« Maroc, une véritable histoire d’amour »
L’ancien vice-président du groupe Hermès, Xavier Guérrand-Hermès, s’est retiré des affaires et s’est installé à Marrakech. Le Soir échos est parti à la rencontre de cet épicurien qui a fondé, il y a quelques années, le think-thank Guerrand Hermes Foundation for Peace.

L’ancien vice-président du groupe Hermès, Xavier Guérrand-Hermès, et fondateur du think-thank «Guerrand Hermes Foundation for Peace».
Parmi les amoureux de la ville de Marrakech et ceux qui ont choisi de s’y installer ou posséder une résidence, on retrouve le grand couturier Yves Saint Laurent, le milliardaire Richard Branson, le DJ Claude Challe, mais aussi l’ancien vice-président de l’une des marques les plus luxueuses au monde, Xavier Guérrand-Hermès. Le Soir échos est parti à la rencontre de cet épicurien qui a fondé le think-thank Guerrand Hermes Foundation for Peace, il y a quelques années. Il nous révèle son premier coup de foudre avec la ville ocre, nous rappelle le succès d’Hermès et nous parle de l’artisanat marocain, l’un des plus beaux dans le monde, selon lui.
Racontez-nous votre première rencontre avec ce pays qui vous a apprivoisé, le Maroc ?
Les histories d’amour, personne ne les comprend toujours, et ça nous surprend. Mon histoire avec le Maroc est une véritable histoire d’amour. J’ai eu la chance d’être invité par mon frère ici à Marrakech, à la fin des années 80. Mon frère avait une grande maison dans la palmeraie. J’ai pu découvrir un jour avec lui, dans la médina, une maison que j’ai achetée grâce à lui et j’ai eu le coup de cœur et le coup de foudre pour cette maison. Cette maison était abandonnée mais elle avait une chambre extraordinaire et une âme. Et voilà, ce fut le début de mon histoire d’amour avec ce merveilleux pays et cette magnifique ville ocre.
Vous qui êtes issu du monde du luxe, habitué aux soirées mondaines, côtoyant stars, paillettes et célébrités du monde entier, n’étiez-vous pas déphasé dans un Maroc des années 80 ?
Au Maroc, exactement à Marrakech, j’ai découvert un tissu social unique. J’ai découvert que la médina vivait encore selon des traditions millénaires et je peux vous dire que je m’en suis tout de suite épris, comme si c’était quelque chose que je recherchais ou que j’aimais. Ça correspondait fortement à quelque chose en moi. D’autant plus que j’avais fait pas mal d’études en théologie un certain moment, après avoir quitté les affaires et donc ça correspondait à un vrai besoin que j’avais. Laissez-moi vous raconter une anecdote. Un jour, quelqu’un est venu chez moi et je l’ai laissé attendre un petit bout de temps. Quand je suis revenu, je me suis excusé pour le retard mais j’étais surpris par sa réponse. Il m’a dit « vous savez, quand on a la chance d’être dans le paradis, on veut y rester plus longtemps ». Cela résume mon sentiment et ma joie d’être ici. Ma maison dans la médina, ce tissu social, cette dynamique et cette joie de vivre, c’est du paradis !
Vous avez passé plusieurs années dans le continent américain. N’avez-vous pas cette nostalgie du pays de l’oncle Sam ?
Vous savez, une fois qu’on est au Maroc, ce climat extraordinaire sec que l’on ne retrouve que dans peu d’endroits, comme en Arizona, nous accueille à grands bras. C’est surprenant mais la vérité c’est qu’on fait le vide. Tous les problèmes qu’on avait, on ne les a plus au bout de seulement 3 jours. J’aime les personnes, j’aime la façon dont les Marrakchis parlent, agissent et communiquent entre eux et puis bien sûr j’aime leur convivialité. Je me sens si bien, comme si j’étais vraiment chez moi.
Loin du monde des affaires, dans votre maison située dans la médina, le monde de l’entreprise, votre bureau ne vous manque-il pas ?
Je ne m’occupe plus de la gestion d’Hermès. Il y a des jeunes qui sont là qui ont repris la gestion du groupe. Moi-même, je ne me suis pas occupé des fonctions en France. Je me suis occupé surtout du développement de nos sociétés dans le continent américain. Nous sommes un groupe qui a beaucoup grandi mais d’une façon organique. On nous avait laissé, grâce a notre grand-père Emile Hermès et ensuite mon père et Robert Dumas, un merveilleux bijou à exploiter. Et cela a été très bien exploité par les différents membres de la famille et particulièrement par celui qui a été le président du groupe pendant plusieurs années et qui s’appelait Jean-Louis Dumas. La continuation se fait avec d’autres membres de la famille et une nouvelle génération de jeunes créateurs innovants.
Comment Hermès tient-elle encore debout depuis 1837 ? Quel est le secret de votre réussite ?
Nous avons bâti cette histoire car nous croyons, tout simplement, à l’artisanat, au travail bien fait, à tout ce qui est fait à la main et qui a une qualité intangible et qui se transmet, bien sûr. Donc nous avons privilégié plusieurs méthodes qui ont fait notre réussite et notre pérennité. Par exemple, tout ce que nous faisons doit être fait d’une manière manuelle par des artisans du cuir très doués et avec la plus belle qualité de cuir. Je crois que nous avons créé et nous avons fait une maison qui est extrêmement diverse. Jusqu’à ce jour, on retrouve parfois des dessins faits par nos grands-parents qui sont extraordinaires, qui s’adaptaient à la mode de 1920 et qui sont absolument étonnants. Nous sommes à la base de grands créateurs, nous créons des produits que nous aimons et que nous renouvelons à chaque fois. Nous avons toujours des choses nouvelles. ◆

