Amine Sidi-Boumedienne a signé, Demain, Alger ? Un opus présenté en compétition officielle au 9e Festival du court-métrage méditerranéen à Tanger et une belle promesse pour le cinéma de la région.
Comment est née l’idée de ce film ?
Il n’y a pas forcément de raison précise. Je voulais, en fait, traiter un événement historique à travers une génération qui a participé et vécu un épisode de l’Histoire en Algérie. Mon frère aîné m’a inspiré le propos et mon personnage principal : à partir d’une amitié et d’un drame humain particulièrement intime, qui rejoint un drame national plus important. On en revient finalement à la petite histoire qui se joue à côté de la grande.
Demain, Alger ? a été tourné en décembre 2010 alors que le 14 janvier éclatait la révolte tunisienne…
J’ai évidemment été très surpris comme nombre d’autres personnes. Au plus fort du tournage de Demain, Alger ?, certains me disaient, « c’est un sujet obsolète » [sic]. Pourtant, à ce moment, je croyais dur comme fer que la notion de révolution était plus que jamais d’actualité en Algérie, alors que la vraie problématique des pays arabes était celle des harraga. Il ne faut pas oublier que ceux qui n’ont malheureusement pas l’opportunité de quitter leur pays en quête de nouveaux horizons, ni le courage de partir, se tournent vers la révolte.
Et j’ai bien sûr été surpris par l’ampleur du Printemps arabe qui a suivi les mois suivants.
Votre court-métrage sera-t-il projeté en Algérie ?
Le diffusion des films en Algérie reste un véritable problème. Le cinéma algérien est connu dans les festivals internationaux mais méconnu du public algérien. La jeune production et l’ancienne ne doivent plus être uniquement destinées à une élite. Lorsque j’ai réalisé Demain, Alger ?, il s’agissait à mon esprit d’un projet de prime abord local, nous avons également demandé un visa d’exploitation au ministère de la Culture. À présent, il m’importe plus que tout, que le film soit diffusé en Algérie par le plus grand nombre. Je projette de le mettre sur le Net, après sa vie en festival à Abou Dhabi, Zaghreb, Bagdad, au Canada. Les courts-métrages parviennent difficilement jusqu’aux cinémathèques. Il existe des magasins de films anciens et le paradoxe, c’est qu’on n’y trouve pas de films algériens. Le circuit de diffusion du court-métrage est par conséquent très restreint, à cela s’ajoutent des problèmes de droits, regarder un film algérien s’avère compliqué et les Algériens se détournent de leurs films.
Avez-vous un autre projet de film ?
J’aime varier les genres. Mes précédents courts-métrages sont différents de Demain Alger ? Je suis plutôt de nature curieuse, j’apprécie des choses totalement éloignées les unes des autres. Je ne suis pas Woody Allen. J’aime explorer de nouvelles voies par le biais de la fiction et les cadres très divers.
Le prochain court se tournera du côté de l’anticipation, de la poésie. Une proposition simple, qui parle d’une problématique actuelle. La science-fiction est, pour cela, un prétexte bien senti. Il n’est pas aisé de trouver la forme cinématographique qui intéresse nos publics, mais j’ai envie de tenter l’expérience du film de genre.
Vous semblez aussi accorder beaucoup d’importance à la musique. Vous avez été le super gagnant des nuits Blind test de ce festival…
[Rires !] On ne va pas parler de ça ?! Chaque musique qui traverse mes courts-métrages est minutieusement pensée. Par exemple, je pensais à une chanson de Jimmy Hendrix dans Demain, Alger ? avant de trouver, finalement, celle de Steven Wilson, qui détone par son rock progressif. C’est là que l’on doit avouer que le cinéma est un art complet. L’ambiance, la narration, les personnages et, par conséquent, la musique. Je rêverais de signer la musique de mes films comme le faisait, John Carpenter, mais, même si je joue du piano, je ne suis pas un bon musicien.◆






