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BundespresseKonferenz : un modèle de la liberté de la presse

La conférence de presse fédérale, organisée trois fois par semaine à Berlin, est l’un des exercices les plus redoutés par les représentants du gouvernement fédéral. Un endroit où, une heure durant, ce sont les journalistes qui fixent les règles à suivre.

BundespresseKonferenz

L’Allemagne est le seul pays dont l’organisation suprême des journalistes, la Bundespressekonferenz, invite le porte-parole du gouvernement pour une conférence de presse.

En ces temps où la liberté, sous toutes ses formes, fait de plus en plus parler d’elle, l’Allemagne tire son épingle du jeu avec sa BundespresseKonferenz (BPK), conférence de presse fédérale. Un temple où la liberté de la presse est déesse.  A quelques minutes de la conférence, les journalistes affluent dans la salle qui accueille la rencontre, avant de prendre place. Face à eux, plusieurs responsables ministériels s’installent sur des sièges nominatifs. Les caméras s’allument. Tout est fin prêt !

Horaires fixes

Il est 13h30 à Berlin lorsque les portes sont verrouillées. Elles ne se rouvriront qu’une heure plus tard. La conférence démarre sans une minute de retard. Ici, l’horloge ne fait aucune exception. « La rigueur que nous imposons ici s’explique par le fait que la conférence est enregistrée et diffusée simultanément. Elle doit être diffusée à une heure précise pour que les membres de notre collectif qui ne sont pas présents dans la salle puissent la suivre à distance ». Des détails fournis par un grand blond cravaté, visiblement fier de nous présenter cette expérience allemande, unique dans son genre. Notre interlocuteur n’est autre que Nick Leifert, journaliste à la deuxième chaîne de télévision allemande ZDF. Il est également membre du Comité d’administration de la conférence de presse fédérale.  Face à un public composé de journalistes politiques, tous membres de la BPK, sont assis des portes paroles des différents ministères, ainsi que celui du gouvernement. « Il arrive que les ministres eux-mêmes assistent à la conférence pour répondre directement aux différentes questions des journalistes. Même la chancelière Angela Merkel vient de temps à autres », nous confie notre interlocuteur. Un exercice qui se réitère trois fois par semaine, les lundi, mercredi et vendredi.

Langue de bois proscrite

Ici, ce sont les membres de la BPK, 900 au total, qui fixent les règles du jeu. « Il n’y a pas vraiment d’ordre du jour. Les journalistes viennent poser leurs questions, qui se rapportent le plus souvent à l’actualité, et les portes paroles sont invités à y répondre ». Quand on lui demande si la langue de bois, souvent pratiquées par les politiciens, a sa place ici, il sourit. « Si une personnalité politique essaie d’esquiver une question posée par un journaliste, je peux vous assurer que la question sera posée à nouveau, d’une autre manière, par un autre journaliste présent ». Une solidarité implicite s’installe donc dans cette salle, où seuls les pupitres sont en bois. « Les représentants du gouvernement redoutent d’ailleurs cette conférence. Ce n’est pas leur exercice préféré. Ici, on les cuisine ! D’habitude, lorsqu’un journaliste demande à rencontrer un homme politique, cela peut prendre un moment avant qu’il ne décroche un rendez-vous. Ici, il peut poser directement sa question ». Les représentants du gouvernement sont en effet obligés d’assister à la conférence, ou d’envoyer un porte parole à leur place. Et contrairement à d’autres conférences où ils sont les hôtes, et où ils peuvent écourter leur intervention comme bon leur semble, ils ne peuvent pas quitter la salle avant la fin de la conférence.

Autofinancement

Comment ces journalistes politiques ont-ils réussi à préserver cette indépendance vis-à-vis de l’État ? Une partie de la réponse réside dans le choix du financement de la BPK. « L’État ne finance rien. Ce sont les journalistes, membres du BPK, qui versent annuellement une cotisation qui s’élève à 360 euros », nous détaille Nick Leifert. Par le pouvoir qu’elle procure aux journalistes, la BundespresseKonferenz (BPK) n’a pas encore été reprise dans d’autres pays. Une reddition tri-hebdomadaire des comptes qui n’enchante guère tous les gouvernements… ◆

Établir un climat de confiance avec la population

Comment obtenir, de la part du gouvernement fédéral, des informations fiables, et ce le plus rapidement possible ? C’est partant de cette volonté qu’a été créée la conférence de presse fédérale en 1949, soit quatre années après la fin de la seconde guerre mondiale. Une idée de Konrad Adenauer, premier chancelier fédéral de l’ex-RFA. A l’époque, les hommes politiques voulaient instaurer un climat de confiance avec la population, et l’ont fait à travers les journaux. Division du pays oblige, la conférence a, depuis la chute du mur de Berlin en 1989, un pied à Berlin et un pied à Bonn, ancienne capitale de la République fédérale d’Allemagne. Parmi les membres de la BPK, 100 journalistes sont inscrits à Bonn, et 800 à Berlin. Sur les 900 au total, figurent aujourd’hui 260 femmes journalistes.

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