Choc des mots, poids des images
L’exposition « Article(s) » consacrée à l’artiste marocain, Mustapha Akrim, à la Galerie FJ de Casablanca jusqu’au 26 août, est une savante interrogation sur le chômage et le pouvoir des mots.
L’exposition « Article(s) », fait dialoguer chômage et art contemporain. Sa scénographie, calligraphie imposante sur décorum blanc et ses questionnements : la place du chômeur dans notre société, interpellent, d’emblée. Fruit d’une réflexion qui a mûrie au cours de ses deux dernières résidences artistiques à Séoul et Vienne , ces travaux engagés portent à la réflexion sur la notion de « chantier» et le statut du travailleur. Stigmate indéniable de ce cheminement ? Les mots. Et leur impact : les mots amis, les mots ennemis… Mustapha Akrim, en digne démiurge qui est une volonté animée d’un esprit mordant, repousse toujours plus loin les limites de son art pour nous questionner tant sur l’usage d’un article de la Constitution, que sur le droit du travail que la valeur d’un outil d’ouvrier. Une exposition qui invite le visiteur à s’interroger sur le pouvoir des mots. Et une première confrontation que l’artiste, pétri de clairvoyance, a vécu dans sa chair : « A l’issue de l’obtention de mon diplôme en 2008, issu de l’École des Beaux-arts de Tétouan, où j’ai énormément appris, mais la seule solution immédiate était de travailler avec mon père, comme maçon », confie Mustapha Akrim. Un environnement de dur labeur, qu’il connaît depuis sa prime enfance, car « enfant, je jouais déjà, avec le matériel et les outils qui se trouvaient dans le garage de mon père. Très tôt, j’ai travaillé différents matériaux comme le béton, le fer, j’adorais en faire des constructions, mes premiers travaux. Aujourd’hui, ce garage, est d’ailleurs devenu mon atelier », poursuit cet artiste, originaire de Salé.
Désordre et expérimentation
Cette expérience, le conforte alors sur la thématique du travail : « J’ai en effet, développé cette idée lors d’une résidence qui se tenait à la Cité internationale des arts à Paris, en 2010 ».
Rompu à apprentissage de la création contemporaine, à l’Appartement 22 à Rabat, unique espace d’expression qui lui est dévolu, Mustapha Akrim, s’est attaché à réécrire et interpréter un aspect de la nouvelle Constitution. « J’ai choisi d’imprimer trois fois la même page, puisqu’il s’avère impossible de lire un article de cette façon. Je souhaitais évoquer le décalage entre les faits et ce texte, bien éloigné de la réalité », souligne-t-il.Les jeunes diplômés souffrent du manque de perspectives, et c’est là qu’interviennent les travaux de Mustapha Akrim. « J’ai réécris l’article 25 sous la calligraphie arabe et je me suis inspiré de l’article 13, pour mes travaux ». Parce que l’art, doit inviter à la réflexion, et incarner en creux, une nécessité et non plus une contingence. Pensée comme un parcours initiatique, l’exposition « Article(s) », interpelle le visiteur au fil des mots et des œuvres en présence, abordant le droit du travail dans sa marche « figée », parachevée par la réalité sociale. Mustapha Akrim a usé de plusieurs matériaux de construction pour proposer ce regard jeune et artistique. Une métaphore, qui germe sans cesse à son esprit : « Je rêve toujours d’un art qui change le monde », lâche-t-il sans ambages, poursuivant, « le Maroc, fait partie de ce monde». Il s’agit d’une phrase que l’on doit à Abdallah Kermoun., fondateur de l’Appartement 22, dans la capitale. Une réflexion, qui conduit à l’après Printemps arabe, faisant recette dans la critique et qui fleurit l’espace des galeries d’art internationales. Difficile de ne pas penser, qu’il aura fallu un tel tournant dans la jeune histoire des pays de la région pour qu’un regain d’intérêt venu de la vieille Europe suive la mouvance de la création contemporaine en marche, pourtant enclenchée depuis près d’une décennie. On est manifestement dans l’attente de voir éclore un élan européen destiné à défricher l’efflorescence de notre art : jeune, urbain, underground. A l’image, d’une jeunesse qui mord la vie et qui a son mot à dire. ◆


