« Le SIGMED au secours de l’environnement »
Gil Mahé, hydroclimatologue et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), nous en dit plus sur le projet SIGMED et sur les portées qu’il pourrait avoir, à terme, sur des pays comme le Maroc.

Gil Mahé, hydroclimatologue et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement.
Lancé en 2010, le projet SIGMED est une approche spatialisée de l’impact des activités agricoles sur les transports solides, et les ressources en eau. Maroc et Algérie constituent les lieux de l’étude. La dernière rencontre entre chercheurs du projet, côté Maroc, s’est tenue le lundi dernier au Centre Jacques Berque (CJB) de Rabat.
En quoi consiste le projet SIGMED ?
Le projet SIGMED a pour vocation d’étudier les impacts des activités agricoles à grande échelle, c’est-à-dire à l’échelle de grands bassins versants, de plusieurs dizaines de milliers de km². Cette étude est réalisée au Maroc et en Algérie, sur deux bassins témoins que sont celui du Bouregreg pour le Maroc, et celui de l’Oued Mina en Algérie. Ce projet a démarré en 2010, et va s’étendre jusqu’en 2013. Le projet est financé par l’AUF, Agence universitaire pour la francophonie.
Pourquoi l’AUF appuie-t-elle financièrement un tel projet ?
La raison est à chercher au niveau de l’un des objectifs du projet SIGMED, qui est d’augmenter les relations inter-universitaires entre les trois pays partenaires, à savoir le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Les chercheurs qui participent aux projets se voient souvent, voyagent d’un pays à l’autre, et échangent également leurs étudiants.
Qu’en est-il du séminaire organisé à Rabat, le 26 mars, entre des chercheurs travaillant sur le cas du Maroc ?
Celui-ci est interne au Maroc, et a été mis en place grâce au soutien du Centre Jacques Berque. Il vient de notre désir de faire de l’animation scientifique en permanence, sur des idées structurantes du projet. L’un des axes du projet est l’étude des relations homme/environnement. Il s’agit de savoir en particulier comment les populations, en particulier rurales, prennent en compte la dimension eau et environnement dans leurs pratiques agricoles et dans leurs choix.
Le projet SIGMED s’intéresse également à l’impact des activités agricoles sur les transports solides. Que veut dire « transports solides » ?
Les transports solides sont l’ensemble des matières en suspension, c’est-à-dire tous les bouts arrachés au versant lors des pluies, et qui sont charriés par les rivières. Arrivés dans les barrages, ces bouts viennent combler petit à petit les barrages, en réduisant la capacité de stockage en eau. Le problème est qu’on ne connaît pas vraiment la vitesse à laquelle les barrages s’envasent. Mais on sait qu’il y a un impact direct entre le type d’activités agricoles, la végétation, et la vitesse à laquelle les barrages vont se combler.
Vous insistez également sur la nécessité, pour les chercheurs engagés dans le projet, d’entretenir des relations avec les sciences humaines et sociales. Pour quelles raisons ?
Les approches que nous avons habituellement de l’environnement sont très physiques, c’est-à-dire que l’on étudie, par télédétection, un type de couverture végétale. Ce sont des approches liées uniquement au milieu, que l’on voit soit depuis l’espace, soit depuis l’échelle de mesure que l’on apprécie. Or, les dynamiques de population ont des impacts sur l’environnement, mais qui sont rarement considérés à une grande échelle. On les connaît localement, et on est capable d’écrire très précisément ce qui se passe, mais on ne sait pas comment les appréhender à l’échelle de 10 000 km². On sait aussi que cela a des impacts sur le ruissellement et sur l’érosion. Il est donc important de dialoguer avec les spécialistes des sciences humaines, afin qu’ils nous donnent leur vision de l’environnement, et qu’on arrive à déterminer quels indicateurs on pourrait utiliser de leurs connaissances, à l’échelle du bassin versant.
Que va-t-il ressortir, en 2013, du projet SIGMED ?
On travaille directement avec la direction des ressources en eau du Maroc, et l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia, qui participent fréquemment à nos réunions. L’objectif, c’est de travailler avec eux, et de trouver ensemble la meilleure manière pour que nos résultats soient appropriés par les services nationaux, et qu’ils puissent par ce biais, les utiliser dans leurs décisions ultérieures. ◆

