Pas de marche contre le vol des biens publics
L’Instance nationale de protection des biens publics au Maroc a fini par reporter sa marche. Pour célébrer la Journée nationale de protection des biens publics, décrétée le 24 mars, elle s’est contentée d’un sit-in de 45mn dimanche 25 mars.
« Nous avions décidé d’une marche pour la protection des biens publics, le 27 février dernier, toutes nos sections ont été mobilisées pour en assurer le succès. Mais nous avons été surpris par l’appel d’Al Adl Wal Ihssan, lancé le 15 mars pour l’organisation d’une marche le même jour, le 25 mars, au même lieu, en soutien à la cause palestinienne ». Mohamed Tarek Sbai, qui préside aux destinées de l’Instance nationale de protection des biens publics au Maroc (INPBPM), ne cache pas son incompréhension et sa déception. « Cette marche d’Al Adl Wal Ihssan avait été prévue le 1er avril à Casablanca, et en coordination avec l’ensemble des partis politiques et associations, dont l’Association marocaine de soutien à la lutte palestinienne. Mais Al Adl Wal Ihssan semble avoir préféré faire cavalier seul en organisant sa propre marche », constate le président de l’INPBPM dont la volonté est de décréter cette année comme celle d’un procès contre tous les « voleurs » des biens publics et une invitation à la restitution de ces derniers aux caisses de l’Etat.
Un sit-in pour marquer le coup
Pour célébrer la Journée nationale de protection des biens publics (24 mars), l’INPBPM n’a pas renoncé à sa marche dont elle annonce le report à une date ultérieure. « Nous nous contentons d’observer un sit-in devant le Parlement pour commémorer la Journée nationale et rappeler l’urgence de combattre le vol et la dilapidation des biens publics », déclare Mohamed Tarek Sbai au Soir échos sur les lieux du sit-in, qui a duré 45 mn. Quelques banderoles et des slogans portés par une quarantaine de participants venus de différentes régions du Maroc ont eu l’effet d’un symbole pour marquer le coup. « Nous tenons à rappeler que nos revendications attendent toujours d’être prises en compte. Nous demandons à la justice de ne pas se contenter de traiter les petits dossiers de dilapidation des biens publics, mais de s’attaquer aux plus gros dont les responsables profitent encore d’immunités alors que la Constitution exige désormais la reddition des comptes », rappelle-t-il, souhaitant que le sit-in puisse servir à lancer ce message. « Nous appelons aussi à ce que la justice indépendante soit effective, le plus tôt possible, par la voie de l’accélération de la promulgation des lois organiques la concernant. Le retard accusé par le projet de loi de Finances et le programme gouvernemental a eu un impact négatif sur la mise en œuvre de l’indépendance de la justice », regrette Mohamed Tarek Sbai.
Agréments, à quand les autres listes ?
Préserver les biens publics, c’est avant tout appeler à la transparence. Cette initiative de publication de la liste d’agréments de transport a soulagé partiellement l’INPBPM. « C’était l’une de nos revendications. Nous l’avions demandé, en 2007, au ministre de l’Equipement de l’époque, Karim Ghellab, mais il avait refusé. D’ailleurs, c’est le même son de cloche que nous avons reçu auprès d’autres ministres auxquels nous avons revendiqué la publication des listes des bénéficiaires de licences dont celle de la pêche et d’exploitation des carrières de sable », s’indigne le président de cette Instance. Et d’appeler le gouvernement de Benkirane à dévoiler, comme promis, la liste de tous les agréments et licences. « Il est temps d’en finir ! Pour nous, c’est une corruption politique qui n’a que trop duré. Les Marocains doivent, aujourd’hui, se sentir réellement égaux et profiter de toutes les richesses », estime Mohamed Tarek Sbai.
Des plaintes en suspens
Pour l’INPBPM, il est aussi temps que les plaintes déposées contre la dilapidation de biens publics puissent aboutir. « A l’échec du Maroc à la CAN, nous avons déposé une plainte contre les dépenses sans mesures dans le secteur du sport. Nous avons aussi une autre plainte qui date de 2008 et qui a été déposée auprès du procureur général auprès la Cour de cassation sur les dilapidations et les fraudes dans la session des marchés dans le secteur du transport et de l’équipement », affirme-t-il, ajoutant que l’instance revendique encore et toujours du gouvernement de ne ménager aucun effort pour permettre au Maroc de récupérer ses fonds détournés à l’étranger. « Le gouvernement Benkirane a fait plusieurs promesses, mais il ne les a pas encore tenues », fait remarquer Mohamed Tarek Sbai. ◆
Des victimes de Jerada et d’El Hajeb
Au sit-in, des associations venues de Jerada et d’El Hajeb ont marqué leur présence. L’Association des victimes d’Annajat pour le développement et la solidarité s’est déplacée depuis Jerada (trajet de 700Km) pour se faire entendre et rappeler la revendication de ses membres d’une réparation. « Nous avons adressé des écrits à différentes parties et déposé récemment notre dossier auprès du secrétaire général du CNDH, qui nous a promis une suite dans les 15 jours. Mais cela fait 9 mois maintenant que nous attendons cette suite », déclare le coordinateur de l’association. D’El Hajeb, la société civile est venue participer au sit-in de l’INPBPM pour dénoncer la session d’une forêt de 92ha situés sur les lots de terrains soulaliya de la commune rurale d’Ait Ouikhalfan.












