Constitution : le plus dur reste à faire
L’information et les droits de l’Homme soulève les difficultés de la mise en œuvre de la nouvelle Constitution. Le renouvellement de l’élite politique et l’implication des citoyens en sont les plus importants. Débat.
L’acteur politique n’a plus le droit d’hésiter comme il l’a fait tout au long de la dernière décennie ». La présidente de l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH), Amina Bouayach, exprime une conviction partagée, au cours du débat sur « La nouvelle Constitution et les défis de la mise en œuvre », organisé, vendredi 28 octobre à Rabat, par le Centre Achorouk pour la démocratie, l’information et les droits de l’Homme.
Si la Constitution a nourri les esprits au cours de son élaboration, elle les a moins stimulés, après son adoption. C’est donc pour combler cette lacune que le Centre Achorouk a réuni des parlementaires, des militants et des responsables de haut niveau pour mettre la lumière sur les défis qu’impose la nouvelle Constitution au Maroc. « L’intensité du débat durant le processus d’élaboration de la Constitution a donné lieu à plus de 200 mémorandums qui, je l’espère, pourraient être publiés. Sur 180 articles, 160 portent sur la question des droits de l’Homme qui représente une importance stratégique. La Constitution a banni toute discrimination et consacré la parité », rappelle le président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Driss El Yazami, voulant ainsi souligner l’importance de l’individu dans ce texte. Reste la mise en œuvre. « La démocratie représentative est en crise pour des raisons internes et externes (…) Le défi, pour nous, est de parvenir à une mise en œuvre citoyenne des dispositions de la Constitution», estime El Yazami.
Pour Amina Bouayach, il n’est plus question pour le Maroc d’attendre d’autres soulèvements pour réagir. Et de convier le CNDH à ouvrir des débats citoyens sur le contenu de la Constitution.
Les élites du changement
La modernité, c’est aussi la régionalisation. Le Maroc ne peut réussir l’une sans l’autre. « Nous avons un problème à ce niveau, car il existe de grands écarts économiques entre les régions », indique Abderrahmane Leibak, membre de la Commission consultative de la Constitution et de la régionalisation. Pour ce spécialiste de la question, il faudra mettre les régions au même pied d’égalité. C’est surtout de « l’élite conduisant la régionalisation » dont parle Leibak. En d’autres termes, le Maroc devra trouver les ressources humaines qualifiées afin d’accomplir ce projet.
La modernité, c’est aussi la régionalisation. Le Maroc ne peut réussir l’une sans l’autre.
« Le Maroc a réagi intelligemment au Printemps arabe, la balle est, à présent, dans le camp des politiques », déduit le président du Centre Achorouk, Mohamed Aujjar avant d’exprimer sa confiance en l’avenir du Maroc : « J’ose espérer que les élites sauront apporter les propositions et décisions qui permettront à notre société de voir cette Constitution mise en œuvre ».
Une mise en œuvre suivie également par nos voisins de la rive nord de la Méditerranée.« Nous suivons avec intérêt le processus de réformes… », a affirmé le président de la délégation Maghreb au Parlement européen, Antonio Pier Panzeri, précisant qu’il est décisif, pour le Maghreb, que le changement passe « des paroles aux faits ». Le statut avancé du Maroc devrait ainsi stimuler l’accélération des réformes et le renforcement des liens bilatéraux. Les paroles du haut responsable n’ont pas laissé insensible le président du groupe parlementaire du PJD, Lahcen Daoudi, qui s’est dit « agréablement surpris » par la position européenne « objective » face aux mutations que connaît le Maghreb, où la montée en flèche des islamistes est désormais prouvée par les résultats des élections tunisiennes.◆
3 QUESTIONS À …
Mbarka Bouida, Coordinatrice de la conférence
« Il ne faut plus insulter l’intelligence des Marocains »
Pourquoi soulever les défis de la Constitution en ce moment précis ?
Nous passons par une étape historique, celle de la préparation des échéances électorales. Il est essentiel, d’abord, de mobiliser les Marocains, de leur faire reprendre confiance dans les partis politiques. Le second défi est que les partis s’approprient clairement les dispositions de la nouvelle Constitution parce que le facteur temps est de plus en plus important. La conférence s’inscrit dans la continuité des activités du centre de réflexion Achorouk et surtout dans un contexte national et régional marqué par l’évolution des démocraties. Ce que je déplore personnellement, c’est le manque de débat après l’adoption de la Constitution. Et là, je lance un appel aux médias, aux centres de réflexions et à toutes les fondations pour organiser des débats sur la question, parce qu’ils ont la responsabilité d’accompagner cette étape.Ne pensez-vous pas qu’à l’approche des élections, les partis se préoccupent beaucoup plus des enjeux politiques et que de la Constitution ?
L’appropriation des nouvelles dispositions est un processus qui va prendre du temps. D’autant que nous avons certains partis obsolètes et une réticence au changement. Nous ne devons pas perdre pour autant de vue le processus du changement mais l’inscrire dans un échéancier, dans le court ou moyen terme. Il ne faut pas oublier que dans la Constitution, il y a un préambule qui recadre d’abord le projet de société marocain et l’implication du Maroc dans le cadre géostratégique régional d’où la nécessité d’impliquer et de faire participer nos amis européens notamment parce qu’on est vraiment au stade d’égal à égal. Je pense qu’aujourd’hui, nous pouvons travailler avec l’Europe d’une manière constructive.Parmi les défis que devront relever les partis, c’est de convaincre les Marocains à aller voter massivement, ce qui n’est pas gagné d’avance…
Tout va se jouer dans les prochains jours. Nous avons remarqué que les partis travaillent sur des programmes beaucoup plus consistants, plus élaborés et cela donnera de la visibilité aux Marocains. Mais l’enjeu principal, à mon avis, reste le renouvellement de l’élite politique. Il faut arrêter d’insulter l’intelligence du citoyen marocain.













