Consensus
Longtemps vanté et décliné à toutes les sauces, le modèle économique japonais a, depuis, cédé la vedette au modèle chinois, qui, sans faire l’unanimité, suscite l’intérêt des décideurs des pays les plus avancés économiquement. Pour autant, le modèle nippon n’a pas livré tous les atouts et mécanismes de la société japonaise. L’arrivée au pouvoir du [...]
Longtemps vanté et décliné à toutes les sauces, le modèle économique japonais a, depuis, cédé la vedette au modèle chinois, qui, sans faire l’unanimité, suscite l’intérêt des décideurs des pays les plus avancés économiquement. Pour autant, le modèle nippon n’a pas livré tous les atouts et mécanismes de la société japonaise. L’arrivée au pouvoir du parti socialiste, qui a mis un terme à la longue suprématie conservatrice, a été le fruit d’une attente fondamentale des électeurs, qui buttaient sur les limites du corporatisme, et mis en avant l’absence de solidarité entre groupes. Ce qui était acceptable en période de croissance est devenu criant pendant la crise qui secoue la seconde puissance économique mondiale. Si l’on ne devait retenir qu’une caractéristique qui pourrait expliquer ce modèle, tant sur le plan économique que politique, elle se résumerait en un seul terme : consensus. Le cycle de décision au pays du soleil levant obéit à une règle intransigible, qui impose aux décideurs d’obtenir la validation par l’ensemble de la chaîne ; c’est-à-dire des experts qui traitent d’un sujet particulier, au quotidien, et qui en connaissent les pièges et les subtilités, dans le moindre détail. D’un côté, cela alourdit le processus, mais permet tout de même de minimiser les écarts entre la volonté politique et sa pratique. Chez nous, la marche de la dignité du week-end dernier aurait certainement été différente si les différents maillons du pouvoir politique étaient impliqués, au jour le jour, plutôt que de se voir et d’être perçus comme des appendices marginaux. Que ce soit au sein du gouvernement ou au sein de l’opposition qui fait feu de tout bois pour tenter d’exister coûte que coûte, le Maroc regorge de ressources mal exploitées, de savoir mal canalisé, dont la diffusion dépend souvent de la volonté individuelle de quelques-uns. Intégrer la notion de dialogue, accepter la contradiction et cesser de réfléchir par corporatisme au profit de l’intérêt général, poser les problèmes tels qu’ils sont et refuser d’infantiliser les foules serait le juste écho aux attentes du peuple, qui en sortirait grandi, tout autant que la pratique de la démocratie.

