Le coude à coude Etat -Al Jamaâ
La marche de solidarité avec le peuple Syrien a été une réussite. À Casablanca, ils ont été des dizaines de milliers de Marocains à arpenter le boulevard Mohammed VI. Au-delà de la marche, une bataille médiatique se déroule entre l’État et les islamistes d’Al Adl wal Ihssan.

La marche de dimanche, en solidarité avec la Syrie, a été un nouveau test pour les appareils de l’Etat. Le gouvernement, qui a travaillé sur le volet diplomatique de cette crise, a plutôt été
Des dizaines de milliers de Marocains sont sortis exprimer leur solidarité avec le peuple syrien, dimanche, dans les principales villes du royaume. C’est à Casablanca où l’affluence était la plus importante, avec une centaine de milliers de marcheurs. À l’initiative de « Comité de la jeunesse marocaine pour le soutien du peuple syrien », organe formé principalement par la jeunesse Adliste, la marche a aussi été l’occasion pour les Syriens du Maroc de faire entendre leur voix, présents eux aussi parmi les manifestants. Mis à part le mouvement d’Al Adl wal Ihssan, principal instigateur de la marche, avec quelques éléments de la jeunesse ittihadie, d’autres acteurs ont tenu à participer à la manifestation. Ce fut le cas de nombreux acteurs de la société civile, organisations des droits de l’Homme, et simples citoyens émus par le sort que subit le peuple syrien. Plus étonnant, la présence de quelques dizaines de personnes dont les intentions étaient quelques peu floues ; drapeaux du Maroc et portraits du roi à la main, ceux-là, au lieu de crier leur solidarité avec le peuple syrien, préféraient lancer des louanges au roi et ainsi faire montre d’un patriotisme jugés par certains « à la limite du ridicule ». Bien que ce petit groupe d’ultra-royalistes ait pu paraître insignifiant, ces derniers permettent aux observateurs d’avoir la clé de la compréhension des intentions de l’État, dans l’utilisation d’une telle marche.
Médias publics vs la Jamaâ
La marche de solidarité avec le peuple syrien a été, clairement, à l’initiative du mouvement Al Adl wal Ihssan. Pourtant, les médias publics, chaînes de télévisions et agence de presse, ont tenu à couvrir la manifestation, sachant pertinemment que l’instigateur du groupe est persona non grata auprès des médias publics. Pour détourner ce constat, les médias ont tout simplement omis de citer la Jamaâ. Ainsi, certains journaux d’informations télévisés de dimanche imputaient-ils la marche non à Al Adl wal Ihssan, mais au « Comité de la jeunesse marocaine pour le soutien du peuple syrien ». Pas un seul journal télévisé n’a donc cité le nom de la Jamaâ. Face à cet oubli -volontaire?-, Le Soir échos a contacté Hassan Bennajeh, cadre du mouvement Al Adl wal Ihssan, pour avoir l’avis de la mouvance islamiste sur la couverture médiatique de la marche. « La manière avec laquelle les médias étatiques ont couvert la marche démontre que l’État marocain a ses propres calculs. C’est clair qu’il a tenté d’en tirer profit alors que nous en étions les instigateurs », a-t-il lancé. Bennajeh n’en reste pas là. Pour lui, l’État « a essayé de noyer la marche, d’une manière ou d’une autre, avec les moyens habituels qu’on lui connaît », allusion faite au groupuscule d’ultra-royalistes. Malgré tout, Bennajeh, par ailleurs directeur du bureau de Fathallah Arsalane, se dit « satisfait de la marche ». « Toutes ces choses ne nous atteignent pas. Le plus important est que la marche a été une réussite. Notre but, qui était de redonner de l’espoir au peuple syrien, a été largement atteint », s’est-il félicité.
3 QUESTIONS À …
Hassan Bennajeh, directeur du bureau du porte-parole du mouvement Al Adl wal Ihssan.
Comment évaluez-vous la marche de solidarité avec le peuple syrien ?
La marche de solidarité avec le peuple syrien a été une réussite à bien des égards, d’autant plus qu’elle a été massive, avec ses dizaines de milliers de manifestants. Ce fut une marche diversifiée, à laquelle ont participé plusieurs instances et partis. La marche a réaffirmé notre appel à la solidarité avec les peuples qui composent notre Oumma, ce sont des pays frères. Nous n’avons voulu faire aucune surenchère.
Comment voyez-vous la couverture faite par les médias publics ?
Je laisserai ça aux observateurs et aux analystes avisés. Ce qui nous importe, c’est que nous avons manifesté de bonne foi, sans surenchère particulière. Il existe des parties qui ont leurs propres calculs, et le premier ayant voulu profiter de la marche est sans aucun doute l’État. Ceci ne nous atteint pas. Le plus important, comme je l’ai répété, est que la marche a été une réussite, nous avons réussi à redonner espoir au peuple syrien.
Depuis qu’Al Adl wal Ihssan s’est séparé du M20F, le mouvement s’est littéralement investi dans les marches de solidarité avec le peuple syrien.N’est-ce pas une manière de réfuter les allégations faisant état d’un certain financement que vous aurez reçu de la part du régime iranien ?
Nous ne nous basons pas seulement sur cette cause-là (la solidarité avec le peuple syrien), nous poursuivons nos autres activités sur un même élan. Nous continuons à soutenir les diplômés chômeurs, les habitants de Taza. Nous sommes toujours présents, tout en réfutant toute forme de violence. Concernant les allégations dont vous avez fait part, elles sont tout sauf crédibles. Il n’y a que les petits enfants qui peuvent croire en ce genre de supputations. Nous avons été les premiers à soutenir le peuple syrien, avant même que ces allégations soient portées contre nous. Nous avons fait, en quelques mois, des dizaines de manifestations de solidarité avec le peuple syrien.
Des médias irréformables ?
Les responsables gouvernementaux, quant à eux, sont restés injoignables. Néanmoins, on voit mal l’État reconnaître le fait que c’est bien le mouvement d’Al Adl wal Ihssan qui a été le principal organisateur de la marche. Tout simplement, parce que l’État ne reconnaît pas Al Adl wal ihssan comme structure légale. Reconnaître donc que cette mouvance a été l’instigatrice d’une manifestation aussi importante que celle de dimanche, ne pourrait que lui être préjudiciable. Une autre question se pose : « A quoi servent les médias publics s’il ne disent pas toute la vérité au citoyen, premier contributeur, en terme de financement?» Pour Mustapha El Khalfi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, « le ministère n’a jamais dicté les choix de couverture », ajoutant que « les médias concernés ont leurs propres cahiers des charges, d’établir leurs propres choix ». Comprenant la pertinence de la question, El Khalfi rebondissait en promettant d’établir de « nouveaux cahiers des charges aux médias publics à partir du mois d’avril », pour, d’après lui, ajouter plus « de pluralisme et de diversité dans ces médias ». Une initiative qui tombera à point pour des médias longtemps détournés de leur mission principale et laissés entre les mains d’un appareil de propagande, à l’image de ce département étrangement hybride qui portait le nom de «ministère de l’intérieur et de l’information». ◆
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Mustapha El Khalfi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement
Pourquoi à votre avis les médias nationaux ne font pas de couvertures systématiques des manifestations du Mouvement du 20 février ?
C’est une question très pertinente. Ceci dit, le ministère de la Communication n’a jamais interdit la couverture d’un événement quel qu’il soit. Le choix relève du média concerné et du contenu de son cahier de charges. Mais, pour avoir un paysage médiatique neutre qui ne disqualifie aucune opinion nous comptons revoir avec les médias concernés leurs cahiers de charges à partir du mois d’avril et il sera régi par un pluralisme et une diversité complémentaire. Pour revenir à la question de la non-couverture des manifestations du mouvement du 20 févier, il faut poser la question aux responsables des médias.La réforme du paysage médiatique attend toujours. Est-ce normal ?
Il y a aujourd’hui un dialogue général sur la réforme des médias publics, la nouvelle Constitution a consacré tout un chantier de réformes à ce sujet et il ne nous reste plus qu’a le mettre en application et réviser l’ensemble des cahiers de charges en question. A partir du mois d’avril tout cela va commencer à se concrétiser. Nous comptons aussi créer une chaîne parlementaire, multiplier les émissions à débats, mettre en valeur la diversité d’opinions politiques et culturelles, mais aussi renforcer les identités marocaines et les langues .A quand une véritable réforme du code de la presse ?
Nous avons maintenant une nouveauté qui est le Conseil national de la presse et des débats sont tenus chaque semaine sur la réforme du code de la presse. Nous étudions cela en profondeur et nous sommes en train de remanier ce qui est obsolète. Vers la fin de l’année 2012, la presse marocaine et son code connaîtront un grand tournant.













