« Le Maroc n’a pas cessé d’inspirer nombre d’artistes »
Productrice et réalisatrice ayant vécu entre le Maroc et la France, Izza Génini rend un vibrant hommage au rythme marocain à travers ses films documentaires. Edités en 3 volumes de DVD, « Maroc en Musiques », a été présenté au 47e Festival national des arts populaires. Entretien inspiré.

Pour Izza Génini, le souvenir des personnes qui ont énormément compté, ont inspiré la création de certains personnages.
Comment êtes-vous venue au cinéma ?
J’ai d’abord eu une première vie de productrice et de distributrice avant de passer derrière la caméra. En 1987, j’ai réalisé mon premier documentaire. Ensuite ont suivi d’autres films de la même veine, autour de la musique propre à la culture marocaine, comme « Gnaouas », « Vibrations en Haut Atlas, « Nuptiales en Moyen Atlas », « Rythmes de Marrakech», « Aïta », « Malhoune », « Tambours Battants», « Des Luths et Délices», Cantiques Brodés » et bien d’autres. Je me suis également tournée, vers la musique arabo-andalouse à travers la réalisation du documentaire, « Nouba d’or et de lumière », ainsi qu’à l’histoire de ma famille, dans « Retrouver Ouled Moumen ».
Vous avez une fascination pour le Maroc ?
Oui, c’est mon pays et il m’a toujours inspirée, même lorsque je l’ai quitté à 17 ans, pour m’installer à Paris, son souvenir était vivace, je vivais encore au plus près du Maroc. Le temps aidant, comme j’avais énormément de plaisir à y revenir et à continuer de le découvrir, je suis venue au cinéma par cette voie : c’est le fruit d’un cheminement, naturellement lié au Maroc. Il s’agit en effet, d’une terre magnifique, qui regorge de beauté, preuve en est aujourd’hui encore, ce festival. Et quel autre espace mieux que celui des tentes de Timitar, où j’ai été invitée par le directeur artistique, Brahim El Mezned, pouvait présenter mes films au cœur d’un village du Sud marocain ? La salle de cinéma s’est transformée en tente, avec un public approprié : ce sont les protagonistes même de mon film qui en sont devenus les spectateurs !
Votre œuvre est riche de plus d’une vingtaine de films consacrés au Maroc en musiques, qu’en retenez-vous ?
Une aventure humaine car la majeure partie du temps, les films que j’ai réalisés, l’ont été avec des musiciens et des artistes avec lesquels, j’avais déjà noué des liens amicaux. Ces documentaires n’auraient pas pu se réaliser différemment. Sans le concours et l’amitié profonde de ces musiciens, nous n’aurions pas vécu une telle densité humaine à travers ces nombreux films, à la différence d’un reportage classique.
Avez-vous des projets ?
Non, pas pour le moment. Je fonctionne de façon totalement indépendante, étant donné le contexte économique du marché du film. Je m’occupe du volet de la production, de la réalisation, j’accompagne chaque film. Ce qui me laisse finalement peu de temps pour un nouveau projet. Et je suis évidemment très heureuse de constater que plus de vingt ans après leur réalisation ces films rencontrent encore une incroyable résonance. Je vais d’ailleurs les présenter en Pologne prochainement, lors d’un festival, ils connaissent un vrai succès à travers le monde.
Certains personnages de vos films vous habitent-ils encore ?
Oui. Le souvenir des personnes qui ont énormément compté, telles que Souad Ben Barka, Saïd Saddiki, et mes rencontres avec d’autres artistes. Ils vivent toujours à travers ces films, tous ces talents et ces belles âmes, qui m’ont beaucoup donné, leur générosité, leur temps. Parlez-nous du moment où vous avez quitté le Maroc… J’avais 17 ans et un cursus très parisien, je venais de Casablanca. Ma famille a alors francisé ses noms et mon prénom, Izza est devenu Izon. Plus tard, lorsque j’ai commencé à fréquenter les gens issus du monde du cinéma, ils se sont écriés: «Mais Izza, quel beau prénom, et le Maroc c’est magnifique ! » (Sic). Ce sont eux qui m’ont ma marocanité, leur regard, certes, extérieur, m’a permis de regarder à mon tour la richesse culturelle et humaine de mon pays natal.
Quel endroit affectionnez-vous particulièrement au Maroc ?
Le Sud, la région de Marrakech. J’y ai consacré un film autour des racines de ma famille, « Retrouver Ouled Moumen », car ma famille est originaire de la vallée du Draa, j’appartiens à cette région. Je suis de plus, très sensible à la musique et aux rythmes de cet endroit. Le Maroc n’a cessé d’inspirer nombre d’artistes issus des quatre coins du monde. C’est une terre au patrimoine fort de tradition et de culture ancestrales. Toutes les formes d’expressions qui s’y attachent sont bien entendu, les bienvenues, lorsqu’elles valorisent ces identités propres au Maroc. ◆

