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Environnement

2 novembre 2011

« Ça bloque chez les pêcheurs »

Ecrit par

Rabat vient d’accueillir le premier Atelier national sur les aires marines protégées (AMP) aux fins de pêche. Ce qui a permis de soulever une thématique laissée pour compte au niveau législatif. Entretien avec le Pr Mohamed Naji, expert en économie de la pêche.

Atelier aires marines

L’Atelier sur les aires marines protégées a eu lieu dans le cadre du programme Millenium Challenge Account. En médaillon, le Pr Mohamed Naji.

Parmi les volets du programme Millenium Challenge Account au Maroc figure le projet Pêche artisanale. La mise en œuvre de ce dernier s’accompagne de réflexion. Aussi le premier Atelier national sur les aires marines protégées (AMP) aux fins de pêche a-t-il été organisé lundi dernier à Rabat. Éclairage du Pr Mohamed Naji, spécialiste de l’économie de la pêche à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan-II, quant au rôle des AMP et aux freins à leur implantation.

Comment définir, pour les non-spécialistes, une aire marine protégée ?
L’AMP est une zone de protection spéciale. Nous délimitons un espace de l’océan, pour lui attribuer un statut particulier. Ce statut se traduit par un degré de protection renforcé. C’est-à-dire que toutes les activités qui se déroulent au niveau de cet espace sont gérées et soumises à une autorisation préalable, aussi bien les activités de pêche que de plaisance. Tout est réglementé au niveau d’un plan d’aménagement de gestion, document partagé par l’ensemble des acteurs, et qui est renforcé par une charte.
La charte décline les attributions et les rôles à jouer par chaque intervenant. Dans les AMP, on s’intéresse à plusieurs types d’activité : extraction, pêche, ou encore exploitation minière. Tout cela, en veillant à la protection des écosystèmes.

Pourquoi a-t-il fallu attendre juillet 2010 pour qu’une loi sur les aires protégées soit promulguée au Maroc ?
Les aires protégées sont tout d’abord apparues en milieu terrestre, notamment les parcs nationaux. Ils ont été décrétés par le biais de procédures législatives comme des décrets, mais pas par une loi spécifique.
Par la suite, nous nous sommes rendus compte de la nécessité de fédérer les textes à l’aide d’une loi, votée en 2010. Juste après, nous avons eu la Charte sur l’environnement et le développement durable, qui constitue également une prise de conscience de la nécessité de protéger nos écosystèmes. L’objectif est, à terme, de mettre en place un corpus législatif qui réglementerait l’ensemble de ces actions, et qui attribuerait à certaines zones un statut spécial. Il existe également les sites d’intérêt biologique. Une vingtaine a déjà été identifiée, mais nous attendons toujours l’application de la loi sur les aires protégées.

Lors de votre intervention à cet atelier, vous avez affirmé que le Maroc ne disposait pas encore d’AMP. Pour quelles raisons est-ce le cas ?
Nous avons une ébauche d’aire marine protégée, mais qui est en train d’être décrétée par le biais d’instruments. Nous attendons toujours le texte d’application de la loi. En effet, la loi de 2010 ne parle pas encore spécifiquement des aires marines protégées. On ne retrouve nulle part le vocable « marin ». Ça reste un domaine non couvert.

Comment faire sans l’existence de cette loi spécifique ?
Nous allons avoir recours à des instruments juridiques conventionnels, tels que les décrets et les circulaires, pour mettre en place des aires marines protégées en attendant que la loi soit promulguée. L’objectif du projet présenté aujourd’hui est d’ailleurs d’établir les lignes directrices des textes d’applications de ladite loi, et lui donner une touche marine.
Au Maroc, dans quelles zones géographiques est-il nécessaire d’introduire des AMP ?
Le choix des sites d’implantation des AMP est un choix multicritère. Aucun critère n’est prééminent. À côté des critères d’ordre écologique et biologique, nous devons tenir compte de critères sociaux. En effet, il est primordial que l’AMP soit acceptée par tous les opérateurs, qui vont veiller à la réussite de cette aire. Nous avons déjà identifié six zones prioritaires : Al-Hoceïma/Calairis, Belyounech/M’diq, Mehdya/Moulay-Bousselham, Essaouira, Sidi-Ifni, et, enfin, Akhfennir/Laayoune. Ce sont des alternatives proposées. Puis, nous passerons à des missions de terrain pour affiner le diagnostic, et voir le degré d’acceptation des pêcheurs.

Pour quelles raisons les pêcheurs n’accepteraient-ils pas les AMP ?
Généralement, les AMP sont contraignantes. Et l’ensemble des exploitants ne sont pas prêts à accepter que leurs activités soient strictement réglementées. Cela entraîne des contraintes dans l’exercice de leur métier, et ce, au-delà de l’enthousiasme que pourrait susciter l’implantation d’aires marines protégées. Les acteurs ne sont pas tous prêts à être confrontés à la dure réalité que leur impose le plan de gestion de l’AMP. C’est donc à ce niveau que ça bloque chez les pêcheurs ! ◆




 
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