Benabdallah face aux urgences
Les Assises nationales pour la politique de la ville se sont tenues hier à Rabat. Les défis de développement des villes sont énormes mais derniers effondrements obligent, l’habitat menaçant ruine s’est érigé en priorité des priorités.
« Des assises sur la politique de la ville je veux bien. Mais Je veux aussi des choses concrètes. Sinon … ». Fidèle a son discours populaire Abdelilah Benikirane, chef du gouvernement fait dans le pragmatisme. A ses yeux les bonnes intentions ne suffisent pas pour donner naissance à une véritable politique de la ville dont le concept laisse pour le moins rêveur. Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat de l’urbanisme et de la politique de la ville est bien conscient des grandes contraintes et enjeux pour mette sur les rails un projet aussi ambitieux que celui de réussir une refonte globale du cadre juridique et intentionnel, de regrouper tous les acteurs institutionnels et secteur privé autour d’une vision unique. D’autant plus que le partage des pouvoirs au Maroc est l’un des grands défis auxquels devraient face le ministre progressiste socialiste. Le chantier de la régionalisation avec toutes les composantes qu’il induit comme la déconcentration et la décentralisation n’est pas en reste. Il ne faut pas non plus perdre de vue le nerf de la guerre, le financement de cette politique publique participative que Benabdallah défend corps et âme. Sur cette question cruciale, il nous répond que l’Etat puisera dans les ressources du Fonds de Solidarité de l’Habitat. Il est prévu au titre de la loi de Finances 2013 de taxer d’autres produits que le ciment comme le sable, l’acier, le fer…. « Nous envisageons également d’œuvrer au renforcement des ressources allouées à travers la transformation du FSH en Fonds de solidarité pour l’habitat et l’intégration urbaine », explique-t-il.
La politique de la ville tel que ce concept laisse croire veut dire rompre avec toute forme de vulnérabilité ainsi que de mettre un terme même graduellement au déficit enregistre au niveau de la desserte des services publics. Il veut dire également un espace productif économiquement et inclusive socialement, surtout le poids de l’exode rural pèse fortement sur la démographie des villes dont la population passerait des 2/3 actuellement aux 3/4 à l’horizon 2030. Cette approche requiert une planification à long terme anticipant tout changement brusque y compris celui climatique. Selon un expert, on a besoin d’une ville génératrice d’emplois, de cohésion et équité sociale. Elle devrait assurer le strict minimum de dignité et de décence. Contrairement au paysage chaotique sous le fardeau duquel croule le commun des mortels. Les assises de la politique de la ville comme l’a bien détaille Benabdallah viennent couronner tout un processus de concertations régionales ayant abouti a plus de 30 rapports. Qu’en est-il de l’activation du bouton du concret après cette phase de conception ? « Nous commencerons par mettre en place bon nombre de projets au niveau de 10 à 12 villes qui ont manifesté leur volonté d’adhérer à notre approche réformatrice », précise-t-il. La réussite d’un tel chantier exige la coordination de l’ensemble des acteurs aussi bien centraux que régionaux d’autant plus que « Les problèmes sont légion », pour ne citer que la pauvreté, la précarité, les inégalités sociales, l’anarchie urbanistique… A cette mosaïque donnant le tournis, il faudrait ajouter un des grands problèmes (maisons menaçant ruine) qui risque même de mettre à mal, voire retarder la lutte contre les bidonvilles. « L’habitat menaçant ruine est désormais la priorité des priorités en termes de politique d’habitat. Ce dossier urgent nécessite de notre part un traitement prioritaire allant jusqu’à couper dans les autres budgets ». ◆


