Croissance : le CMC émet des doutes
Dans sa dernière note mensuelle, le Centre marocain de conjoncture a revu à la baisse les prévisions de croissance projetées pour l’année en cours. Au mieux, le taux de croissance sera de 3,9.
Nouvel élan démocratique et nouveau cycle de croissance économique. C’est en substance le tableau de bord macroéconomique que vient de dresser le Centre marocain de conjoncture (CMC) dans sa dernière note mensuelle. «Le nouvel élan démocratique déteint sur l’activité avec 3,9 % de croissance prévu en 2011 », prédit l’observatoire de l’économie nationale. Résultat, le scénario de croissance ne colle guère avec les prévisions de croissance annoncées par les institutions officielles (Bank Al-Maghrib et le Haut commissariat au plan) qui tablent sur un rythme d’évolution variant entre 4,5 et 5,1% pour cette année.
Il reste «beaucoup à faire pour le rétablissement du climat de confiance sérieusement ébranlé».
Les conjoncturistes expliquent ce revirement de tendance par le fait que « les capacités d’initiative et d’anticipation ont été fortement affectées par la montée des risques inhérents à cette période de transition ». Ces risques se sont d’ores et déjà traduits par un relâchement des principales forces motrices de la machine économique. La demande aussi bien interne qu’étrangère adressée au Maroc a ralenti.
Sans parler de la chute des recettes touristiques, des transferts des Marocains de l’étranger et des investissements directs étrangers. Un coup dur pour les chantres de l’immunité qui se sont laissé emporter par les capacités extraordinaires de résilience de l’économie nationale. À l’explosion des cours des matières premières sur les marchés internationaux ou encore la hausse des coûts de travail, vient s’ajouter « l’érosion continue du pouvoir d’achat conjuguée au niveau de l’endettement des ménages ».
Des issues contraignantes
Cela étant, notons que la demande interne demeure la soupape de sécurité. Sur ce chapitre, l’état du budget en tant que facteur d’impulsion des dépenses et des investissements, laisse à désirer. Ce dernier se trouve plombé par le bond historique des dépenses de compensation qui franchiraient la barre des 45 milliards de dirhams au terme de l’année en cours, selon Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib (BAM).
Le poids de la masse salariale suite à la décision gouvernementale d’augmenter le SMIG de 15 % en deux étapes (10 % en juillet 2011 et 5 % en 2012) ainsi que le salaire des fonctionnaires n’arrangent rien. Le bouclage de la loi de Finances 2011 ne s’est pas fait sans douleurs. Si bien que l’on a jugé inutile de procéder à une loi de Finances rectificative. Pour combler les fissures enregistrées au niveau du budget, le gouvernement a choisi à la dernière minute, et après de longues tractations, de jouer la carte des privatisations. Ainsi, la cession de 20 % du capital social de la Banque centrale populaire (BCP) aux Banques populaires régionales a drainé des recettes de l’ordre de 5,3 milliards DH. Mais il semble que cette manne n’a pas suffi à colmater les brèches. La deuxième carte brandie tout récemment est celle de Maroc Telecom dans la perspective d’attirer des recettes de l’ordre de 7 à 9 milliards de dirhams. Et si la visibilité demeure encore brouillée, et c’est le cas, il est fort probable de recourir à la privatisation de la compagnie aérienne nationale RAM, bien que cette hypothèse a de faibles chances de se concrétiser. La seule issue qui reste donc est de s’orienter vers les bailleurs de fonds internationaux.
Encore une fois, cette probabilité ne tient pas. D’autant qu’il reste « beaucoup à faire pour le rétablissement du climat de confiance, sérieusement ébranlé ».
Dans la foulée de ces facteurs d’incertitudes, les chercheurs du CMC se demandent si, après l’adoption du nouveau texte constitutionnel et la mise en place des structures prévues par ce texte, on peut espérer une certaine accalmie des mouvements revendicatifs et, partant, renouer avec un fonctionnement normal des rouages de l’économie ainsi que le rétablissement de la confiance, seul gage de relance de l’activité et de l’investissement.◆


