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Dossier

26 novembre 2010

Casablanca : Souk Chamal, la grande bra derie des produits périmés

Ecrit par

h. hachimi T out le monde est, au moins une fois, allé faire ses courses dans une de ces nombreuses grandes épiceries de Derb Omar où on trouve des produits d’importation, principalement d’Espagne, moins chers que dans toute autre épicerie traditionnelle. Les consommateurs marocains regardent-ils les dates de péremption sur les emballages ? Les services publics informent-ils [...]

h. hachimi

T

out le monde est, au moins une fois, allé faire ses courses dans une de ces nombreuses grandes épiceries de Derb Omar où on trouve des produits d’importation, principalement d’Espagne, moins chers que dans toute autre épicerie traditionnelle. Les consommateurs marocains regardent-ils les dates de péremption sur les emballages ? Les services publics informent-ils la population sur la dangerosité de consommer des denrées alimentaires périmées ? Dans une économie où domine l’informel, beaucoup de revendeurs ne s’embarrassent pas des dates limites de consommation de leurs marchandises. Comptant certainement sur le fait que leur clientèle ne fait pas attention, voire ne sait pas lire, les épiciers et autres propriétaires de magasins alimentaires font ainsi fortune dans de nombreuses villes du Royaume.

On n’est ni à Oujda ni à Fnidek mais à Casablanca, sur le boulevard Mohammed VI, au fameux Souk Chamal. Un marché abondant dans lequel on trouve un peu de tout, en gros et au détail. Un lieu où la population se presse dans les sinuosités entre les étalages de pyjamas, couvertures, sandales en plastique et faux cuir, biscuits, boîtes de conserves, confitures, etc.

De l’alimentaire d’exportation

«Des maisons qui ne valaient rien il y a sept ans, se sont vendues à deux millions de dirhams il y a moins d’un an pour être transformées en magasins à étages», informe Abderrazzak Mounib, un natif du quartier devenu commerçant. «Le rez-de-chaussée est adapté en boutique et les pièces des étages servent au stockage des marchandises», ajoute-t-il. En circulant dans les méandres du souk, étalé en quatre parties sur une vingtaine de ruelles, on trouve de tout. Dans la zone des produits comestibles, ce sont des fromages en tout genre, du chocolat, de la moutarde, des bonbons, des produits d’importation d’Espagne qui portent des marques étrangères, et des dates de consommation périmées…

Dates de péremption dépassées

«Monsieur, la date sur cette boîte de sauce tomate est dépassée», fait remarquer une cliente au vendeur d’une des épiceries du souk. Elle lui tend une boîte de conserve sur laquelle la date limite de consommation est presque illisible. Le marchand lui répond, sans même se retourner : «Non, non, regardez bien, la bonne date est là, sur l’étiquette». Collée sur la boîte, et manifestement rajoutée après sa sortie d’usine, une étiquette avec une date écrite à la main. «Je crois que je fais partie des rares personnes à se soucier des dates de péremption», précise la cliente, «vous ne pouvez pas imaginer tous les produits périmés qu’ils vendent ici, c’est grave !». Un rapide coup d’œil dans les autres bazars confirme les dires de cette cliente. Que ce soit des produits laitiers, des boîtes de conserve ou des paquets de gâteaux, les dates sont pratiquement toutes à quelques jours de la péremption, voire au-delà depuis longtemps.

Une vendeuse de pyjamas mitoyenne à l’épicerie n’hésite pas à prendre la parole : «Qu’est-ce qu’ils vont nous faire ces produits ? Rien ! On est bien vaccinés ! En plus, personne ne fait attention, personne ne regarde la date, ils sont très bien ces produits ! Moi aussi, je les achète. Les vendeurs corrigent la date de péremption, on le sait tous, ça ne change rien, à part le prix. C’est bien !», s’exclame-t-elle. Il en faut apparemment pour tous les goûts et toutes les bourses.

Moindre coût

Charaf, un habitué du Souk Chamal, ouvre la voie jusqu’à une ruelle parallèle au boulevard Mohammed VI, où tous ces produits sont stockés. Dans ces anciennes maisons de Derb Soltane, dont les vieux habitants louaient les chambres trois cent dirhams par mois, plus de linge séchant aux fenêtres, plus d’odeurs de cuisine mais de grands rideaux de fer protégeant les ex-salons transformés en hangars à stocker des marchandises consommables. Charaf explique que les articles changent en fonction de la saison, «par exemple, pendant l’Aïd El Kébir, c’est tout se qui a trait à la cuisine qui sort, les sauces, moutardes, ketchup, etc. Mais le plus intéressant, ce sont les prix, tout coûte deux à trois  dirhams moins cher que dans une épicerie traditionnelle», affirme-t-il. En effet, beaucoup d’acheteurs se pressent dans les magasins du souk et personne ne se soucie de la date de péremption, ce sont les prix qui les intéressent. Les enfants du quartier, sortant de l’école, se précipitent sur des paquets de biscuits sur lesquels il n’y a pas de date du tout (!) Et ça ne gêne manifestement personne.

Traçabilité impossible

Sous couvert d’anonymat, un membre du Service d’hygiène du quartier rapporte que les services concernés de la préfecture organisent souvent des descentes pour récupérer les produits périmés. «Mais en moins d’une semaine, on les retrouve sur le marché», se désole-t-il. «Ces marchandises entrent sur le territoire soit par le Nord, soit par Oujda et sont souvent vendues par des marchands ambulants, ce qui rend très difficile leur traçabilité».

Témoignage

Zineb, victime d’une intoxication alimentaire

Zineb a douze ans. Sa mère, professeure et habitante de Chariî El Fida près de Souk Chamal, n’oubliera pas de sitôt le jour où elle est rentrée à la maison avec une boîte de cacher. «Je n’ai pas fait attention. J’ai acheté une boîte de cacher en conserve pour faire des sandwiches pour mes enfants quand ils rentrent de l’école», se souvient-elle. «Quand Zineb est rentrée affamée, elle s’est jetée sur les deux petits sandwiches que je lui avais préparés et en plein milieu de la nuit, ma fille a commencé à avoir mal au ventre et à se plaindre. Nous l’avons amenée aux urgences du CHU tant elle soufrait. Le médecin a affirmé sur le champ qu’elle avait une forte intoxication alimentaire et notre fille a été hospitalisée pendant quinze jours. Ça a été très éprouvant pour elle et pour nous. C’était la première fois que ça nous arrivait», renchérit la jeune femme. «En rentrant à la maison le soir de l’hospitalisation de ma fille, j’ai vérifié la date limite de consommation de la boîte de cacher. Elle était notée sur un sticker et ce n’est qu’en décollant cette étiquette que la vraie date est apparue, la viande était périmée depuis trois semaines !  C’est le médecin qui nous a mis la puce à l’oreille. Depuis ce jour, je ne suis jamais retournée acheter quoi que ce soit à Souk Chamal et je regarde systématiquement les dates de conservation».

Chaussures allergènes :
un danger à vos pieds

h. h.

P

armi les produits de consommation quotidienne d’apparence anodine mais pourtant dangereux vendus à travers le pays, ne figurent pas seulement des denrées alimentaires. Depuis quelque temps, les urgences du CHU de Casablanca ne désemplissent pas d’enfants aux pieds rongés par de graves démangeaisons et autres réactions allergiques, dues aux chaussures fabriquées en Chine. Le produit incriminé provient des sachets anti-moisissure ajoutés dans les chaussures, contenant du diméthylfumarate.

Des dizaines d’enfants sont reçus par les services pédiatriques du CHU de Casablanca. Cause : des allergies graves provoquées après avoir porté des chaussures fabriquées en Chine. Comme le confirme le docteur Imane Hariti, pédiatre à Casablanca : «J’ai reçu pas mal de cas d’enfants et de nourrissons âgés de deux à quatre mois, tombés malade à cause des vêtements et chaussures chinois emballés, pour le transport, avec des sachets anti-humidité qui se révèlent être très toxiques.

Il faut vraiment que les parents s’informent sur le diméthylfumarate», conseille la pédiatre avant d’ajouter qu’il y a également eu «de nombreux cas en France. Les pouvoirs publics ont alors retiré du marché toutes les paires de chaussures allergènes et en ont interdit l’importation sur le territoire. Il faudrait faire la même chose ici». Les cas les plus graves touchent évidemment les enfants en bas âge qui mettent leurs pieds à la bouche. Rougeurs, peau qui gratte et qui pèle, sensations de brûlure, les symptômes sont, en plus, très difficile à éradiquer et «nécessitent un traitement long et souvent douloureux», affirme la pédiatre. Dans la capitale économique, on trouve des paires de chaussures à vingt dirhams au quartier de Derb Omar. Des rayons des chausseurs se dégage une forte odeur de produit chimique qui pique le nez, c’est l’odeur des produits fongicides insérés dans les boîtes de chaussures. «Je n’ai jamais entendu parler des allergies potentielles données par ces produits», s’étonne une mère de famille flânant dans une boutique de chaussures du quartier Prince. Seules quelques associations ont laissé glissé le mot. Le contrat de libre-échange entre le Maroc et la Chine, signé il y a moins de cinq ans, ne stipule pas l’existence d’un service de contrôle des produits. Mohamed Taki, membre de l’association des consommateurs à Casablanca, affirme que ce service existe mais «est-ce qu’on contrôle vraiment bien la qualité de ces produits ? Présentent-ils un danger réel pour les consommateurs ?», questionne-t-il. «Des consommateurs qui n’ont souvent pas le réflexe ou simplement la capacité de lire les composants d’un produit», ajoute-t-il justement. «Pour la plupart des gens, les produits dangereux sont ceux qu’on mange, ça ne peut pas venir des chaussures ! ».

Témoignage

Attention
aux
chinoises !

Asmaa Khoumri est la mère de deux petites filles qui ont été victimes d’une grave allergie après avoir porté des chaussures importées de la République populaire de Chine. Cadre supérieur dans une grosse boîte casablancaise, Asmaa raconte : «J’ai un poste à responsabilité, je m’informe énormément, que ce soit par la presse, la télévision ou encore Internet, mais ça ne m’a pas empêchée d’être victime de deux produits achetés en grande surface à Casablanca. A cinquante dirhams la paire de sandales d’été, je trouvais ça bien. Alors j’en ai acheté une paire pour chacune de mes filles. Nous sommes allées à la plage et en rentrant le soir à la maison, ma fille de deux ans ne cessait de se gratter les pieds. Elle avait les orteils tout troués, comme si une petite souris les avait grignotés ! Verdict du médecin : fort eczéma. J’ai payé une fortune à la clinique et honnêtement, j’ai eu honte d’avouer à son pédiatre que c’était à cause des sandales que j’avais achetées. Ma petite fille a mis des mois avant de pouvoir remettre des chaussures. Son pédiatre la voyait deux fois par semaine pour gratter les peaux mortes et la badigeonner de crème, plus des antibiotiques. Elle a risqué de perdre son pied, c’est grave quand même ! Depuis cette histoire, je leur mets systématiquement des chaussettes et des chaussures certifiées de bonne marque, et je demande à la vendeuse où elles sont fabriquées ! ».

Ce que vous devez savoir avant d’acheter

La date de limite de consommation d’un produit garantit au consommateur jusqu’à quand il peut le consommer en toute sécurité. Mais pour certaines denrées, la date de péremption peut être dépassée sans «alarmisme».

Produits laitiers : du lait stérilisé conservé au frais peut être consommé sans danger jusqu’à deux semaines après sa date de péremption. Idem pour les yaourts et les fromages. En revanche, attention au lait frais qui doit être strictement consommé avant sa date de péremption et aux crèmes dessert qui ne survivent pas plus de deux jours après leur date limite.

Œufs : consommables jusqu’à un mois après leur date de péremption, il ne faut surtout pas les manger si, en les cassant, le blanc n’est pas transparent et le jaune pas ferme.

Conserves : les boîtes de conserves sont les aliments qui se gardent le plus longtemps. Elles sont souvent encore propres à la consommation plusieurs années après leur date limite de consommation, à condition qu’elles ne soient pas déformées, rouillées ou que leur couvercle soit bombé. Dans ce dernier cas, même si la conserve n’a pas dépassé sa date limite, il ne faut pas la jeter car c’est comme cela qu’on attrape le botulisme, une maladie paralytique grave.

Produits à risque

Charcuterie : ne jamais dépasser la date de péremption et consommer impérativement dans les deux jours après ouverture.

Poissons et fruits de mer : le signe de péremption est la forte odeur dégagée par ces denrées.




 
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