Imprimer

Zoom

16 février 2012

Benkirane à bout de souffle

Ecrit par

L’avènement du nouveau gouvernement laissait la porte ouverte à d’immenses espérances de la part des Marocains. Nos compatriotes attendaient des signaux d’ouverture, de liberté, d’équité et de justice. Comme dans un conte de fée, le prince éloquent devait être capable de répondre aux attentes de ses compatriotes. Il avait promis monts et merveilles à un [...]

Benkirane parait à bout de souffle et laisse apparaitre des signes d’irritation.

Benkirane parait à bout de souffle et laisse apparaitre des signes d’irritation.

L’avènement du nouveau gouvernement laissait la porte ouverte à d’immenses espérances de la part des Marocains. Nos compatriotes attendaient des signaux d’ouverture, de liberté, d’équité et de justice. Comme dans un conte de fée, le prince éloquent devait être capable de répondre aux attentes de ses compatriotes. Il avait promis monts et merveilles à un peuple qui l’a porté à la tête d’un gouvernement de rupture avec les prétendues ou avérées habitudes de corruption, de népotisme et de clientélisme. Benkirane affichait, alors, deux priorités : la réforme de la justice et celle de l’enseignement. Il se voulait juste, franc et indépendant et se retrouve piégé par un pouvoir dont il n’avait que trop peu mesuré les charges. Piégé par un peuple qui attendait tout de lui et auquel il ne peut rien donner ! Piégé entre les contraintes du gouvernant et les promesses du candidat ! Benkirane parait à bout de souffle et laisse apparaitre des signes d’irritation tant vis-à-vis des opposants légaux ou des frères à la marge que vis-à-vis de la presse ou de certains hommes de son équipe. L’équation marocaine est lourde et devient dangereuse quand un populisme irresponsable éveille des espoirs démesurés. Le peuple exige qu’on s’occupe de ses problèmes quotidiens, ici et maintenant, sans tenir compte d’une réalité qui l’a si souvent négligé. Les manifestations se multiplient et le délai de grâce du gouvernement semble désormais révolu.

Ryad Mezzour

Ryad Mezzour

Les gouvernants, aujourd’hui aux manettes, n’ont d’autres solutions que d’utiliser les ficelles de leurs prédécesseurs pour apaiser la rue. Tout y passe : depuis le maintien de l’ordre musclé jusqu’à la désinformation ou la menace à peine perceptible vis-à-vis des médias dont on exige, aujourd’hui, plus de responsabilité en passant par la symbolique des emprisonnements ou de poursuites de présumés coupables dans des affaires douteuses ou la libération de certains détenus. L’équipe gouvernementale est désorientée depuis l’antre du parti vainqueur des élections dont certaines voix s’élèvent pour exiger plus de transparence jusqu’au sein même des ministres du PJD ou, un jour, le ministre de la communication souligne que chaque évènement rapporté par les médias est suivi d’une enquête quand le chef du gouvernement corrige en affirmant que la presse ne doit jouer aucun rôle de contrôle dans un déni total de la nécessité de cet outil de toutes les démocraties.  La partition écrite pour la prise de pouvoir par le PJD semble laisser libre court à une cacophonie inaudible dans un contexte nauséabond. Les pluies tardent à venir, les solutions promises pour les jeunes ne s’avèrent que des effets d’annonce quand même la loi de finances 2012 semble avoir, une nouvelle fois, du mal à trouver le chemin du parlement. Benkirane semble de plus en plus touché par l’apathie qui a contaminé ses prédécesseurs se murant de plus en plus dans l’adage populaire qui dit : « Combien de problèmes a-t-on pu régler en les délaissant ! ».  L’impuissance du politique n’est pas une maladie nationale. Des pays, économiquement, beaucoup plus développés que le Maroc la vivent au quotidien soumis au diktat d’une finance mondialisée sans scrupules qui devient une monstruosité dont la seule ampleur suffit à sa survie. Les trois gouvernements précédents ont réussi à amortir les difficultés et à tracer un chemin, certes imparfait, mais raisonnable pour optimiser le développement de notre pays et Abdelillah Benkirane ne peut, aujourd’hui, que constater que c’est, effectivement, le seul chemin qu’il pourra emprunter car il se sait d’ores et déjà incapable de toucher aux grands équilibres qu’ils soient moraux, sociaux ou économiques.  Espérons que cette petite déprime ne devienne rapidement qu’un mauvais souvenir pour que notre gouvernement puisse enfin s’attaquer aux vraies réformes nécessaires pour accélérer notre développement dans une sérénité retrouvée et assumée.   ◆




 
Articles en relation
 

 
penetration-française

La colonisation du Maroc

Les réactions provoquées par le zoom intitulé « Et si le Maroc n’avait pas été colonisé ? » furent singulièrement éclairantes. Elles étaient, non pas contrastées, mais strictement symétriques, aux deux bouts d...
 

 
De-Gaulle-25-Aout

France outragée ! Mais France libérée !

« Paris, Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée ! Mais Paris libérée ! » C’était le 25 août 1944, place de l’Hôtel de Ville, à Paris, tout juste libérée des forces allemandes. Le général Charl...
 
 
Nicola-sarkozy

Psychologie de la Ve République française

On dit des chiens qu’ils ressemblent à leur maître. Soit que ce dernier les choisisse en fonction d’une similitude inconsciente entre les deux caractères, soit, plus probablement, que le chien, animal placide et volontai...
 

 
Youssef Belal, Réda Mouhsine et Driss Jaydane, lors des débats dans les locaux du Soir échos, mercredi soir.

Le gouvernement Benkirane en question

Le 26 janvier dernier, le parlement a officialisé l’investiture constitutionnelle du gouvernement Benkirane. 100 jours plus tard, Le Soir échos a organisé un débat au siège du journal pour faire le bilan mais aussi relev...
 
 
audiovisuelles

Arabisation et démocratie

« Je parle espagnol à l’église, français avec les dames, et allemand aux écuries ». On prête à Charles Quint, le souverain d’un empire couvrant tous les fuseaux horaires – qu’on me permette cet anachronisme â€...
 
 
ohammed-Ben-Youssef

Et si le Maroc n’avait pas été colonisé ?

La mise en situation imaginaire d’un dispositif technique – un avion, une centrale nucléaire…- pour simuler un accident, une surcharge, une condition atmosphérique exceptionnelle, permet non seulement des anticipations,...
 

 
Muhammad-al-Amin

« C’est pas la même chose »

Dans le premier spectacle de Gad Elmaleh, à la fin des années 1990, une des personnages, Mme Tazi, explique à son interlocutrice, éberluée, que son fils et « Abderrazaq el Merhaoui », « c’est pas la même choseâ...
 
 
Sarkozy

Sarkozy, enterrement d’un fossoyeur

Le ridicule ne tue pas, l’ironie, par contre, est souvent mortelle. Nicolas Sarkozy se voulait le fossoyeur du Front national. Il est évident aujourd’hui qu’il a enterré pour de bon la droite française de filiation gau...
 

 
ville-de-Benghazi

Trop malin pour la révolution

On a vu, très peu après le début des révolutions arabes, l’émergence d’un discours d’un genre particulier. Il disait en substance qu’il ne se passait rien : les dictateurs qui chutent sont des décors masquant la ...
 
 
egypt

L’Égypte, puissance pauvre

Georges Sokoloff, célèbre soviétologue, avait intitulé une histoire de la Russie La Puissance pauvre. Titre paradoxal mais hautement expressif des contradictions russes. Entre « visées impériales » et « contraint...
 

 
prince-Moulay-Hassan

1912, Maroc-Titanic

Le Titanic appareille le 10 avril 1912, heurte un iceberg le 14, et sombre le lendemain 15. Un siècle plus tard, les commémorations se multiplient. Une dizaine de jours avant le voyage inaugural du luxueux paquebot, le 30 mar...
 
 
Societe-femmes

Ma cousine, mon épouse

Le couple exogamie/endogamie est la boussole nécessaire à qui veut naviguer dans les sociétés humaines. L’exogamie définit les collectivités où le mariage préférentiel se fait avec l’étranger à la famille ou au g...
 

 
MAROC : Benkirane répare la gaffe de Ramid

MAROC : Benkirane répare la gaffe de Ramid

Le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane a reçu, mercredi, une délégation de la Fédération nationale du tourisme (FNT). Une réunion tenue pour débattre des conditions du secteur du tourisme, qui représente, selon le...
 



0 Comments


Be the first to comment!


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>