Imprimer

Interviews

1 décembre 2011

« Israël exagère la menace iranienne »

Ecrit par

Intervenant dans un contexte de vives tensions, l’attaque de l’ambassade britannique à Téhéran vient mettre le feu aux poudres. Le professeur Thierry Coville, spécialiste de l’Iran, analyse les enjeux de cette crise entre Téhéran et les pays occidentaux.

Des manifestants proches de la ligne dure du régime iranien saccagent les documents et le drapeau de l’ambassade britannique, mardi à Téhéran.

Des manifestants proches de la ligne dure du régime iranien saccagent les documents et le drapeau de l’ambassade britannique, mardi à Téhéran.

Après l’attaque de son ambassade à Téhéran, ce mardi, par quelques dizaines de manifestants, le Royaume-Uni a annoncé hier l’évacuation de tout son personnel vers les Émirats Arabes Unis. Dans son sillage, la Norvège a annoncé hier la fermeture « provisoire » de son ambassade pour des raisons de sécurité. L’occupation et le saccage de l’ambassade britannique interviennent alors que Londres a adopté la semaine dernière de nouvelles sanctions contre le programme nucléaire iranien controversé. Ce lundi, le Parlement iranien avait voté, en réponse, une loi prévoyant l’expulsion de l’ambassadeur britannique à Téhéran et la réduction des relations entre les deux pays. L’Union européenne ainsi que le Conseil de sécurité de l’ONU ont souligné le caractère « inacceptable » de l’attaque survenue ce mardi. Contacté par Le Soir échos, le professeur Thierry Coville, spécialiste de l’Iran et enseignant à l’Ecole Novancia à Paris, décrypte la stratégie de tensions entre l’Iran et l’Occident. Selon lui, l’Iran est « diabolisé » à des fins politiques et géostratégiques.

L’ambassade de Grande Bretagne à Téhéran a été attaquée ce mardi. Quels facteurs expliquent, selon vous, cet événement ?
Ce genre d’actions est rarement spontané. Manifestement, ce sont les éléments les plus radicaux qui ont voulu cette attaque. Ils cherchent la stratégie de la tension, suite aux nouvelles sanctions prononcées par Londres. Cette action est une manière de répondre, c’est de la communication pour marquer le fait qu’ils ne se laisseront pas faire.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a exprimé « ses regrets pour le comportement inacceptable d’un petit nombre de manifestants ». Mais, derrière ses propos, quelle est l’implication du régime dans l’attaque ?
Le pouvoir iranien est très divisé. Les Affaires étrangères ont une diplomatie et, évidement, ils ne préviennent pas les diplomates. C’est la partie la plus radicale du régime, les Bassidjis, qui ont fait ça. C’est une réponse aux propos des pays occidentaux qui menacent d’attaquer l’Iran et notamment au ministre des Affaires étrangères britannique, William Hague, qui a déclaré que l’option militaire restait sur la table.

Thierry Coville

Thierry Coville

Le dernier rapport de l’AIEA a été présenté comme confirmant les soupçons des Occidentaux sur la fabrication de l’arme nucléaire par Téhéran. Qu’en est-il exactement ?
En réalité, le dernier rapport est plutôt favorable à l’Iran. Il admet que l’Iran a arrêté son programme depuis 2003. Depuis, on a des informations éparses qui parlent de militarisation du programme, mais il y a eu un arrêt du programme, notamment suite aux efforts de négociations. Il y a des tentatives, mais le régime ne veut pas réellement la bombe. Il y a beaucoup de fausses communications sur le rapport.

A qui profite cette « communication » justement ?
C’est toujours facile d’avoir un méchant dans la région. Israël exagère la menace iranienne pour des raisons intérnes. De son côté, Obama, en perte électorale, essaye de montrer ses muscles sur le plan extérieur pour reconquérir son électorat. Et enfin, l’Angleterre suit un peu aveuglement la ligne américaine. Pour la France, alors qu’autrefois elle essayait d’avoir une politique indépendante des Etats-Unis, aujourd’hui, elle adopte une politique plus radicale.

Depuis la publication de ce rapport, les pays européens et les Etats-Unis menacent Téhéran de sanctions. Pourquoi la voie du dialogue et de la négociation semble-t-elle exclue ?
Les pays occidentaux partent du principe que l’Iran ment et qu’on ne peut négocier avec eux. Or, c’est faux. Il y a beaucoup d’intérêts à maintenir une stratégie de tensions avec l’Iran. Les pays de la région sont parmi les principaux clients des puissances occidentales en matière d’armes. C’est pratique d’avoir un « méchant » dans la région. Mais c’est une mauvaise approche du sujet. Il faut négocier et parler avec l’Iran. La stratégie de menaces de sanctions et de guerre ne mènera à rien.

Des rumeurs ont couru sur une attaque de l’Iran par Israël. Cela vous semble-t-il crédible ?
C’est encore une fois beaucoup de communications. Les Etats-Unis ne laisseront jamais faire cela actuellement. Israël ne se lancera pas. Chaque pays instrumentalise l’autre. Depuis 2009, il est vrai qu’en Iran, il y a beaucoup de répression de l’opposition. Mais, dans le  nucléaire, on est dans le domaine de la caricature. Il y a beaucoup de diabolisation de l’Iran.◆




 
Articles en relation
 

 
proche-des-detenus

Les détenus palestiniens arrêtent leur grève de la faim

Les détenus palestiniens, en grève de la faim depuis le 17 avril pour dénoncer les conditions de leur détention, ont signé, lundi, un accord mettant fin à leur initiative.
 
 
 Teheran

« Téhéran doit rassurer sur ses intentions »

Après quinze mois d’interruption, des contacts jugés positifs ont été établis entre Téhéran et le groupe des 5+1 (puissances occidentales + la Russie) le week-end dernier en Turquie. Bruno Tertrais , revient pour Le ...
 
 
Nucléaire

La société civile s’interroge sur le nucléaire

En partenariat avec le collectif Maroc Solaire Maroc sans nucléaire, le Cercle des jeunes démocrates marocains organise aujourd’hui à l’ENCG d’El Jadida un débat sur le nucléaire au Maroc.
 

 
 

Nucléaire ?

Il y a un an, des conditions météorologiques exceptionnelles provoquaient la plus grande catastrophe nucléaire du Japon dont le pays mettra, hélas, encore des années à effacer la trace. L’occasion était trop belle pour...
 
 
Obama

« Obama ne veut pas d’une nouvelle guerre »

Le président américain Obama a reçu hier le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Washington, dans un contexte marqué par les menaces de l’Etat hébreu de mener une attaque contre Téhéran. Une frappe peu pr...
 
 
ISRAEL Khader Adnane

ISRAEL : Manifs en solidarité avec Khader Adnane

Le prisonnier palestinien, Khader Adnane, a mis fin à 66 jours d’une grève de la faim observée pour protester contre sa détention sans inculpation en Israël, ont annoncé mardi des responsables palestiniens et israélien...
 

 
Iran

Iran : L’AIEA dépêche ses inspecteurs

Une délégation de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est arrivée, hier, à Téhéran afin d’élucider les zones d’ombres du programme nucléaire iranien. Une visite de deux jours qui devrait permet...
 
 
ISRAËL : Affrontement à Beit Omar

ISRAËL : Affrontement à Beit Omar

La localité de Beit Omar, au nord de la ville d’Hébron en Cisjordanie, a été hier le théâtre d’affrontements entre les forces de défense israéliennes (IDF, Israeli Defence Forces) et des manifestants. Ces derniers, ...
 

 
 

Iran

L’Union européenne vient d’annoncer un embargo graduel visant à asphyxier le régime iranien, pour l’empêcher de se doter de la bombe atomique. Il faut saluer les 27 pour leur courage et pour la célérité de leur ...
 
 
« La visite du président Mahmoud Ahmadinejad en Amérique latine s’inscrit d’abord dans un cadre de la consolidation des relations bilatérales entre ces pays », souligne Bernard Hourcade (en médaillon).

« L’Iran est en guerre froide avec les USA »

Bernard Hourcade, ancien directeur de l’Institut français de recherche à Téhéran et spécialiste de l’Iran au CNRS décrypte les points d’ombre du bras de fer entre l’Iranet les Occidentaux.
 
 
Après une rencontre hier avec le président vénézuélien Hugo Chavez, Mahmoud Ahmadinejad se rendra au Nicaragua, à Cuba et en Equateur.

La provoc’ d’Ahmedinejad

Le président iranien Mahmoud Ahmedinejad est depuis dimanche en tournée dans quatre pays d’Amérique latine. Une dernière tentative pour l’Iran de sortir de son enfermement international ou une simple provoc’ contre l...
 

 
La Russie et la Chine s’opposent à toute sanction contre l’Iran. Ci-dessus, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, lors d’une conférence de presse.

L’étau se resserre autour de Téhéran

L’Iran est de plus en plus isolé. Après les menaces de sanctions américaines, l’UE se dit également prête à adopter d’ici la fin du mois un embargo sur le pétrole iranien.
 
 
« Ségrégation, le fait d’une minorité »

« Ségrégation, le fait d’une minorité »

Suite aux nombreuses manifestations des femmes israéliennes pour dénoncer la ségrégation pratiquée à leur encontre, Le Soir Échos a interviewé, Laura Kam, directrice exécutive pour les affaires internationales au sein ...
 
 
Le 23 décembre, les israéliennes sont descendues dans les rues de Jérusalem pour dénoncer l’oppression croissante qu’elles subissent de la part des religieux radicaux d’Israël.

La ségrégation des femmes prend de l’ampleur

Pas facile d’être femme dans certaines villes israéliennes. À Jérusalem, la ségrégation des femmes prend des allures inquiétantes.
 

 
Salah Hamouri retrouve les siens après sept années de prison, dimanche à Dahyat Al Barid, près de Ramallah.

550 palestiniens retrouvent leur liberté

Après un premier échange ayant permis la libération du soldat Gilaad Shalit contre 447 Palestiniens le 18 octobre, Israël a libéré, dimanche dernier, 550 Palestiniens dont le Franco-Palestinien Salah Hamouri.
 
 
Omar Barghouti est le fondateur du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) basé à Ramallah en Palestine. Photo Yassine TOUMI

« Le mouvement BDS demande la fin de l’apartheid en Palestine »

Omar Barghouti, le fondateur du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions à l’égard d’Israël), a animé, mercredi 7 décembre, une conférence sur les voies de la solidarité avec la Palestine, à L’ESITH d...
 

 
Omar Saghi

Ce que la bombe iranienne nous cache

« Il mettait les princes musulmans au pressoir et, comme d’un pressoir coulent le cidre et le vin, de ces roitelets écrasés coulait l’or. » Cette phrase belle et terrible est de Rheinhart Dozy, un historien du XIXe ...
 
 
Face-à-face surprenant entre un enfant palestinien et un soldat israélien à l’ouest d’Hébron, dans le vieux centre ville occupé, le 19 novembre dernier.

« Hébron vit un véritable apartheid »

Militant pour la paix installé à Hébron, Ahmad Jaradat décrit le dur quotidien des habitants de cette ville divisée en deux zones. Bien que le processus de paix soit gelé, il évoque dans cet entretien l’espoir d’une ...
 



0 Comments


Be the first to comment!


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>