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Economie

19 décembre 2011

À qui profite l’arganier ?

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Les participants au premier congrès international de l’arganier tirent la sonnette d’alarme : son exploitation génère aujourd’hui des bénéfices inéquitablement répartis entre l’amont et l’aval de la filière. Cadre juridique, coordination de la recherche, commerce équitable,…Autant de points abordés pour préserver et revaloriser cet arbre endémique du Maroc.

Un panel de haut rang a animé le premier congrès international de l’Arganier qui s’est tenu du 15 au 17 décembre à Agadir.

Un panel de haut rang a animé le premier congrès international de l’Arganier qui s’est tenu du 15 au 17 décembre à Agadir.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Une maxime qui sied parfaitement à l’injuste répartition des richesses découlant de l’exploitation et de la valorisation de l’arganier. Ces femmes rurales qui passent de longues journées à décortiquer le fruit sec de cet arbre reçoivent en fin de journée,en guise de rémunération, ce qui ne représente même pas l’équivalent du prix d’un kilogramme de viande rouge. Alors que ceux qui en font commerce, en tirent des marges de bénéfices battant tous les records. « On n’a pas cessé de piller et pendant des années notre matériel végétal sans concertation. On prend gratuitement des échantillons de nos ressources génétiques pour les analyser dans des laboratoires sous d’autres cieux et tirer profit des résultats », dénonce Mohamed  Badraoui, directeur de l’INRA. C’était à l’occasion du premier congrès international de l’Arganier qui s’est tenu du 15 au 17 décembre à Agadir. Une situation qui prête le flanc à la critique, en ne cessant de se compliquer.

« On n’a pas cessé de piller, pendant des années, notre matériel végétal sans la moindre concertation ».
Mohamed Badraoui, directeur de l’INRA.

Aux yeux des panelistes et des intervenants de haut calibre qui ont animé cette rencontre scientifique, cet état d’anarchie tient essentiellement au vide juridique caractérisant la législation nationale en la matière. Le Maroc n’a pas encore ratifié le traité de Nagoya, alors que le compte à rebours a déjà commencé, puisque la date fatidique est le premier février de l’année prochaine. En effet, le protocole prévoit des obligations fondamentales en termes de partage juste et équitable de l’accès et de l’utilisation des ressources génétiques. En d’autres termes, il garantit une sécurité juridique et un climat de transparence entre fournisseurs et clients. « L’accès et partage des avantages (APA) se traduit par des retombées économiques certaines sur les populations pauvres. Elles seraient ainsi incitées à conserver leur biodiversité », détaille un haut responsable du Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification

Une question d’équilibre

Cela étant, il semble que notre pays n’est pas encore prêt à s’aligner sur les dispositions de la convention internationale. Ce même cadre explique que plusieurs aspects ne sont encore ni bien définis, ni même étudiés. Quelle approche ? Quelle valorisation? Quelles ressources génétiques? Qui fait quoi ?…Autant de questionnements qui découlent de l’absence totale de législation et de cadre institutionnel. « C’est une question de volonté politique », laisse croire Mohamed Badraoui. Cette question n’est pas la seule à mettre sur la table :  la problématique de l’équilibre entre la préservation de l’environnement et le développement socioéconomique est également une équation apparemment insoluble et qui informe sur le degré de complexité de la gestion de ce dossier.

Chiffres clés

- Investissements : 2,7 milliards de dirhams à l’horizon 2020.

- Superficie globale : près de 800 000 hectares (21 millions d’arbres) au lieu de 1,2 million d’hectares au début du 20e siècle.

- Perte annuelle : 600 ha par an.

- Perte de 44,5 % de la densité en 37 ans.

- Chaque hectare comprend en moyenne 30 arbres.

- Régénération artificielle de 16 000 ha.

- Production annuelle : 400 000 stères de bois, soit 13 % de la production nationale de bois combustible.

- 78 000 tonnes de coques.

- Entre 3 500 et 4 000 tonnes d’huiles d’arganier produites chaque année.

Paradoxalement, alors que bon nombre de scientifiques tirent la sonnette d’alarme, mettant en garde contre une éventuelle disparition, dans 400 ans, de l’arbre emblématique du Maroc, les activités de déracinement, elles, se poursuivent. La destruction de l’écosystème arganier est lié à plusieurs facteurs : le changement climatique et le désastre écologique qui va avec, la surexploitation des peuplements d’arganier, l’extension de l’urbanisation (travaux d’infrastructures, bâtiment..), la forte récurrence des incendies ces dernières années, l’intensification des cultures irriguées, etc. « À quoi sert ce congrès face au nombre d’arganiers arrachés par des spéculateurs sans foi ni loi », martèle Tarek Kabbaj, maire de la ville d’Agadir. La réponse ne se fait pas attendre « Depuis les années 1970 ce sont quelque 13 000 hectares qui ont été détruits conformément aux procédures administratives et judiciaires en vigueur », affirme  le haut commissaire aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification, Abdeladim Lhafi. Celui-ci met l’accent sur la nécessite de définir une approche de développement territorial qui soit cohérente et complémentaire plutôt qu’une seule stratégie sectorielle.

INTERVIEW…

Bachir SaoudBachir Saoud, président de l’agence nationale de développement des zones oasiennes et de l’Arganier (ANDZOA)

« Tous les efforts sont éparpillés »

Dégradation de l’écosystème, surpâturage, surexploitation, destruction du stock… vous devez faire face à de grands défis…
Effectivement. Les défis sont de taille. Et c‘est cela même qui explique les raisons de la mise en place d’une telle agence. Notre mission consiste donc à revaloriser la filière via la réalisation de projets de préservation et de protection de l’écosystème arganier. Il s’agit également de développer des opérations de régénération de cet arbre endémique. La recherche scientifique sur ce chapitre serait d’un apport crucial. C’est la clé de toute mesure de réhabilitation et de reconstitution de ce patrimoine universel. Il faut avouer que nous sommes incapables jusqu’à présent de dévoiler tous les secrets de la diversité génétique ainsi que toutes les vertus pharmaceutiques et cosmétiques de l’arganier.

L’essentiel pour nous est de ramener les programmes de recherche vers plus de convergence. Car le problème majeur est que tous ces efforts sont éparpillés. Et cela arrive souvent qu’on se retrouve, en fin de compte, avec des projets similaires. Je peux vous dire qu’on a reçu plus de 100 demandes de projets traitant pour la plupart des mêmes sujets.
A côté de tout cela il faudrait ajouter la dimension socioéconomique, sachant que la valorisation de la filière pourrait avoir des retombées bénéfiques sur les populations pauvres. A ce jour, la valorisation de l’huile d’argan et des autres sous-produits ne profite qu’à l’aval de la filière, c’est-a-dire la partie marketing et commercialisation. Raison pour laquelle le Plan Maroc Vert a tracé la voie de l’agrégation pour que les bénéfices et les surplus générés soient retournés et redistribués sur les populations concernées.

Pensez-vous que nous sommes prêts à ratifier le protocole de Nagoya ?
Je pense qu’il est temps de garantir un partage juste et équitable des avantages tirés de l’utilisation des ressources génétiques. C’est d’ailleurs l’objet d’un tel traité. Ce n’est plus un secret pour personne que l’accès aux ressources génétiques au Maroc n’est régi par aucun cadre réglementaire. Nos ressources sont même devenues des sources d’enrichissement sous d’autres cieux. Néanmoins, un certain nombre de contraintes se dressent devant nous, pour ne citer que le manque de coordinase développement du secteur.

Encourager la recherche scientifique requiert la disposition de moyens financiers importants…
Sans aucun doute. Pourtant il ne faut pas rester les bras croisés. Je tiens à préciser que ce ne sont pas les bailleurs de fonds qui font défaut. Je saisis l’occasion pour adresser à nos chercheurs scientifiques d’unifier les efforts et de collaborer ensemble via un partage viable des connaissances et techniques sur des projets qui soient innovants. Au lieu de continuer de travailler pour le compte d’instituts et de laboratoires étrangers.
La valeur ajoutée de nos ressources génétiques devrait profiter essentiellement à notre pays.◆




 
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