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« Les artistes sont anonymes »

Daoud Oulad Syad revient à ses premières amours, la photographie. Dans « Au pays de l’enfance », exposée à la Galerie de l’aimance depuis jeudi soir, l’artiste ressuscite un Maroc vierge, brut, magnétique. Entretien.

Daoud-Oulad-Syad

«Au pays de l’enfance» marque le retour de Daoud Oulad Syad sur la scène photographique. Il récidive, fort d’un talent vertigineux et d’un regard pénétrant sur son Maroc ancestral.

Vintage est le mot d’ordre de l’exposition de Daoud Oulad Syad. Ce cinéaste confirmé, dont peu connaissent les talents de photographe, exhume depuis peu les bijoux pris dans les années 80. Ressuscitées une première fois à Photomed en mai, les pépites nostalgiques de ce maître de l’image sont exposées à la Galerie de l’aimance à Casablanca, jusqu’au 14 juillet. Dans « Au pays de l’enfance », l’instinctif se mêle à la documentation et le Maroc, poétique et vrai, apparaît dans toute sa splendeur. Que reste-t-il de ce légendaire Maroc ? Discussion.

Comment a commencé votre périple marocain dans les années 80 ? Et pourquoi avez-vous arrêté la photographie pendant 15 ans ?
Je suis parti sur mes origines, mon enfance, mon adolescence. J’ai toujours cherché à laisser une trace et à documenter l’ancien Maroc. Quand je suis rentré de France après mes études, j’ai vu que les gens étaient avides de mémoire. Pendant les années 80, je n’ai fait que de la photographie, sans arrêt, et ce n’est que dans les années 90 que je me suis lancé dans le cinéma, et je m’y suis consacré.

Vous n’avez pas exposé depuis quinze ans. Que retenez-vous de ce road-trip ?
Je regrette ces paysages qui sont maintenant dénaturés par des poteaux, des antennes et des éléments de modernisme. La civilisation recule et le modernisme a tout changé. Il faut préserver ces paysages authentiques et, malheureusement, le Maroc néglige cet aspect urbain, contrairement aux urbanistes européens. Je me demande par exemple si, avant d’effectuer les travaux pour le tramway, les responsables ont pensé à garder trace des lieux. Il est important de préserver ces images pour la génération future. Dans vos photographies, vous montrez la précarité, sans tomber dans le misérabilisme. Dans certains portraits, on décèle de la dignité, voire même de l’arrogance… Je photographie le charme du vrai Maroc, les gens, la médina et aussi mes sœurs, ma mère, ma maison. Le Maroc ne représente pas la pauvreté, et les murs délabrés ne symbolisent pas la précarité, mais plus la poésie. J’ai pris beaucoup de photos sur la misère ou les ordures ou autre, mais je ne les montre pas parce que cet aspect-là ne m’intéresse pas. Je travaille sur l’instant et la mémoire.  Vous avez participé en mai à Photomed, premier Festival de photographie méditerranéenne, et le succès de votre exposition « Boujâad » a été fulgurant. Dans Photomed, la commissaire d’exposition Mona Mekouar a voulu réunir anciens et jeunes. J’ai représenté l’ancienne garde et le travail était complémentaire. J’ai été ravi de rencontrer ces jeunes, et je pense qu’il faut leur passer des commandes et les mettre en valeur. Cependant, j’ai regretté qu’il n’y ait pas un seul politicien sur les lieux. Nous sommes anonymes. Il faut que les politiciens sachent que l’art est un vecteur politique très important. L’art est indispensable, parce que nous avons besoin de rêver. Les pays les plus développés sont ceux qui ont le plus de rayonnement culturel.

Y a-t-il une école photographique marocaine, à votre avis ?
Il n’y a pas une seule écriture photographique, ni un seul cinéma au Maroc. Marie Moignard a publié un livre sur la photographie qui a trait à cette question et qui montre des clichés depuis l’époque du sultan Moulay Abdelaziz. Il n’y a pas un regard, il y en a plusieurs.

Préférez-vous le travail solitaire de photographie ou le travail d’équipe ?
Je suis d’apparence très marrakchie mais, au fond, je suis un solitaire. Même quand je fais du cinéma, je travaille seul. Je fais partie de l’école classique et pour moi le tournage n’est qu’exécution. Et quand j’arrive au tournage, le film est déjà prêt. Hitchcock a dit : « Je fais mon film dans mon bureau, lorsque je tourne, je m’ennuie ». Si j’arrive à faire un film tout seul, je serai heureux.

Suite à ces deux expositions, de nouveaux projets sont certainement sur le rail…
Oui, je monte une grande exposition à Paris en 2015, sur une proposition de Jean-Luc Monterosso, directeur artistique de Photomed et directeur de la maison européenne de photographie, un lieu de rêve pour moi. J’ai également une commande pour photographier les Français en septembre, et j’en suis honoré, comme pour les photos que j’avais prises des Américains dans les années 90. Je suis également en phase d’écriture d’un nouveau film qui sera dans la continuité de « La mosquée ».Un artiste, c’est comme un sportif, s’il ne fait pas un travail cérébral tous les jours, il va moisir. ◆

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