« Le complexe Mohammed V fait courir un grave danger aux spectateurs »
L’état des stades au Maroc mérite réflexion. A l’ère du professionnalisme, le Maroc compte-t-il des stades de haut niveau ? Mehdi Sekkouri Alaoui, ancien journaliste devenu expert dans les stades, nous apporte quelques précisions.

« Le complexe Mohammed V, vu son emplacement central, peut devenir le véritable poumon culturel et sportif de Casablanca », estime Mehdi Sekkouri Alaoui (ci-dessous).
Vous êtes devenu le premier expert marocain dans les stades. Comment en êtes vous arrivé là ?
J’ai suivi une formation de Stadium Manager au centre de droit et d’économie du sport de Limoges. C’est dans ce même centre que Zidane se forme actuellement au métier de manager général. Durant deux ans, j’ai sillonné l’Europe pour étudier des dizaines de stades, arénas, centres de formation, etc. J’ai également dirigé l’organisation des inaugurations des stades de Marrakech et de Tanger ainsi que le Trophée des champions 2011.
Concrètement, en quoi consiste votre métier ?
Je conseille dans la construction et l’aménagement de tout type d’infrastructures sportives. En Europe, par exemple, on fait appel à des spécialistes sur chaque projet de stades ou d’arénas. Grâce à leur savoir faire, ces spécialistes permettent non seulement de réduire les coûts et de choisir les meilleurs fournisseurs, mais surtout ils apportent des solutions permettant une exploitation future optimale. Deuxièmement, j’ai une expertise qui consiste à faire des infrastructures sportives des lieux de vie au quotidien.
Comment jugez-vous les stades récemment ouverts au Maroc ?
A l’exception de quelques erreurs architecturales, les nouveaux stades de Marrakech et de Tanger sont de véritables bijoux qui n’ont rien à envier à la plupart des enceintes européennes.
A quelles erreurs architecturales faites-vous allusion ?
Au stade de Marrakech par exemple, si vous êtes assis sur les trois ou quatre premières rangées vous ne voyez rien parce qu’elles sont en dessous du niveau de l’aire de jeu. D’ailleurs, il serait raisonnable de ne plus les commercialiser.
Qu’en est-il de l’exploitation de ces deux stades ?
Je pense sincèrement que le Maroc a fait un bond en avant en matière d’organisation. En revanche, nous sommes encore très loin des stades européens où le sportif ne représente que 20 à 25% de leurs chiffres d’affaire. Le reste provient de concerts, séminaires, vernissages, etc. Chez nous, on continue d’y organiser essentiellement des matchs de football.
Selon vous, combien de stades sont aux normes au Maroc ?
A part les stades de Marrakech, Tanger, Rabat et de Fès, tout le reste n’est pas conforme aux normes de sécurité, d’hygiène, d’accueil, etc. Avoir une aire de jeu et des gradins n’est pas suffisant pour être considéré réglementaire.
Qu’en est-il du complexe Mohammed V ?
Cette enceinte fait courir un grave danger aux spectateurs, non pas à cause de son emplacement mais plutôt en raison de son aménagement qui est loin d’être adapté pour accueillir du public. Lors de chaque match des milliers voire des dizaines de milliers de supporters accèdent au stade à travers des portes exigües d’une hauteur ne dépassant pas 1,60m, c’est totalement absurde. Récemment, des goulots de bouteille ont même été plantés sur certaines parties du mur de clôture pour dissuader les resquilleurs. J’espère que le Conseil de la Ville va y remédier rapidement.
Vous pensez donc que l’emplacement du complexe Mohammed V ne pose pas problème ?
Pas du tout. La plupart des stades européens sont bien situés en plein centre ville. Le problème est ailleurs. Il faut, à mon sens, investir davantage dans la sensibilisation et l’encadrement du public, améliorer l’organisation à l’intérieur et à l’extérieur, réaménager entièrement le stade afin d’accueillir les supporters dans les meilleures conditions possibles. Je vais même plus loin, je pense que le complexe Mohammed V, vu son emplacement central, peut devenir le véritable poumon culturel et sportif de Casablanca. Il suffit juste de lui apporter les aménagements nécessaires. ◆

