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« Il faut mettre l’accent sur la coopération économique »

Depuis quelques temps, les dirigeants maghrébins multiplient rencontres et entretiens pour redynamiser l’Union du Maghreb Arabe (UMA). La plus récente action date de la semaine dernière quand Abdelilah Benkirane s’est rendu à Tunis pour une première visite. Pourquoi vouloir relancer l’UMA ? Entretien avec Camille Sari, docteur en Finance internationale à l’Institut Euromaghrébin d’études et de prospectives (France) et consultant à France 24.

Camille-Sari

Camille Sari

On constate qu’il y a une volonté manifeste pour faire relancer l’Union du Maghreb Arabe ? L’intégration maghrébine est-elle, désormais, une impérative ?
Le contexte a changé. Maintenant il y a des aspirations populaires, des mouvements sociaux ; les jeunes ont des exigences de niveau de vie et d’emploi. Donc il est nécessaire qu’il y ait la stabilité politique, économique et sociale. Ces trois éléments sont liés. S’il n’y a pas de réponses aux besoins des jeunes, des tensions sociales peuvent émerger ; ce qui risque de plomber le développement économique. Il y a une prise de conscience des cinq États du Maghreb qui jugent qu’il est maintenant nécessaire de ne plus se quereller inutilement. Il faut qu’on se concentre sur des coopérations économiques à l’image des Européens. Les Allemands et les Français qui étaient en guerre pendant des siècles ont créé la Communauté économique européenne (ancêtre de l’U.E) en mettant de côté leurs conflits. C’est la même chose entre le Cambodge, le Vietnam et la Thaïlande avec l’ASEAN et en Amérique du Sud. Le Maghreb est la seule zone géographique qui n’est pas intégrée. Les échanges intra-maghrébins ne constituent que 2 % de leurs échanges globaux. C’est une anomalie. La fermeture de la frontière maroco-algérienne est préjudiciable pour l’économie des deux pays. Et cela favorise aussi les activités de contrebande et de commerce illicite. Le Maroc et l’Algérie peuvent développer des coopérations dans plusieurs domaines, notamment la gestion de l’eau et l’agriculture.

Donc il ne faut pas seulement se limiter à la coopération politique ?
Il faut d’abord mettre l’accent sur la coopération économique. Les liens entre le Maroc et l’Algérie seront renforcés quand il y aura des échanges entre entreprises marocaines et algériennes, des coopérations bancaires entre les deux pays et d’autres projets communs. On installe des relations durables à travers la coopération économique. Aussi, la mise en place d’un marché unique va faciliter la circulation des personnes et des capitaux. Le Maroc reste un marché de 32 millions d’habitants, l’Algérie compte environ 35 millions d’habitants et la Tunisie 10 millions. Mais quand on dira à un investisseur étranger qu’il y a un marché de 83 millions et peut-être 100 millions dans quelques années, il sera intéressé d’investir dans ce marché unifié.

Mais sans une politique de monnaie unique, le projet de coopération économique risque d’être une chimère …
Il faut penser à des mariages entre les systèmes bancaires algérien, marocain et le système tunisien qui est une économie de marché. Le système bancaire marocain s’est frotté au système français. Il faut que ces mariages soient équilibrés. Pas de dominants-dominés. Il faut qu’il y ait aussi des accords de coopérations aériennes par exemple entre la RAM et Air Algérie pour desservir les pays de l’Afrique subsaharienne, comme l’alliance KLM-Air France.

L’union fait la force dit-on souvent. L’UMA peut-elle permettre aux cinq pays de mieux négocier avec l’Europe ?
Actuellement, chaque pays négocie de façon séparée avec l’Union européenne, il est en position de faiblesse. L’Algérie a du mal à renégocier son accord de libre-échange avec l’Europe. Il y a eu des votes négatifs sur l’accord de pêche entre le Maroc et l’UE. Mais si les cinq pays du Maghreb négocient ensemble, ils vont y gagner. L’union fait la force. ◆

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