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Portraits

13 avril 2010

Abderrahmane Tafraout et ses fruits exotiques

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   Abderrahmane Tafraout, gagnant de Challengers 2005, est le patron d’une entreprise exportatrice en 2010.  En un an, il perd son associé, son argent, son terrain et son père.  Il ne baissera pas les bras et repartira à la conquête de nouvelles opportunités au Maroc.   Le public de la deuxième chaîne nationale se souvient [...]

 

  •  Abderrahmane Tafraout, gagnant de Challengers 2005, est le patron d’une entreprise exportatrice en 2010.
  •  En un an, il perd son associé, son argent, son terrain et son père.
  •  Il ne baissera pas les bras et repartira à la conquête de nouvelles opportunités au Maroc.

 

Abderrahmane Tafraout a exposé au dernier Fruit Logistica, le plus grand salon au monde dédié aux fruits et légumes.

Abderrahmane Tafraout a exposé au dernier Fruit Logistica, le plus grand salon au monde dédié aux fruits et légumes.

Le public de la deuxième chaîne nationale se souvient certainement des candidats de l’émission de téléréalité dédiée à la création d’entreprises Challengers. Lors de la première édition en 2005, l’un d’eux s’était distingué parmi ses compères en présentant un projet assez original. Il s’agissait, pour rappel, de la production et la commercialisation de fruits exotiques. Pour vanter les mérites de ses fruits, il en avait fait de la confiture et fait goûter l’assistance et le jury. L’homme est un MRE issu de la deuxième génération. Originaire du Souss, Abderrahmane Tafraout est né et a grandi en France, plus exactement à Arles. Son projet a été primé à la fin de l’émission, ce qui lui a permis d’entrer par la grande porte dans l’aventure de la création d’entreprises au Maroc. Cinq ans après, Tafraout est là, toujours aussi souriant. Nous l’avons rencontré au Fruit Logistica, le plus grand salon au monde dédié aux fruits et légumes. Il gère ses rendez-vous avec les acheteurs de son produit dans le stand de son entreprise appelée Wenza. Entre le candidat de la première édition de Challenge et le chef d’entreprise qui négocie des contrats à l’international, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. 

Le parcours de Tafraout tout au long de ces cinq années d’activité n’a pas réservé que de bonnes surprises. Le jeune investisseur n’a eu droit qu’à des chocs et des crises qui lui ont fait perdre aussi bien son argent que sa récolte. Mais ces difficultés ne lui ont pas ôté la volonté de mener le rêve de son entreprise Wenza jusqu’au bout. 

Pour démarrer son projet, Abderrahmane a déniché un terrain d’une vingtaine d’hectares non loin de la région d’Agadir. Il a commencé son exploitation après avoir décroché un crédit bancaire de 5 millions de DH. Tafraout s’est aussi allié à un associé de la région. Wenza est même devenue un créateur non négligeable d’emplois car elle faisait travailler 100 personnes environ. Le projet a, certes, bien commencé. Au bout de deux années d’exploitation, Wenza a démarré sa production dans plusieurs variétés de fruits exotiques. Pepino, Peruviano, Kiwano des noms assez bizarres mais qui plaisent bien à l’international. C’est ce qui a permis à notre homme de réaliser ses premières opérations à l’export. 

Le jeune investisseur MRE s’associe à un Néerlandais spécialisé dans le métier des fruits exotiques.

Mais ces premiers succès n’allaient être que des illusions. Dès que la société a commencé à tenir debout, l’associé local de Tafraout lui fait défaut. Il se désengage de Wenza pour créer sa propre structure, spécialisée dans les mêmes produits que cultive Tafraout. D’ailleurs, l’associé en question avait également son stand à la dernière édition de Fruit Logistica. Tafraout, le jeune MRE, est habitué aux engagements sans faille des Européens. Ce premier coup dur étant encaissé, le jeune investisseur allait une nouvelle fois être contraint de voler de ses propres ailes. Une mission encore plus difficile, car ce n’est plus une micro entreprise qu’il gère mais une exploitation censée réaliser un chiffre d’affaires à l’export. Et là, Abderrahmane allait faire face à un deuxième choc encore plus frustrant que le premier. En effet, les terrains qui constituaient son exploitation, n’auront plus accès à l’eau d’irrigation à cause du manque de précipitations. Un problème dont souffre une large frange d’exploitants agricoles dans la région du Souss. La solution est connue de tout le monde. Il s’agit de mettre en place une station de dessalement d’eau de mer aux environs d’Agadir. Mais la volonté politique et économique n’est toujours pas au rendez-vous. 

Abderrahmane  est alors au bord de la faillite. Son capital se réduisait comme une peau de chagrin alors qu’il a un crédit à rembourser. N’importe quel autre jeune dans la situation d’Abderrahmane allait se débrouiller un emploi ou une opportunité d’investissement en France, là ou il a toujours vécu. Ce qui lui aurait permis de mener un train de vie normal et de payer tranquillement sa dette. Qu’à cela ne tienne. Notre homme est décidé à ne pas baisser les bras. «Rien ne peut m’arriver de pire que ce qui s’est passé durant cette année. Mon associé m’a fait faux bond. J’ai perdu mon terrain et mon argent, et en plus mon père est décédé la même année», raconte Tafraout non sans amertume. 

Plus déterminé que jamais à mener son projet à terme, ne serait-ce que pour honorer la mémoire de son père, Abderrahmane allait retrousser ses manches et redoubler d’efforts pour continuer son aventure. Son terrain était sauvé grâce aux abondantes précipitations intervenues tout au long de l’hiver 2009. Mais il a préféré regarder ailleurs. Le jeune investisseur a réussi à se débrouiller un terrain aussi important dans la région de Tiznit, avec l’accès à des ressources abondantes et pérennes en eau. Il s’est associé à un partenaire néerlandais spécialisé dans le métier des fruits exotiques. En effet, la majeure partie du trafic mondial de ces produits transite par le port et les zones logistiques de Rotterdam. C’est ce qui a permis à bon nombre de Néerlandais de développer une expertise importante dans le métier. La nouvelle configuration du projet étant mise en place, Abderrahmane peut voir encore une fois mûrir ses Pepino, Peruviano, Kiwano et autres variétés exotiques succulentes. «Nous sommes en mesure de produire des fruits à plus forte valeur ajoutée qui poussent sur des arbres originaires des régions exotiques. Mais ces produits ont besoin de quatre à cinq ans pour donner leurs premières récoltes», explique notre homme. Abderrahmane n’a pas encore les reins assez solides pour supporter un cycle de production aussi long. Mais il est certain que si le financement existe, la rentabilité sera au rendez-vous. En attendant, il retrouve son sourire dans son stand à Berlin et reçoit des clients du monde entier pour leur vendre des fruits exotiques portant le label Maroc.

Comment expliquer une telle détermination chez ce jeune investisseur ? «Il y a tellement de choses à faire et de rentabilité à dégager au Maroc», lance-t-il sans hésiter. S’il le dit, c’est qu’il en est toujours convaincu malgré toutes les embûches. Les difficultés existent, certes, elles sont énormes, mais le cas de Abderrahmane Tafraout montre qu’elles ne sont pas insurmontables.




 
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2 Comments


  1. Faty Ben

    Investir au Maroc est certes une chose très difficile mais il faut du courage, de la détermination & une grande volonté pour voir se réaliser ses rêves…Bonne chance Abderrahmane, je suis de tout coeur avec toi depuis 2005 :)
    Faty


  2. Mohamed Salam

    Tout a fait Faty, Go go go Wenza !!
    On est de tout coeur avec toi Abderrahman
    Mohamed d’Agadir



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