|

Bibi Naceri, un film sans fin

Scénariste et comédien, Bibi Naceri, actuellement à l’affiche de Road Nine, sur les écrans marocains depuis le 6 juin, revient sur son histoire avec le cinéma. Se dessine un auteur entier et authentique.

banlieue-13

Bibi Naceri dans le feu de l’action, au plus fort de Banlieue 13.

Électron libre, autodidacte féru d’histoire de France, venu au cinéma en écrivant d’abord une pièce de théâtre, Bibi Naceri, signe une œuvre sur le premier bicentenaire de la révolution française. Alors auteur qui fait ses premières armes sur l’état critique de Louis XVI, son point fort est un sens de la story fort : celle passionnante du jugement par le roi de France des jacobins, du Duc d’Orléans et d’une galerie de personnages dont les noms résonnent encore aujourd’hui à nous.  « J’étais passionné d’histoire, mon professeur de théâtre m’a naturellement demandé d’écrire une pièce qui évoquerait ce pan de l’histoire, loin d’imaginer qu’elle aurait un succès retentissant, dès les premières représentations », s’en étonne Bibi Naceri. Suit, quelques années plus tard, un premier long-métrage Raï (1995), qui révolutionne le calme tranquille du septième art hexagonal, avec une plongée dans les eaux encore méconnues de la banlieue, troublée par une histoire d’amour. Le scénario, oscillant entre tragi-comique, signé par Cyril Collard, nous laisse la célèbre réplique  « on va l’appeler poisson », (on a tous eu, ensuite un ami qu’on a surnommé poisson), et révèle au grand écran, le charisme d’un autre genre du jeune Samy Naceri, petit frère de Bibi. Le film est un succès immédiat, qui place au haut de l’affiche Tabata Cash, la bande originale, interprétée par les Neg’Marron « c’est la monnaie qui dirigie le monde », devient rapidement le tube de l’année pour tous les jeunes de France et de Navarre. Raï, premier film où les caméras sortent de Paris pour filmer le bitume, débarquant avant La Haine et Ma cité va craquer, signe définitivement, un cinéma novateur, jeune et urbain. Un virage cinématographique où apparaît le petit frère, Samy, pour une mouvance liée à la banlieue qui n’a de cesse de se poursuivre pour Bibi Naceri, qui s’y engoufre. Mais pas seulement:  « C’est la lecture qui m’a ouvert des horizons, j’ai découvert des destins différents. L’envie d’écrire a suivi, je ne peux passer un jour sans écrire », souligne-t-il.

Force dramaturgique

bibi-naceriAutre pépite cinématographique, qui porte la veine du scénariste,  La Mentale (2002). Cette orfèvrerie sur « le milieu », qui réunit Samy Naceri, Samuel Lebihan, Clotilde Courau, est un pur ovni, mettant en scène les grands trafiquants, gros poissons, les plus petits, issus des cités et leur chute sombre et inévitable. Clotilde Courau est une troublante gitane, ancien amour de Driss, campé par Samuel Lebihan, qui sort de prison, et rattrapé par son passé.  Il s’agit de plus, du premier thriller français, qui évoque la scène d’un jeune bandit musulman, récitant sa prière en arabe avant de se faire assassiner… La force dramaturgique, la composition des comédiens, la loi des codes d’honneur font de  La Mentale, l’ancêtre de Un Prophète , de Jacques Audiard. « Ma fille, âgée de 16 ans, connaît les répliques de la Mentale, par cœur, elle me dit, papa, c’est toi qui a écrit ce film! (sic) », s’amuse Bibi Naceri.  « Les musulmans de France ont une double culture qui est une richesse, mais ils sont tiraillés entre leur pays natal et celui de leurs parents, ils ont le cul entre deux chaises. C’est ce que je souhaitais, montrer à travers ce film, que j’ai écrit à la demande de Samy », explique Bibi. Carton surprise pour Naceri, Banlieue 13, réalisé par Luc Besson, co-écrit par Bibi et Besson. « J’ai eu un appel de l’assistante de Luc Besson, j’ai d’emblée cru à une blague, puis il m’a appelé en personne.Comme mon frère Samy, sollicité par le cinéaste, pour le film Taxi, et qui avait aussi cru à une plaisanterie », confie-t-il. Chaque dimanche, il se rend au bureau de Besson, « nous écrivions sur un coin de table. Luc corrigeait les moutures, puis il a réécrit à partir de mon scénario, un second, finalisé. Ce fut un grand moment pour moi, en plus de découvrir mes dialogues, cités par des comédiens de talent, Luc Besson m’a également offert mon premier grand rôle au cinéma », se souvient Bibi. Le scénariste réalisera au Maroc, dans la région de l’Oriental, où il a déjà tourné un clip à Oujda, un film policier. L’intrigue se situera également entre Casablanca et Rabat et évoquera l’univers du crime rattrapé par les effets de la mondialisation. Parce que le polar lui colle à la peau. ◆

Bibi Naceri en bref

Filmographie
2002 : Féroce
2004 : Banlieue 13
2008 : Go Fast
2009 : La Baltringue

Bibliographie
2008 : Les Mat-Sperone
2010 : Récidives
2010 : Moi, Bibi, nègre d’Eric Besson : Réponse pour l’identité nationale

Laissez une réponse

En kiosque

Suppléments

Abonnez-vous!

Recevez nos dernières nouvelles directement dans votre boîte de réception. Vous recevrez un email d'activation!