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Argana : les victimes vivent l’horreur

Au procès en appel de l’affaire Argana, aucun des accusés n’a reconnu les faits qui lui sont reprochés. Les victimes, elles, se disent indignées par « lâcheté ».

l’affaire-Argana

Mercredi, le juge a auditionné les accusés, aprés la présentation, par le procureur général, du rapport médical réclamé par la défense et attestant du bon état de santé de tous à l’exception de deux, Abdelfattah Dihaj et Abdessamad Bettar.

Il est 15h. A la salle d’audience n°3 de la Cour d’appel de Salé, une foule impressionnante tente de trouver place. Les familles des neuf accusés de l’attentat terroriste d’Argana et celles des victimes, dont une majorité française, sont présentent. Elles suivent de très près ce procès de la seconde chance depuis son ouverture lundi à la Chambre criminelle chargée des affaires du terrorisme près la Cour d’appel de Salé. Les familles des accusés attendent la clémence d’un jugement en appel, alors que celles des victimes cherchent encore à faire le deuil de leurs proches emportés injustement par cet acte terroriste.

Des auditions et une seule voix

Ce mercredi 7 mars, devant le juge, l’audition des accusés a bien eu lieu dès que le procureur général a présenté le rapport médical réclamé par la défense, et attestant du bon état de santé de tous à l’exception de deux, Abdelfattah Dihaj et Abdessamad Bettar. Ces derniers ont été, toutefois, auditionnés, mais assis sur une chaise. Un par un, ils ont tous répété les mêmes propos, en niant absolument toutes les charges qui pèsent contre eux et en dénonçant des « actes de tortures » dont ils auraient été victimes lors de leur détention. Les accusés rejettent alors leurs aveux qu’ils ont pourtant signés devant le juge d’instruction et en présence de leurs avocats.  Agressif et parfois insolent, Adil El Atmani, principal accusé de l’affaire, clame son innocence après l’avoir fait en première instance. « Je suis un citoyen ordinaire à qui on a collé une accusation ! Je n’ai aucune appartenance ni de lien avec le jihad. Toute cette histoire est fabriquée !», lance-t-il, en agitant ses bras et en légitimant son droit de s’exprimer : « Je suis condamné à mort, donnez-moi le droit de parler ! ». Barbe et cheveux longs, Adil El Athmani ne reconnaît finalement que son voyage en Turquie et en Libye, mais en précisant que c’était une aventure clandestine. « Les passeurs m’ont, ensuite, enlevé et je me suis retrouvé en Syrie avant d’être expulsé vers le Maroc », raconte-t-il avant d’ajouter « Je suis clandestin et pas terroriste ». Il n’a rien pour prouver ses dires, tandis que les preuves l’accablent et tissent un lien direct entre lui et l’acte terroriste.  Le second accusé, condamné en première instance, à la perpétuité, Abdelhakim Dah parle lui aussi de voyage clandestin en Libye mais précise qu’il était seul. Sa relation avec Adil El Amani se limite, selon lui, à de simples échanges « commerciaux ». Et rebelote pour les sept autres dont les récits semblent avoir le point commun des voyages clandestins.

Partie civile et « langue des morts »

C’est tout un débat qui a éclaté entre la défense et la partie civile lorsqu’il a été annoncé que les plaidoiries de celle-ci se feront en langue française. « C’est une violation de la Constitution et des termes de la convention bilatérale en matière de justice qui précise que les plaidoiries doivent se faire dans la langue du pays où se tient le procès », interpelle Me Naïma Guellaf, avocate de la défense. « Je trouve aberrant et hallucinant que la défense nous empêche de parler notre langue alors que leurs clients ont voulu la mort de nos victimes », déclare haut et fort Me Eric Moutet, estimant que le français est « la langue des morts ». « Ce sont les Français qui ont été assassinés et il est normal que la douleur des victimes puissent s’exprimer », martèle-t-il, rappelant que les familles ont perdu les leurs et ne gardent dans leur esprit que l’image des cadavres allongés dans les morgues, des blessures et des mutilations. « Pour nous, le procès s’achève sans rien (…) Les victimes cherchent des réponses à cet acte barbare (…) Nous n’avons pas entendu de regrets ou un mot. L’objet d’un procès, c’est de faire le deuil », plaide Me Eric Moutet pour qui les accusés ont fait preuve de « lâcheté ». « Les accusés sont murés dans leurs mensonges (…) Ce sont des lâches que vous jugez !», s’exclame-t-il.  Son collègue, Me Frank Berton, lui, dresse le portrait de la plus jeune victime de l’acte terroriste : Camille, fauchée à l’âge de dix ans, dont il montre la photo. Ce que les familles des accusés n’ont pas apprécié et ont tenté de semer le désordre à l’audience avant que le calme ne reprenne grâce à l’intervention de la police. Me Berton parle de la famille de Camille qui adorait le Maroc et y venait souvent jusqu’au jour où ce crime l’a complètement détruite.
Me Omar Abouzzohour et Me Abderrahim Jamaï ont, ensuite, lu les plaidoiries des deux avocats français en arabe avant de les distribuer aux différentes parties du procès.

Réquisitoire

Alors que les avocats de la partie civile ont tous demandé l’annulation de la peine de mort, le procureur général a appelé à son maintien. Dans son réquisitoire, les faits et les charges pesant contre les accusés sont explicités et étayés par des preuves accablantes résultant de l’enquête minutieuse du parquet et de la police scientifique. Le procureur revient sur le parcours des deux principaux accusés, Adil et Abdelhakim, montrant qu’ils ont bien mis au point leur stratagème faisant allégeance à Al-Qaida. Il demande ainsi le maintien de leur condamnation et celle des sept autres qui, selon lui, malgré leur connaissance de la préparation de l’acte terroriste, n’ont pas prévenu la justice. Le verdict n’a pas encore été énoncé. ◆

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