L’avènement du nouveau gouvernement laissait la porte ouverte à d’immenses espérances de la part des Marocains. Nos compatriotes attendaient des signaux d’ouverture, de liberté, d’équité et de justice. Comme dans un conte de fée, le prince éloquent devait être capable de répondre aux attentes de ses compatriotes. Il avait promis monts et merveilles à un [...]
L’avènement du nouveau gouvernement laissait la porte ouverte à d’immenses espérances de la part des Marocains. Nos compatriotes attendaient des signaux d’ouverture, de liberté, d’équité et de justice. Comme dans un conte de fée, le prince éloquent devait être capable de répondre aux attentes de ses compatriotes. Il avait promis monts et merveilles à un peuple qui l’a porté à la tête d’un gouvernement de rupture avec les prétendues ou avérées habitudes de corruption, de népotisme et de clientélisme. Benkirane affichait, alors, deux priorités : la réforme de la justice et celle de l’enseignement. Il se voulait juste, franc et indépendant et se retrouve piégé par un pouvoir dont il n’avait que trop peu mesuré les charges. Piégé par un peuple qui attendait tout de lui et auquel il ne peut rien donner ! Piégé entre les contraintes du gouvernant et les promesses du candidat ! Benkirane parait à bout de souffle et laisse apparaitre des signes d’irritation tant vis-à -vis des opposants légaux ou des frères à la marge que vis-à -vis de la presse ou de certains hommes de son équipe. L’équation marocaine est lourde et devient dangereuse quand un populisme irresponsable éveille des espoirs démesurés. Le peuple exige qu’on s’occupe de ses problèmes quotidiens, ici et maintenant, sans tenir compte d’une réalité qui l’a si souvent négligé. Les manifestations se multiplient et le délai de grâce du gouvernement semble désormais révolu.
Les gouvernants, aujourd’hui aux manettes, n’ont d’autres solutions que d’utiliser les ficelles de leurs prédécesseurs pour apaiser la rue. Tout y passe : depuis le maintien de l’ordre musclé jusqu’à la désinformation ou la menace à peine perceptible vis-à -vis des médias dont on exige, aujourd’hui, plus de responsabilité en passant par la symbolique des emprisonnements ou de poursuites de présumés coupables dans des affaires douteuses ou la libération de certains détenus. L’équipe gouvernementale est désorientée depuis l’antre du parti vainqueur des élections dont certaines voix s’élèvent pour exiger plus de transparence jusqu’au sein même des ministres du PJD ou, un jour, le ministre de la communication souligne que chaque évènement rapporté par les médias est suivi d’une enquête quand le chef du gouvernement corrige en affirmant que la presse ne doit jouer aucun rôle de contrôle dans un déni total de la nécessité de cet outil de toutes les démocraties. La partition écrite pour la prise de pouvoir par le PJD semble laisser libre court à une cacophonie inaudible dans un contexte nauséabond. Les pluies tardent à venir, les solutions promises pour les jeunes ne s’avèrent que des effets d’annonce quand même la loi de finances 2012 semble avoir, une nouvelle fois, du mal à trouver le chemin du parlement. Benkirane semble de plus en plus touché par l’apathie qui a contaminé ses prédécesseurs se murant de plus en plus dans l’adage populaire qui dit : « Combien de problèmes a-t-on pu régler en les délaissant ! ». L’impuissance du politique n’est pas une maladie nationale. Des pays, économiquement, beaucoup plus développés que le Maroc la vivent au quotidien soumis au diktat d’une finance mondialisée sans scrupules qui devient une monstruosité dont la seule ampleur suffit à sa survie. Les trois gouvernements précédents ont réussi à amortir les difficultés et à tracer un chemin, certes imparfait, mais raisonnable pour optimiser le développement de notre pays et Abdelillah Benkirane ne peut, aujourd’hui, que constater que c’est, effectivement, le seul chemin qu’il pourra emprunter car il se sait d’ores et déjà incapable de toucher aux grands équilibres qu’ils soient moraux, sociaux ou économiques. Espérons que cette petite déprime ne devienne rapidement qu’un mauvais souvenir pour que notre gouvernement puisse enfin s’attaquer aux vraies réformes nécessaires pour accélérer notre développement dans une sérénité retrouvée et assumée.  ◆






