Bouteflika s’inspirerait-il de Mohammed VI ?
Le président Abdelaziz Bouteflika a enfin levé le voile sur la date des législatives. Jeudi, dans un discours télévisé, le Chef de l’État a fixé au 10 mai la date de ce scrutin qui se veut décisif. Un discours qui rappelle celui prononcé par Mohammed VI, lors de l’ouverture de la session parlementaire.

Jeudi soir, en direct à la télévision nationale, le président a appelé à « une participation massive » aux élections législatives du 10 mai prochain.
Pour la première fois en Algérie, la date des élections législatives est annoncée par le président. C’est dire l’importance que souhaite donner Bouteflika à ces élections. « Nous entamons la nouvelle étape des réformes politiques par la tenue des élections législatives le 10 mai 2012, conformément au nouveau code électoral entré en vigueur », a-t-il lancé. Prononcé jeudi soir, en direct à la télévision nationale, le président a appelé à « une participation massive », insistant sur le vote des jeunes pour, a-t-il dit, « assurer la crédibilité » du scrutin. Comme au Maroc, la supervision du scrutin sera gérée par le ministère de l’Intérieur. « Les institutions administratives ont la responsabilité d’assurer la neutralité de leurs agents », a-t-il également souligné. Le président a de même tenté de rassurer les sceptiques, démocrates et islamistes, en leur promettant une élections « régulière et transparente ».
Une inspiration voulue ?
Concernant les partis politiques qui, selon le président, « seront incontournables lorsqu’il s’agit de la crédibilité, de l’efficacité et du respect total des règles régissant les prochaines élections législatives », 17 nouvelles formations ont été autorisées à tenir leurs congrès constitutifs. Dans son ensemble, le discours ressemble, à bien des égards, à celui prononcé par Mohammed VI, lors de l’ouverture de la session automnale du Parlement. Quand le roi déclarait que les programmes proposés par les partis devaient être « rigoureux, efficients et réalistes », Bouteflika souhaite que les partis « mettent au point des programmes viables et sérieux ». Et quand le roi insistait sur la participation des jeunes et des femmes dans le processus de consolidation de la démocratie, Bouteflika réplique en souhaitant « ouvrir largement la voie aux femmes et aux jeunes qualifiés de manière à enrichir la composante humaine de nos institutions constitutionnelles de femmes et de jeunes compétents ». De plus, une loi nouvellement adoptée accorde aux femmes entre 20 % et 40 % des places sur les listes électorales. « J’attends des partis politiques, des syndicats et des organisations de la société civile qu’ils œuvrent ensemble à mobiliser les électeurs et les électrices, les jeunes en particulier, afin qu’ils s’acquittent de ce qu’implique la citoyenneté, loyale et sincère, de disponibilité à accomplir le devoir civique et politique, à choisir les programmes et juger les hommes et les femmes en fonction de leur probité et compétence », a-t-il par ailleurs lancé solennellement, les yeux rivés sur son texte.
Crise de confiance
Ce discours, censé confirmer la série de promesses de réformes entamée avec le discours du 15 avril et destiné à contenir les vents du Printemps arabe, intervient dans un contexte toujours difficile. Le manque de confiance envers le pouvoir est toujours vivace, alors que certaines tendances de la société algérienne ne seront pas toutes représentées lors de ce scrutin. Exit le FIS, principal parti d’opposition interdit depuis 1992, et qui avait pourtant emporté, haut la main, les législatives de décembre 1991, un scrutin qui, à l’époque, s’est déroulé en deux tours. Retenant la leçon, le pouvoir en place a décidé que les législatives de mai se tiendront en un tour. Une manière de limiter une éventuelle poussée des partis islamistes « légaux ». Par ailleurs, des manifestation sporadiques continuent dans toutes les régions du pays. Contrairement au Maroc, qui a vu naître un mouvement homogène caractérisé par le Mouvement 20 février. En Algérie, les choses se passent autrement : des corps de métiers protestent, chacun à son tour, et avec ses propres revendications. Mais généralement, les augmentations salariales, de meilleures conditions de travail, des logements décents et de meilleurs statuts, sont les principales revendications des contestataires que l’État tente de taire en utilisant à foison la planche à billet.
Un héritage oublié
C’est un test capital qui attend le régime algérien, vu le contexte régional. Comment peut-on croire en la crédibilité des réformes algériennes alors que l’oligarchie militaire est toujours omnipotente ? Et comment peut-on croire aux « bonnes intentions » de la diplomatie algérienne alors qu’il a suffi que le président tunisien appelle à la concrétisation de l’Union maghrébine, pour qu’une levée de bouclier lui soit assénée par les suppôts du « véritable » régime algérien ? Bien étrange situation dans laquelle se trouve ce pays qui, pourtant, a été pionnier en matière de démocratie, avec son fameux printemps algérien qui, à l’époque, avait fait rêver tout le Maghreb.◆

