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« Ségrégation, le fait d’une minorité »

Suite aux nombreuses manifestations des femmes israéliennes pour dénoncer la ségrégation pratiquée à leur encontre, Le Soir Échos a interviewé, Laura Kam, directrice exécutive pour les affaires internationales au sein de The Israël Project, une ONG basée à Jérusalem. Elle nous fait le point sur la situation.

« Ségrégation, le fait d’une minorité »

Laura Kam (en médaillon) : « Nous vivons une vraie démocratie dans tous les sens du terme. Les gens qui sont contre les tendances extrémistes religieuses sont libres de manifester et cela sans crainte ».

Quelle lecture faites-vous de l’évolution des droits des femmes en Israël aujourd’hui ?

Les femmes et les hommes ont toujours eu des droits égaux en Israël. Le pays a été fondé sur des valeurs socialistes et sur l’égalité entre les sexes. L’établissement des lois a toujours perpétué l’égalité des sexes dans tous les domaines. Il y a eu une femme , Premier ministre, il y a des femmes juges à la Cour suprême, des chefs d’entreprises, le chef de l’opposition du gouvernement, Tsipi Levni est une femme à la tête du Parti travailliste. Il existe des ministres femmes dans le gouvernement actuel.Cependant, malgré d’importantes avancées, Israël, comme tant d’autres pays, s’évertue à combler des lacunes pour l’égalité des sexes dans un certain nombre de domaines. Parmi les plus remarquables, on compte l’augmentation des salaires: les salaires des hommes restent encore plus élevés d’environ 20% que ceux des femmes. Et dans des postes de direction, les hommes sont mieux payés de 52 % de plus que les femmes. Cela dit, les femmes en Israël représentent près d’un tiers des cadres, la moitié des juges du pays et elle détiennent 47 % des postes académiques. C’est pourquoi, la situation actuelle a provoqué un tel tollé. Le fait de penser que les femmes peuvent se trouver à l’écart, ou ne pas avoir le droit d’être là où elles désirent se trouver, est contraire à l’éthique de la nation qui est basée sur l’égalité des droits.

La ségrégation dont sont victimes les femmes, notamment dans les transports publics et dans les rangs de l’armée, est une réalité en Israël. Qu’en pensez-vous? -

Israël est un pays ouvert et libre. Les femmes sont égales devant la loi et si l’on n’a pas visité ces quartiers très, très religieux, on ne sait jamais vraiment qu’il y a un problème. Dans les localités qui sont exclusivement ultra-orthodoxes (très religieux, NDA) et les lignes de bus qui desservent ces quartiers, il y a une tendance à séparer les hommes et les femmes dans les lieux publics. Cela concerne bien sûr une petite minorité de la population. Les garçons et les filles n’étudient pas ensemble dans les écoles et les hommes et les femmes bien sûr ne doivent pas s’asseoir ensemble quand ils prient. Mais il y a eu un questionnement, au cours de ces dernières années, sur la pudeur qui explique pourquoi il y a maintenant une séparation dans les bus, avec des entrées séparées et des places assises dans les cliniques au service de cette population. Il y a même des consignes pour les hommes et les femmes de ne pas marcher sur le même côté de la rue dans leur quartier. Tout cela est un phénomène nouveau qui est alimenté par un petit groupe de fondamentalistes religieux. La communauté a été d’accord avec cette tendance plus conservatrice jusqu’alors; mais maintenant qu’il y a eu un contrecoup majeur, les localités laïques se sentent affectées. Par ailleurs, il y a beaucoup d’ultra-religieux qui n’approuvent pas le comportement violent de certaines personnes au sein de leur communauté vis-à-vis des femmes. Ce comportement qui consiste à cracher sur les filles et les femmes qui ne sont pas habillées convenablement, à démolir les panneaux d’affichage avec des images de femmes, n’est pas accepté par la grande majorité des Israéliens, religieux ou non. Les hommes qui commettent ces actes de violence sont considérés comme des criminels par le gouvernement et la société en général.

Comment peut-on expliquer ce phénomène dans un pays démocratique comme Israël ?

Nous vivons une vraie démocratie dans tous les sens du terme. Les gens qui sont contre les tendances religieuses extrémistes sont libres de manifester et sans crainte. Ce qui se passe est une réaction de l’extrémisme religieux à l’ouverture croissante de la société en raison de nombreux facteurs, notamment l’utilisation croissante des communications de masse et les médias sociaux. Cependant, je pense et j’espère qu’Israël continuera et s’assurera de continuer à être une démocratie très ouverte et sera vigilante afin de maintenir l’égalité des droits pour tous ses citoyens.

Pourquoi le gouvernement tarde-t-il à réagir ?

Le gouvernement n’a pas réagi immédiatement parce que généralement, la question de la plus grande vigilance sur la modestie des femmes a été confinée à des sphères très religieuses, il n’y avait pas beaucoup de plaintes et l’immense majorité de la population n’était tout simplement pas beaucoup affectée. Mais il y a eu récemment des changements et la population laïque a commencé à se sentir affectée, c’est ainsi que le gouvernement est intervenu.
Le principal événement qui a déclenché le débat, c’est quand certains soldats religieux ont déclaré qu’ils n’assisteraient pas à une cérémonie de l’armée où les femmes chantaient. Cela a été un déclencheur réel, car l’armée est une institution où l’égalité réside vraiment et elle représente aussi un bastion laïc de la société. La question donc a pris une autre tournure et les médias israéliens et internationaux s’en sont accaparés.

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