La récente paralysie qui a frappé Casablanca soulève un pan sur l’ingénierie de contrôle disposée par la ville : quasi-nulle sur le terrain. Des effectifs réduits, des communes qui emploient en intérim les effectifs dédiés aux différents services dévolus à la ville : technique, organisationnel et social. Hatim Khalid I l est vrai que les fortes pluies [...]
La récente paralysie qui a frappé Casablanca soulève un pan sur l’ingénierie de contrôle disposée par la ville : quasi-nulle sur le terrain.
Des effectifs réduits, des communes qui emploient en intérim les effectifs dédiés aux différents services dévolus à la ville : technique, organisationnel et social.
Hatim Khalid
I
l est vrai que les fortes pluies des semaines dernières ont révélé au monde la vulnérabilité des grandes agglomérations en pareilles circonstances. A Casablanca, les habitants ont constaté qu’ils ne peuvent placer leur ville au même degré de vulnérabilité auquel sont exposées les métropoles européennes. Et pour cause, pendant des jours, les gens n’arrivaient pas à trouver un seul interlocuteur. L’ensemble des effectifs disponibles étaient sur des charbons ardents, occupés qu’ils étaient à porter secours dans un ordre chaotique, qualitativement et quantitativement. Un petit flashback sur l’ampleur des dégâts au moment T : entre autres, la production dans la zone industrielle de Aïn Sebaâ, une machine qui génère 20 milliards de DH par an, était à l’arrêt ; entre dix et vingt arrondissements privés d’électricité y compris certains hôpitaux et cliniques ! sans oublier les dizaines d’avenues et de rues, qui, pour certaines d’entre elles ont subi de vrais éboulements.
Dans les quartiers structurés et relativement nouveaux, les caves inondées se comptaient par centaines au moment des pluies diluviennes. La demande a été telle sur les pompes à eau qu’il s’en est loué à 5.000 DH la prestation. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce sont essentiellement des immeubles dont la construction est récente qui ont été les plus touchés. Un architecte casablancais évoque le fait qu’au moment de convertir ces quartiers de villas en zones d’immeubles résidentiels, les systèmes de voirie n’ont pas suivi. «Entre des conduits et regards pour villas et les systèmes d’évacuation qui peuvent contenir le volume d’un immeuble résidentiel, y a pas photo», affirme -t-il. Cette hypothèse pourrait en tout cas expliquer pourquoi des centaines de véhicules ont surnagé dans des caves d’immeubles construits il y moins de deux ans. Plusieurs victimes se sont liguées en collectifs pour poursuivre judiciairement les responsables, le tribunal tranchera. Aucun chiffre n’a pu être synthétisé sur ce plan par les autorités de la ville. Motif invoqué : l’heure n’est pas à la comptabilité. Pourtant, il faudra bien dresser un bilan à tout cela, pointer les défaillances, corriger et réessayer.
La gestion déléguée : qui négocie quoi
Prenons par exemple les contrats de gestion déléguée. Il est établi que l’arsenal légal est déjà installé au Maroc, et que l’arsenal réglementaire s’étoffe proportionnellement avec l’expérience qu’acquièrent nos élus au fil des années en matière de gestion déléguée. Toutefois, sur certains mécanismes PPP (partenariat public-privé), la commune manque de compétences. Le savoir-faire en matière de stratégie, d’étude d’opportunité et de négociation des compétences communales ne se hisse pas au niveau des négociateurs qui peuvent être mandatés par un candidat délégataire. «Entre une commune marocaine dans l’état actuel des choses et une multinationale qui traîne derrière elle une armée de juristes et d’avocats internationaux, l’issue des négociations est prévisible», pense un économiste marocain proche du dossier. Post-adjudication du contrat de gestion déléguée, plusieurs problèmes peuvent survenir. Le cas concernant le contrat liant la ville de Casablanca à la Lydec est réellement un cas d’école. Comment s’effectue le contrôle communal à ce niveau ? «La commune procède à différents contrôles en cours de réalisation de travaux, mais elle ne signifie l’engagement de sa responsabilité que suite à son visa de réception des ces travaux», affirme Allal Sekrouhi, directeur général des collectivités locales. Sur le bien-fondé de la démarche, celui-ci admet que beaucoup de contrôles se font d’une manière systématique, sans scruter les détails. La raison ? Bien que faisant partie des organigrammes communaux, «le service technique qui effectue ce type de contrôle n’est pas systématisé partout», poursuit Allal Sekrouhi. Les effectifs dédiés au niveau de la commune, que ce soit pour le post-contrôle ou pour le service technique, n’arrivent pas à suivre le rythme des équipes de la Lydec, qui sont bien plus nombreuses. Du coup, les contrôles ne sont pas fiables. Nous l’avons vécu au plus fort des récentes pluies qui ont inondé la ville. Les effectifs consacrés aux services techniques communaux et ceux côté Lydec étaient un peu partout sans être quelque part. Un manque d’effectifs et de compétences a été plus qu’observé.
Pour Casablanca, l’enjeu dépasse la dimension locale car la ville draine et gère plus de 50% de l’économie nationale. De fait, tous les points vitaux de la ville ont été congestionnés.




