Beni Mellal : la manif vire à l’émeute
Dimanche, une manifestation à Béni Mellal a viré à l’anarchie. Répression, pillage d’institutions publiques et voitures brûlées. La contagion des événements de Taza serait-elle en train de migrer ? L’AMDH montre du doigt des militants islamistes… qui ne savent plus où ils en sont.
Tout a commencé dimanche, dans l’après-midi. Nous sommes à la place Al Massira, au centre-ville de Béni Mellal. Des jeunes en colère commencent à manifester avant de s’adonner à des actes de pure violence et de destruction de bien publics. Si la ville à l’habitude des sorties du Mouvement du 20 février, généralement pacifistes et sans grands heurts, les événements de dimanche eux viennent nous rappeler qu’entre la revendication légitime de plus de droits et de libertés et la manipulation de ce genre d’initiatives par des parties tierces à des fins de sabotage, la ligne de démarcation est des plus fines. Résultat, une intervention policière musclée, 8 blessés et plusieurs édifices détruits, notamment des agences bancaires. Et d’aucuns affirment que les militants du 20 février n’y sont pour rien. « Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Ce sont des militants islamistes. Ils se sont retirés du M20F au tout début des marches, parce qu’ils n’avaient pas les mêmes convictions et les même revendications que la majorité de la mouvance. Ici, ils portent le nom de « Frères du 1er Ramadan, car le premier jour de ce mois, ils s’étaient retirés du M20F. Avant, c’était eux qui occupaient la place d’Al Massira à Beni Mellal. Maintenant, ils y font la loi. Une loi qui ne fait pas forcément l’unanimité. ». Tout en racontant cela, le coordinateur de l’AMDH à Beni Mella, Housine Elharchi, pointe du doigt ces jeunes qui ne font pas partie du M20F comme l’avaient rapporté les sites d’information en ligne. « Pour l’heure, ce qui compte le plus, c’est la sécurité des citoyens », s’indigne Elharchi.
Les frères du 1er Ramadan
« Alors que l’autorisation pour manifester leur a été encore une fois refusée, une hystérie s’est emparée de ces manifestants. Les passants qui se sont vus confondre avec ces fauteurs de troubles, ont en été les premières victimes », explique Housine Elharchi. On compte aussi des jets de pierres et la destruction de l’entrée d’une grande surface de la ville ainsi que de nombreuses voitures. Notre source ajoute aussi que les auteurs de ces troubles ne sont pas uniquement des islamistes qui marchaient avec le M20F, mais aussi des hooligans qui venaient de sortir du terrain où se jouait le match entre le Raja de Beni Mellal et le Mouloudia d’Oujda.
Drôle de manière de revendiquer
Avec des hauts parleurs, des flyers et même des data shows, les Frères du 1er Ramadan, répandent leurs convictions pour celui qui veut bien entendre ou se faire convaincre malgré lui. Principaux messages: « Tout laïc est un athée»«. «L’islam, il n’y a que cela de vrai » et ainsi de suite. « Nous n’avons jamais été d’accord avec ces positions, et pourtant, on cohabitait avec eux. Ils manifestaient avec nous quand ils en avaient envie. Maintenant, cela devient du n’importe quoi. C’est antidémocratique toute cette hostilité », résume Elharchi. Pour lui, les auteurs de cette anarchie sont loin d’être de « vrais » islamistes, et encore moin des PJDiste comme certains le laisseraient entendre. « Ils occupent souvent la place Al Massira pour régler des comptes personnels avec des élus qu’ils jugent corrompus. Leurs opinions sont très mitigées et leurs convictions sont bizarres. J’ai l’impression qu’ils veulent créer des tensions rien que pour semer la zizanie. Ces gens-là oublient les revendications primordiales et s’intéressent à des détails personnels, voire égoïstes », dit encore le militant de l’AMDH. Contacté par le Soir échos pour nous donner sa version des faits, le porte parole du gouvernement et ministre de la Communication Mustapha Elkhalfi est resté injoignable. Affaire à suivre. ◆


