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Interviews

1 décembre 2011

« Il n’y aura pas de chasse aux sorcières »

Ecrit par

Mustapha El Khalfi, l’une des personnalités les plus en vue du PJD, dont il est membre du conseil national, explique au  Soir échos  les priorités de son parti. Il est question de faire de la bonne gouvernance le fil conducteur de toute action gouvernementale.
Les détails.

Mustapha El Khalfi est l’un des principaux architectes du programme du PJD.  Photo Yassine TOUMI

Mustapha El Khalfi est l’un des principaux architectes du programme du PJD. Photo Yassine TOUMI

Mustapha El Khalfi parle d’une stratégie intégrée où l’ensemble des secteurs agiront dans une sorte de chaîne complémentaire. Le parti de la Lampe compte concrétiser graduellement son programme électoral, à commencer par mettre en œuvre la Constitution, assurer la transparence dans tout processus économique et la création d’un fonds de solidarité social réservé aux femmes divorcées. Quant à la position du PJD face à la levée par le Maroc des réserves sur la CEDAW, elle est qualifiée d’ « erreur » par Mustapha El Khalfi qui met en garde contre le « recul » sur plusieurs acquis garantis par le code de la famille.

Le PJD a fait du renforcement de la démocratie et de la bonne gouvernance un Leitmotiv de ses discours. Concrètement, en quoi consistent ces priorités ?
Pour nous, la démocratie se décline concrètement dans quatre grands chantiers à commencer par la mise en œuvre de la nouvelle Constitution  à laquelle s’ajoute le cumul, depuis ces cinq dernières années, de 26 lois, dont presque 16 sont organiques. A présent, nous sommes face à la nécessité de réviser la structure même de l’Etat, mais sur la base d’une approche participative et de ce que j’appelle l’interprétation démocratique de la nouvelle Constitution. Dans celle-ci figure la création de 13 nouveaux Conseils, dont celui de la famille et de la parité, qui consolident la pratique démocratique dans l’Etat de droit. Et dans ce travail, le chantier de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption représentent, pour le PJD, un réel défi. Le Maroc qui était classé, il y a dix ans, 42e au plan mondial au niveau de l’Indice de perception de la corruption a dégringolé aujourd’hui à la 85ème place. Cela nous coûte 2% de notre PIB et a un impact très défavorable sur le climat économique et la compétitivité. Les institutions ne peuvent pas évoluer dans un cadre de conflits et de tensions, elles sont appelées à travailler dans une sorte de convergence exploitant les points communs. Et ce but, nous, y arriverons en instaurant comme base une stratégie intégrée.
Nos deux autres chantiers concernent la préservation des libertés et des droits ainsi que la régionalisation. Pour la première, nous estimons que notre arrivée, portée par le vent du Printemps arabe, nous engage à répondre aux besoins de la société revendiquant ses droits. Il y a une dynamique sociale que nous devons absolument suivre et à laquelle nous devons également répondre par, à titre d’exemple, renforcer le rôle de la justice. Quant à la régionalisation, elle est liée à différentes questions dont celle du Sahara. Par régionalisation, le PJD entend redistribution de la richesse dont le principal moyen reste la croissance économique. C’est ainsi que se dessine la vraie démocratie participative.

Vie publique, vie privée : Un nécessaire distinguo

Qu’en sera-t-il des libertés individuelles ?
Nous avons des acquis qui représentent l’aboutissement d’une dynamique d’abord interne de la société. Le PJD ne prétend pas s’opposer à certaines valeurs mais de suivre la dynamique telle qu’elle est. Sur le plan juridique, dans liberté il faut distinguer entre affaire privée et publique et sur cette base, nous pourrions apporter des propositions éventuellement. Nous ne comptons pas limiter les libertés ou en priver qui que ce soit, car nous estimons avoir un contrat avec le citoyen : réaliser notre programme bien loin des stéréotypes.

Dans la lutte contre la corruption et les détournements de fonds, le PJD compte-t-il réveiller les vieux dossiers ou lancer une traque contre tout responsable suspecté ?
Le PJD ne va pas faire de la chasse aux sorcières. Il est question plutôt d’activer et de mieux utiliser les organismes actuels, dont l’Instance centrale de prévention de la corruption ou encore celle de la compétitivité, mais aussi faire en sorte que les responsables rendent des comptes. Et face aux dysfonctionnements ou irrégularités que nous constaterons, nous n’hésiterons pas à intervenir pour les circonscrire. Nous voulons apporter un nouveau souffle aux instances de bonne gouvernance et pousser la croissance économique comme annoncé dans notre programme. Et dans ce sens, notre parti, à travers l’ensemble de ses représentants, s’engage, dès à présent, à donner l’exemple en ce qui concerne la déclaration des biens, afin que cette règle fasse boule de neige ensuite. C’est ce à quoi aspire la Constitution en appelant à également à la lutte contre la corruption. Abdeslam Aboudrar, le président de l’ICPC, dispose d’une stratégie, mais qui reste lettre morte sans mise en œuvre effective.
Nous comptons, dans ce cadre précis, sur le rôle primordial du ministère de la Jstice pour parvenir aussi à protéger les témoins des actes de corruption.
Nous pensons que, graduellement, la transparence aura un effet très bénéfique sur le climat social et économique.

Pour ce qui est justement de ce climat social, il y a eu une grande tension lorsque le PJD a décidé de s’opposer à la levée des réserves sur la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). Comptez-vous maintenir votre position ?
Les acquis garantis par le code de la famille, nous devons les renforcer et développer les ressources nécessaires pour cela. La levée des réserves sur la CEDAW pose un problème de convergence avec nos acquis. C’est une erreur juridique qu’a commise le Maroc en levant ces réserves. Dans celles-ci, la pension alimentaire devient une responsabilité du père et de la mère, et la garde de l’enfant est également partagée au nom de l’égalité. Le PJD fera des déclarations explicatives de chacun de ses articles de la CEDAW qui privent la femme de ses droits clairement établis dans la Moudawana. Pour nous, la femme doit jouir pleinement de ses acquis et la pension doit être payée par le père uniquement. Actuellement, nous avons 60 000 cas de divorce par an et, dans une grande partie, le père prend la fuite laissant la mère s’occuper toute seule de ses enfants. Pour ces femmes, l’Etat doit apporter un minimum de protection par la mise en œuvre d’un fonds de solidarité social qui nécessitera un milliard et demi de dirhams, soit le triple du programme Tayssir pour la scolarisation de tous les enfants.◆




 
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