Boulif critique le rapport Doing business
L’indice de facilité de faire des affaires fait des mécontents. De l’avis de Mohamed Najib Boulif, ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé des Affaires générales et de la gouvernance, il ne faut pas se contenter de mesurer la réglementation des affaires mais de voir et de suivre de plus près son application et son impact effectif sur les économies des pays classés.

Fournir une base de données économiques tout en mettant tous les pays, indépendamment de leurs degrés de développement économique, dans le même panier risque de faire rater la finalité même de l’indice de facilité de faire des affaires, selon Boulif.
L’exercice de la mesure quantitative d’une variable aussi complexe que le climat général des affaires auquel se livre chaque année la Banque mondiale ne fait pas l’unanimité. « Il y a une énorme différence entre le classement du rapport Doing Business et la réalité des choses. Il ne faut pas se contenter de mesurer la réglementation des affaires mais de voir et de suivre de plus près son application et son impact effectif sur les économies des pays classés », affirme Mohamed Najib Boulif, ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé des Affaires générales et de la gouvernance lors du Forum régional « Doing Business and beyond: Improving Competitiveness in the Arab World», tenu mardi à Casablanca. Et d’ajouter que fournir une base de données économiques tout en mettant tous les pays, indépendamment de leurs degrés de développement économique, dans le même panier risque de faire rater la finalité même de l’indice de facilité de faire des affaires. Boulif n’ y va pas par quatre chemins pour démonter quelques défaillances de la méthodologie poursuivie. Il cite à titre d’exemple l’indicateur d’accès au foncier. Pour lui, les pays développés ont dépassé cette barrière depuis les années 1980.
D’autres facteurs à ne pas négliger
Autre point de discorde, à savoir l’éducation et la formation. D’ailleurs Augusto Lopez-Carlos, directeur du département analyse et indicateurs globaux à la Banque mondiale, reconnaît que le rapport Doing Business ne dit rien sur l’enseignement d’une façon générale. Même son de cloche auprès de Abdelouahed Souhail, ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle. Ce dernier affirme que la dimension sociale reste encore le talon d’Achille de cette source documentaire. Toute la question est là. Comment pourrait-on analyser l’environnement réglementaire des affaires d’un pays sans prendre en considération un facteur aussi complexe et multidimensionnel que l’enseignement? Il n’est plus secret pour personne que le Maroc accuse un manque flagrant en matière de compétences, levier stratégique pour toute stratégie économique s’inscrivant dans la durée. L’inadéquation formation-emploi en dit long, d’ailleurs, sur le retard pris en ligne avec les stratégies sectorielles. Le cap de 10 000 ingénieurs prévus initialement pour 2010 n’est pas encore atteint. L’autre paire de manches est la formation professionnelle. Sur ce chapitre, le volet des contrats spéciaux de formation (CSF) ne cesse de faire encore des vagues. En réponse à une intervention ferme d’un membre de la CGEM, sur les ressorts du rejet par le gouvernement du projet de réforme dudit dispositif, Souhail avance que ce dernier n’a pas été validé car il s’inscrit en opposition avec la loi. Gardant un ton optimiste, le ministre promet de travailler avec les différentes parties pour mettre en place une nouvelle mouture des CSF d’ici fin 2012. Le cas des CSF renseigne sur tout le système éducatif de notre pays dont « les réalisations sont en déphasage avec les dépenses budgétaires allouées », comme l’a bien soulevé Noureddine Mouaddib, président de l’Université internationale de Rabat. À noter que ce poste budgétivore s’accapare à lui seul plus de 52 milliards de dirhams. Mais il faut savoir que 85 % de cette somme est affectée à la masse salariale. Ce qui laisse une marge très rétrécie pour l’investissement dans ce secteur névralgique. Paradoxalement, le secteur enregistre un déficit criard au niveau des ressources humaines. De là, on pourrait bien comprendre la dégradation aussi bien qualitative que quantitative. Le salut émane, selon Boulif, d’une volonté politique ferme qui promeut l’éducation et l’enseignement. Le privé qui ne représente actuellement que 10 % ne peut à lui seul tirer la charrette. Bien que dans un pays comme l’Indonésie, l’enseignement privé représente 57 %. L’exemple d’un secteur comme l’éducation et l’enseignement peut être d’un apport consécutif pour « comprendre et améliorer l’environnement réglementaire des affaires ». Peut- être c’est l’arbre qui cache la forêt. ◆

