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Culture

6 juin 2011

« Omar m’a tuer », Roschdy l’a filmé

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15 heures. Hall du Sofitel Jardins des Roses situé à Rabat où rendez-vous a été fixé avec le cinéaste Roschdy Zem, auteur de « Omar m’a tuer », long-métrage qui évoque l’affaire Omar Raddad autour du destin brisé du jardinier marocain. Omar Raddad en personne et Roschdy Zem nous accueillent le sourire en bannière pour un entretien exclusif de 20 minutes. Action !

Comment est née l’idée de ce film ?
Il s’agit au départ, d’une idée du cinéaste et producteur Rachid Bouchareb, qui m’en a fait part car il souhaitait réaliser ce film pour lequel il m’avait demandé d’interpréter le rôle d’Omar Raddad. Le temps aidant, je me suis tellement passionné pour l’histoire de ce jardinier marocain, que j’ai demandé à Rachid Bouchareb, déjà occupé par plusieurs projets, de me confier la réalisation de ce long-métrage.

Avez-vous étudié cette affaire et rencontré Omar Raddad et son avocat Maître Vergès ?
Oui. L’adaptation de cette affaire en film impliquait de s’attacher aux faits avec véracité. J’ai en effet, rencontré de nombreux protagonistes ayant vécu cette histoire, nécessaires au développement du scénario comme Omar Raddad, Maître Leclerc. Seuls les membres de la famille de la victime, Ghislaine Marchal, ont refusé tout contact. Ils ont manifesté leur vive opposition à ce projet en me menaçant de procédure juridique si je poursuivais l’idée de ce long-métrage. Il ne s’agit pas d’un quelconque événement judiciaire mais d’une affaire qui est entrée dans l’inconscient collectif français. Ce qui m’importait avant tout, c’était l’aval d’Omar Raddad.

Comment a-t-il réagi à votre demande ?
Il s’est montré particulièrement disponible. Lorsqu’on parle de cinéma, on peut susciter un sentiment de peur. Je lui ai dit que mon projet s’attacherait à montrer la façon dont il avait vécu cette histoire à travers son regard. Sa vie en cellule, les moments de procès au fil des différentes années, avec la volonté de raconter  l’anonyme devenu l’icône de cette affaire. Si je me suis totalement inspiré de faits avérés pour les besoins de cette fiction, le dossier d’Omar Raddad révélait des zones d’ombre qu’il appartenait d’évoquer. Ces nombreux aspects ont participé à étoffer le personnage de Raddad.

Parlez-nous du scénario…
J’ai écris le scénario avec Olivier Gorce, qui m’a aidé à penser la structure et les codes dramaturgiques, indispensables pour tenir le spectateur en haleine. Nous nous sommes basés sur l’enquête et les ouvrages la construction d’un coupable de Jean-Marie Rouart et Pourquoi moi d’Omar Raddad. La construction du scénario s’est déroulée en deux étapes. Placer de prime abord, le spectateur dans le vif du sujet via des faits réels, puis revenir sur les traces de cet écrivain incarné par le comédien Denis Podalydès, qui mène une contre-enquête et nous embarque dans l’univers de Raddad. Cet intellectuel se bat contre les bourgeois qui se croient au- dessus des lois, pour qui Omar Raddad est coupable d’avance. Raddad et lui renvoient à deux mondes différents qui ne se rencontrent jamais.
Le film commence avec la scène du verdict : Omar Raddad jugé écope de 18 ans de réclusion criminelle. Des séquences de flash-back propres à l’expérience de Raddad ponctuent également le film.

Roschdy Zem : « Je suis fier de ma double culture, qui est d’une extrême richesse ».

Quelle est la part consacrée à Ghislaine Marchal, victime assassinée ?

J’ai choisi de la montrer de façon onirique. On ne voit pas souvent la comédienne incarnant son rôle, les séquence qui lui sont consacrées sont minimes par rapport au personnage d’ Omar Raddad. Elle apparaît dans l’obscurité de la scène du crime. Je ne souhaitais pas me focaliser sur sa vie, ou encore m’attarder quant à sa personne.

Vous avez évoqué au cours de cette interview que la famille de Ghislaine Marchal s’est opposée au film. A-t-elle manifesté des réticences ?
J’ai tenté de rencontrer sa famille dans le but d’établir des recherches précises. Mais elle a refusé de collaborer. Ce n’est pas grave, cela ne m’a pas empêché de faire le film. Je n’avais besoin de l’autorisation de personne pour cet opus. Contrairement à tous ceux qui seraient amener à le dire à l’issue de la sortie du film, il n’y a pas de parti pris dans Omar m’a tuer. En écrivant le scénario notre souci majeur était de garder leur fidélité aux faits, et ce, même à des phrases prêt afin d’éviter l’écueil des fantasmes. J’étais finalement heureux d’entendre Omar Raddad me confier : «je n’ai pas vu un film, j’ai vu ma vie». C’est le meilleur compliment qu’on ait pu me faire dans ma jeune vie de réalisateur.

D’abord comédien, vous êtes venu à la réalisation depuis Mauvaise foi . Comment ce passage s’est-il déroulé ?
Mauvaise foi s’inscrit dans l’insouciance, c’est une opportunité que j’ai saisie alors qu’Omar m’a tuer  correspond à un projet qui me tient très à cœur. C’est une histoire qui m’a passionné et qui a nécessité quatre années de travail intense et acharné, j’ai aussi utilisé des images d’archives : un temps considérable doublé de plusieurs nuits blanches afin d’obtenir un scénario bien senti.

Sami Bouajila incarne Omar Raddad. Un autre comédien était-il pressenti pour ce rôle ?
Je connais Sami Bouajila depuis 20 ans. C’est un grand acteur, qui m’a impressionné à travers ce rôle. Il a très bien incarné son personnage, qu’il s’est de plus, approprié. Il n’était pas Sami Bouajila dans la peau de Omar Raddad, mais il était tout simplement Omar Raddad. C’est hallucinant la manière avec laquelle il a joué. L’acteur, comme beaucoup le savent, est tunisien mais dans ce film il a parlé en dialecte marocain, qu’il maîtrise mieux que moi qui suis marocain.

Sami Bouajila dans le rôle d’Omar Raddad.

Présenter Omar m’a tuer  en avant-première mondiale au Maroc, est chargé d’émotion pour vous ?

Bien sûr ! Lorsque j’ai eu le projet de ce film, j’ai d’emblée été soutenu par le Maroc et le Centre Cinématographique Marocain.  Omar m’a tuer est une coproduction entre le Maroc et la France dont la SNRT et 2M. Il était par conséquent naturel que je le présente au Maroc en premier, car j’en avais fait la promesse.

On ne vous a pas vu parmi les comédiens qui représentaient la délégation du cinéma français lors du 10e FIFM alors que vous étiez à Marrakech durant le festival ?
J’y était invité en tant que comédien marocain.

D’autres projets de coproduction transversale avec le Maroc verront-ils le jour ?
Oui, je l’espère et j’y travaille car je souhaite travailler avec le Maroc, doté d’excellents techniciens et talents. Je suis fier de ma double culture, qui est d’une extrême richesse. Et le Maroc ne cesse de témoigner son élan et sa vitalité cinématographiques.

Avez-vous le sentiment d’incarner la nouvelle école du cinéma français comme Abdellatif Kéchiche, Rabah Ameur-Zaïmèche ou Rachid Bouchareb ?
Oui. Il y a vingt ans, il n’y avait pas d’acteurs qui nous ressemblaient. Le cinéma français ne comptait pas de personnages issus de l’immigration nord-africaine. Tout était à faire, j’ai peu à peu fait mes classes en tant que comédien puis j’ai développé mes projets dont celui lié à « Omar Raddad ».  Nous sommes une génération d’artistes qui est en train de raconter notre passé, l’histoire de nos parents et de nos grands-parents. Alors qu’avant nous, personne ne s’y est intéressé. Et le vivier créatif est infini… Nous commençons à déranger mais nous sommes soutenus, mon film est aussi produit par Canal + et France2.◆

Propos recueillis par Fouzia Marouf et Qods Chabâa




 
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