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Dossier

8 septembre 2010

Agriculture biologique : Le retour à la Terre

Ecrit par

Nadia Rabbaa Le «bio» est à la mode en Europe et dans le reste des pays industrialisés pour ses bienfaits pour la santé et pour son respect de la mère nourricière. La question se pose différemment pour les pays en voie de développement. La position officielle de la FAO, agence onusienne pour l’agriculture et l’alimentation, [...]

Nadia Rabbaa

Le «bio» est à la mode en Europe et dans le reste des pays industrialisés pour ses bienfaits pour la santé et pour son respect de la mère nourricière. La question se pose différemment pour les pays en voie de développement. La position officielle de la FAO, agence onusienne pour l’agriculture et l’alimentation, est que si l’agriculture biologique peut permettre un accroissement des revenus pour les petits producteurs, les engrais chimiques sont nécessaires pour nourrir la planète. Pour les pays pauvres en effet, l’agriculture est une question de survie. Survie alimentaire dans un premier temps, et économique ensuite. Dans un entretien au Monde datant de la semaine dernière, Kofi Annan, président du Conseil de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, insiste sur le rôle de l’agriculture africaine qui n’est pas seulement de nourrir la population mais aussi de se constituer en source de revenus nécessaire au développement. Le débat sur l’agriculture biologique dans les pays du Sud s’axe donc forcément autour de la question du rendement. Parce que pour nourrir une population et exporter, il faut produire. La productivité de l’agriculture biologique, ainsi que son coût, restent les principales critiques qu’essuient le secteur.

…Et pourtant, pour l’un des pionners de l’agriculture biologique qu’est Pierre Rabhi, l’idée que l’agriculture biologique ne serait pas capable de nourrir l’humanité est un mythe. Interviewé par Le Soir Echos, le théoricien de l’Agro-écologie insiste sur la destruction à long terme des sols et de leurs biodiversité qu’entraîne l’agriculture moderne, et in fine des sources de revenus des paysans. Même son de cloche chez Lahcen Kenny, professeur d’agriculture biologique à l’Institut d’Horticulture d’Agadir relevant de l’IAV Hassan II et Secrétaire Général-adjoint de l’Association marocaine de l’agriculture biologique (AMABio). «Le débat autour du rendement est ancien, mais il y subsiste encore beacoup de mauvaise compréhension. Certes le rendement de l’agriculture biologique est plus faible de 20% à 40% en comparaison avec les cultures classiques intensives comme la tomates par exemple. Mais cela n’est pas vrai pour toutes les cultures. En ce qui concerne les céréales par exemple, comme le blé, l’orge etc. il n’y a pas de différence de rendement. Il faut donc avoir une lecture plus nuancée. De plus, si le rendement des angrais bio est plus faible que celui des engrais chimiques pour l’instant, il est en constante amélioration. Prenez l’exemple de la tomate bio, on était à 50 tonnes/ hectare il y a quelques années, et maintenant on est à 120 tonnes par hectare, et il y a encore des marges de progression. Certaines études font même état d’un plus grand rendement de l’agriculture biologique dans certains pays» explique le professeur.

Le secteur marocain s’organise petit à petit. «Pour les produits cultivés, on compte 5000 hectares dans le royaume. Mais l’on est à 500 000 hectares pour le «bio spontané», c’est-à-dire les forêts, la culture de l’arganier, des plantes aromatiques etc. C’est peu, comparativement aux autres pays de la région», regrette Lahcen Kenny, professeur d’agriculture biologique à l’Institut d’horticulture d’Agadir relevant de l’IAV Hassan II et Secrétaire Général adjoint de l’Association Marocaine de l’Agriculture Biologique (AMABio).

Les premières initiatives «bio» au Maroc datent en effet de 1986 dans la région de Benslimane, mais le bio a réellement démarré en 1992 dans la région d’Agadir. Et pourtant… «A cause du manque d’engagement des officiels à l’époque, le développement de l’agriculture biologique a été très lent, ce qui fait qu’on est en retard. Prenez les chiffres de l’Arabie Saoudite, qui est à 21.000 hectares d’agriculture cultivée, ou encore de la Tunisie qui est maintenant à 230.000 hectares!» s’exclame le militant.

Ce n’est en effet que depuis peu que le gouvernement s’est engagé sur la question. A l’origine du Plan Maroc Vert, rien n’était prévu concernant l’agriculture biologique. «Depuis la fin de l’année dernière et encore plus au début 2010, il y a eu une forte sensibilisation qui a été couronnée par la prise de position officielle du gouvernement lors du Salon de l’Agriculture de Meknès. S’en est suivie la constitution de l’Association marocaine de l’agriculture biologique (AMABio) dont le siége est à Casa. Dans le cadre de l’Association, nous sommes en train de mettre en place un contrat-programme avec le Ministère pour le développement du secteur. Côté réglementation, c’est en discussion depuis 2003. La loi est prête, mais rien n’a encore été validé officiellement pour l’instant», déplore Kenny.

Or cette abscence de texte pénalise le Maroc sur le plan technique et économique. Comme il n’existe pas d’organisme certificateur marocain, nos produits doivent être labélisés à l’étranger, ce qui coûte cher et augmente au final le prix du produit et forcément impacte les ventes et donc le développement du secteur.

Résultat : la quasi totalité de la production bio marocaine est destinée à l’export. «Si les produits bio sont très peu présents sur le marché national c’est à cause de la stratégie du pays qui a d’abord développé le bio pour l’export.

Alors que les Marocains, avec le «beldi» -que je qualifie de bio non certifié- ont toujours eu l’habitude de manger bio», conclut le professeur de l’IAV d’Agadir.

Noureddine, un jeune paysan formé à l’agro-écologie

Le corps penché en avant, les mains de Nourreddine se glissent dans les plants de tomates avant d’en saisir une, d’un rouge vif, juteuse à point. Sur sa petite parcelle de 1.5 hectare, située à Dar Bouazza, ce jeune paysan cultive selon les procédés de l’agriculture biologique, aubergines, citrouilles, carottes, maïs, pommes de terre, betteraves, poireaux mais aussi de nombreuses plantes aromatiques. «Pendant 4 ans, j’ai été formé aux techniques de l’agriculture biologique par des professeurs de la ferme pédagogique de Terre et Humanisme. Au lieu des pesticides, j’ai appris à utiliser le purin d’ail ou d’ortie, fait avec du savon noir et du piment. Maintenant, j’ai mon propre terrain», nous raconte-il, avant d’ajouter, les yeux brillants de fierté «Ici, j’ai travaillé tout seul». Suivre la voie de l’agriculture biologique n’a pas toujours été facile. « Mon père ne voulait pas au début, puis il m’a donné ce terrain et aujourd’hui mes parents aiment venir chercher les produits. Les gens ne comprennent pas ce qu’est le bio, il faut qu’ils viennent voir pour comprendre comment tu travailles, il faut leur expliquer». Lorsqu’on lui demande s’il abandonnerait l’agro-écologie, il affirme avec conviction : «La première chose, c’est la santé. Quand tu cherches de l’argent, cela ne mène à rien».

Carnet d’adresses

- Blog de Pierre Rabhi : http://www.pierrerabhi.org/blog/ Il sera prochainement au Maroc du 13 au 17 septembre. Une conférence-débat est notamment organisée en présence de Pierre Rabhi le 14 septembre à 18h30 à l’Hôtel Tikida de Marrakech. Contact : 06 75 08 16 01

- Site du Mouvement Terre et Humanisme au Maroc : http://thmaroc.blogspirit.com/

- Contact paniers AMAP : Abdellah au 06 10 10 81 91 ou Noureddine au 06 67 87 24 39

Pierre Rabhi

«L’idée que l’agriculture biologique ne serait pas capable de nourrir l’humanité est un mythe»

Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l’agriculture biologique et de l’agroécologie.

Fondateur du Mouvement Terre et Humanisme, il défend un mode de production agricole permettant l’autonomie alimentaire des populations et la préservation des ressources naturelles.

Entretien avec cet humaniste, qui appelle à «l’insurrection des consciences»

propos recueillis par céline girard

Quel regard portez-vous sur le système agricole actuel du Maroc?

J’ai toujours combattu tout ce qui était inspiré de l’agriculture moderne et productiviste. Les conséquences sont la pollution des nappes phréatiques, la réduction de la qualité des produits alimentaires et l’épuisement des sols. C’est une agriculture qui produit et détruit en même temps. L’agroécologie s’adresse surtout aux petits paysans. Comme 50% de la population marocaine est encore rurale, l’agroécologie apparaît comme une solution pour le Maroc. Il faut profiter de cette situation favorable pour proposer une agriculture qui régénéré, avec des produits de qualité et une valorisation des cultures traditionnelles. L’agriculture traditionnelle a été malmenée par les conditions climatiques, dont les sécheresses. C’est un dénominateur commun au Maghreb et au Moyen-Orient. L’avenir alimentaire de ces régions, qui repose sur l’usage du pétrole, est un avenir aléatoire car le pétrole devient une ressource incertaine.

Quels sont les résultats  des actions mènent le Mouvement Terre et Humanisme au Maroc?

Mon engagement au Maroc est né à l’occasion des rencontres internationales, organisées par Fettouma Benabdenbi, sous le titre « Les chemins de l’alliance entre féminin d’Orient et d’Occident ». J’ai vu à cette occasion les évolutions écologiques négatives, et les personnes affectées par ces situations. A partir de là, nous avons essayé de collaborer et de mener différentes actions. Le résultat n’est pas spontané, il faut du temps. Il faut cultiver, expérimenter, réaliser. Nous sommes à présent bien enracinés et nous avons engagé des actions de formations en agroécologie à travers le pays. A Dar Bouâazza, nous avons notamment un jardin qui démontre la capacité de l’agroécologie. A présent, nous voulons mettre en place plus d’outils pour diffuser l’agroécologie, avec l’ouverture d’un centre de formation du côté de Marrakech, pour toute la zone Maghreb et Moyen-Orient.

L’agriculture biologique peut-elle vraiment subvenir aux besoins alimentaires?

Oui, elle peut subvenir aux besoins alimentaires. L’agriculture dite «moderne» détruit les sols, enlève la biodiversité et appauvrit les paysans. L’agroécologie, quant à elle, régénère et montre les potentialités. Moi même, je cultive dans une ferme du sud de la France, dans une zone aride, et nous avons atteint des productions tout à fait viables. Je parle de quelque chose que j’ai vécu. Je suis allé au Burkina Faso pour proposer l’agroécologie, notamment sous la perspective du coût et de l’investissement. Cela a eu un succès formidable, avec le président Saye Zerbo, puis avec Thomas Sankara. Pour donner une idée des chiffres, il faut 2 à 2.5 tonnes de pétrole pour faire 1 tonne d’engrais. Dans ce cadre là, l’Université de Milan, en observateur extérieur, a fait des évaluations. Nous faisons donc des choses que nous mesurons et ces évaluations ont mis en évidence que l’idée que l’agriculture biologique ne serait pas capable de nourrir l’humanité est un mythe.

Face à l’idée de croissance, vous préconisez la «sobriété heureuse». Comment se définit ce concept?

Je suis parti de l’interrogation suivante : Pourquoi ces déséquilibres ? Pourquoi le continent africain si peuplé et si jeune n’arrive pas à devenir un continent auto-satisfaisant ? Cela est dû aux groupes internationaux qui ont inscrit la croissance comme précepte de base  pour les  gouvernements. Une croissance indéfinie est irrationnelle car notre planète est limitée. Cela produit des disparités, des accumulations d’un côté et l’indigence de l’autre. Il n’y a pas d’équité dans le monde. Alors soit on reste dans le toujours plus, soit on choisit de sortir de ce cercle infernal et de rentrer dans un art de vivre basé sur la modération. Dans la sobriété heureuse, il faut «être et avoir» en équilibre. Aujourd’hui, l’avoir ronge l’être. L’accumulation ne donne pas le bonheur.

Peut-on évoluer dans cette «sobriété heureuse» dans un pays émergent comme le Maroc?

Pour les pays émergents, l’Occident apparaît comme celui qui a réussi, parce qu’il a inventé et fait des prouesses technologiques. Mais en réalité, l’Occident s’est approprié la Planète toute entière, notamment par la voie de la colonisation. Ce n’est pas une réussite, bien au contraire. C’est au prix de la conquête des territoires, de la main mise sur les ressources, de génocides de peuples entiers, de toute une histoire coloniale. Nous sommes aujourd’hui dans une illusion dangereuse. L’Occident n’a pas réussi, elle a pillé la Planète. Le drame des pays émergents, c’est de croire à la réussite de l’Occident. Cette phase de quiproquo risque de coûter très cher. C’est le moment de faire un choix décisif. La révolution se fera à l’échelle planétaire. Je suis effrayé de voir que les pays émergents fondent leur réussite sur la même voie que l’Occident, basée sur le pillage. Cette voie amène à croire qu’il faut à tout prix de la croissance. Par exemple, l’Indonésie affiche une progression de son PIB, tout le monde applaudit, mais ce qu’on ne dit pas, c’est qu’ils ont progressé en détruisant des milliards d’hectares de forêts, qui constitue un bien commun indispensable à la vie. Il faut prendre conscience. Je propose une civilisation, ou plutôt un principe de civilisation, fondée sur la modération.






 
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One Comment


  1. abatorab bouchaib

    c’est tres important



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