Les PME et l’économie réelle constituent plus que jamais le moteur de la croissance économique et de l’emploi au Maroc. En marge d’une conférence organisée par le Club des Etudiants Entrepreneurs de Demain autour de l’entreprenariat en temps de crise, Kamal Darnouni, enseignant chercheuren Finance à l’Université Hassan II, doctorant en sciences de gestion, nous éclaire sur le sujet.
Quelles sont les étapes qu’un jeune entrepreneur doit respecter pour lancer son affaire ?
Une personne qui voudrait lancer un projet doit faire une analyse de l’environnement externe. Cette analyse pourrait se faire idéalement en suivant l’approche PESTEL. Cette approche a pour objectif d’évaluer l’influence des facteurs externes sur l’entreprise qu’il veut lancer. Il s’agit notamment des facteurs politiques, économiques, sociaux, technologiques, environnementaux et législatifs. Grâce à cette analyse, il pourra prédire plus au moins les tendances futures et permettra ainsi à son entreprise de saisir les opportunités potentielles ou existantes. En temps de crise, cette analyse peut avoir un penchant vers les menaces et, au sein de ces mêmes menaces, il faut pousser la réflexion pour distinguer entre les menaces que je peux contourner et transformer en opportunité et celles qui peuvent être bloquantes. Un simple exemple illustratif est la taille de l’entreprise: une grande entreprise peut être impactée par une conjoncture car elle n’a pas la flexibilité nécessaire dont disposent généralement les petites organisations. Après l’analyse de l’environnement externe, il faut penser à l’organisation. L’entrepreneur devra disposer d’une organisation souple, réactive et il faut aussi qu’il se donne les moyens pour mesurer la performance de cette architecture organisationnelle. La structure adoptée ne doit pas être non plus très coûteuse.
Quelles sont les qualités intrinsèques de l’entrepreneur ?
La qualité la plus importante est d’être visionnaire. C’est la capacité d’avoir une vision sur le court, le moyen et le long terme. Il faut également qu’il soit stratège. C’est-à-dire qu’il soit capable de traduire sa vision sur le terrain par des actions. L’entrepreneur doit également être créatif. Et par créativité il faut entendre sa capacité à gérer des difficultés pour lesquelles il existe peu de solutions voire aucune. Il doit être également innovant en lançant des concepts pratiques, souples, peu coûteux pour l’entreprise mais dégageant une forte valeur ajoutée. Par ailleurs, il ne faut pas négliger les ressources humaines. L’entrepreneur doit s’entourer d’un personnel compétent et dont le sentiment d’appartenance à l’entreprise est puissant. Dans ce sens, le manager ne devra pas prendre en compte uniquement le profit des actionnaires, mais également les intérêts de l’ensemble de son équipe. Notamment en intégrant leurs besoins et attentes en matière de gestion de carrière ou de formation.
Ces qualités doivent-ils être accentuées chez l’entrepreneur en temps de crise ?
On dit souvent que c’est en temps de crise que le talent du manager se révèle. Le talent du manager va, en effet, s’exprimer à travers la mise en exergue de l’ensemble des qualités précédentes, auquel il devra concilier la notion de gestion de risque. On parle souvent de chiffre d’affaires réalisé, mais en temps de crise le seul chiffre sur lequel on peut s’appuyer est le chiffre d’affaires encaissé. Il faudra donc s’assurer des débouchés solides dans lesquels le risque d’impayés est réduit. Dans un contexte de crise financière internationale qui a touché nos principaux partenaires, je pense qu’il est temps, même pour ceux qui veulent se lancer aujourd’hui en affaires, de s’orienter vers l’Afrique. Notre continent n’est pas forcément touché par cette crise et compte d’ailleurs un bon nombre de marchés vierges qui promettent des taux de croissance assez élevés. Dans ce sens, on pourrait s’appuyer sur les étudiants subsahariens qui étudient au Maroc, ne serait-ce que pour la réalisation de prospections des marchés de leurs pays d’origine. Ceux-ci pourraient justement devenir des partenaires solides et jouer les ambassadeurs des produits marocains.
Qu’en est-il du financement en ces temps difficiles ?
Malheureusement, la politique adoptée par les banques nationales s’oriente davantage vers les grandes entreprises que vers les petites structures, dans la mesure où il est facile de pêcher un grand poisson que d’en pêcher un petit. Dans un tel contexte, toute l’ingéniosité de l’entrepreneur est de trouver un projet qui ne nécessite pas de lourd investissement ou de penser à un certain rééchelonnement de l’investissement de sorte à ne pas engager l’entreprise dans des financements lourds qui pourraient impacter sa rentabilité sur le long terme. De même, pour les entrepreneurs qui ne peuvent pas avoir accès au crédit bancaire, ils pourront s’adresser à des capital investisseurs qui, eux, apportent des fonds en qualité d’actionnaires, mais à condition de présenter un business plan solide. Et pour conclure, j’espère que l’introduction de la finance islamique au marché marocain pourra apporter une solution au financement des projets des entrepreneurs à travers le produit Moudaraba.◆





