angolais est de se regrouper en Groupements d’intérêts économiques, y compris avec des entreprises étrangères – si nécessaire – pour pouvoir proposer une offre solide.
N’est-il pas trop tard quand on voit l’intensité de la présence portugaise ou chinoise sur place ?
Non, il n’est jamais trop tard et ils sont à peine à 15% de leurs besoins. Il y a encore beaucoup à faire.
Tout le monde lorgne l’Angola depuis la fin de la guerre, mais les jeux sont loin d’être faits.
Quel serait le rôle du gouvernement marocain ?
Il faut saluer le rôle de Maroc Export qui a inclus l’Angola dans sa quatrième caravane. Pour concrétiser les opportunités relevées, l’accompagnement des groupements pour obtenir les couvertures juridiques, les incitations à l’export, l’appui auprès des institutions financières pour les financements serait un gage important dans la réussite de l’implantation des entreprises marocaines sur place.
Sur la plan logistique, après la liaison aérienne prévue pour janvier 2012, la mise en service d’une liaison maritime rapprocherait indéniablement nos pays et faciliterait nombre d’opérations.
Comment faudrait-il approcher l’Angola ?
Il faut tout d’abord hiérarchiser les priorités pour ne pas s’engager dans des choses irréalistes. Ensuite, il faut commencer à petite échelle et s’intéresser à des projets de taille gérable. Le dimensionnement est important pour assurer le succès des projets.
Ensuite, il faut rapidement travailler à concrétiser les projets et les demandes exprimées. Les différentes entreprises concernées doivent se constituer en consortiums par secteurs.
Chaque consortium doit proposer ce qu’il peut faire avec des délais. Un bureau d’études pourrait synthétiser tout cela dans le cadre d’un projet qui serait soumis au ministre afin qu’il le défende auprès de ses homologues angolais.
Envisagez-vous d’inviter des décideurs angolais ?
Oui, une fois que nous aurons identifié des projets et établi un plan de travail concret.
Quelle suite comptez-vous donner à cette Caravane ?
Il faut reprendre contact avec les contacts rencontrés, faire une recherche plus assidue et tracer un plan d’action. L’avantage de l’Angola est sa richesse en ressources et sa disposition à se développer.◆


