Jazz en transe
Le Festival Jazz au Chellah s’est clôturé en apothéose. Dimanche soir, le rideau s’est fermé sur l’intimiste et l’éthéré, et aussi le folklorique avec une Luisa Sobral enjouée et lumineuse et un duo de jazzmen virtuoses accompagnés des vétérans Hamid Kasri et Karim Ziad.

Luisa Sobral, Hamid Kasri et Karim Ziad ont offert un beau spectacle au public venu nombreux à cette soirée de clôture du 17e Jazz au Chellah.
La 17e édition du Jazz au Chellah s’est placée sous le thème du jazz quelque peu pimenté, où jeunes musiciens semblaient en quête d’une musique égayée de touches d’originalité. La soirée de clôture n’a pas dérogé à cette règle et s’est fondue dans cette mouvance, au vu de la chanteuse portugaise qui a livré une performance à la fois émouvante, drôle et expressive, agrémentée d’une imitation inattendue de la très pop Britney Spears, et en deuxième partie un duo sobre et recueilli, un jeu de piano surprenant du pianiste français Jean-Marie Machado, et une performance explosive du grand Hamid Kasri. Le pianiste a fait montre, comme à son accoutumée d’un doigté frais, neuf et original, et d’une éloquence aussi bien au micro qu’au clavier, partageant avec le public son enfance à Tanger et ses origines diverses, de mère italo-espagnole et de père franco-portugais. Accompagné du saxophoniste anglais Andy Sheppard, mystique et virtuose à souhait, il a fait jaillir des sonorités pures et aériennes, devant un public conquis, et a interprété une palette de compositions, épiçant la rencontre d’une pointe de fado. Ce duo s’était produit séparément aux Oudayas, du temps où le festival s’appelait « Jazz aux Oudayas ». Jean-Marie Machado avait joué en solo, fusionnant avec le percussionniste marocain Fouad Hani, et Andy Sheppard a joué avec son trio, aux côtés de Majid Bekkas.
Hamid Kasri en clôture
Rejoints sur scène par l’Algérien Karim Ziad, batteur émérite très apprécié dans nos contrées, la rencontre s’est encore plus étoffée. Mais elle a vite pris une tournure folklorique et colorée avec l’arrivée sur scène de la troupe gnaoua du mâalem Hamid Kasri, se muant en un impact frais mais surprenant, d’autant plus que les deux groupes ne s’étaient rencontrés que la veille, et que la fusion des rythmiques gnaouas avec les timbres jazzy des cuivres et du clavier semblait en quête de plus de recherche et de réflexion. Il n’en reste pas moins que le public s’est délecté de cette spontanéité née de ces deux disciplines-phares, et s’est littéralement déchaîné à l’écoute de morceaux du patrimoine gnaoui tels que Chalaba, Moulay Brahim, Abdellah Ben Hussein, ainsi que Nekcha et Moulay Hmed, deux morceaux issus de l’album commun Yobady de Hamid Kasri et Karim Ziad. Signalons que ce dernier, qui a dégainé un jeu à la hauteur de sa renommée, prépare son premier album jazz, annoncé pour septembre. On sort toujours des soirées de clôture du Chellah la tête dans les étoiles, mais aussi les pieds en feu, tapant au rythme étourdissant des gnaoua. Au Chellah, la symbiose est tantôt douce et tantôt explosive, faite d’affinités et de différences. N’est-ce pas le propre de la musique ? inexplicable, insaisissable, et tellement déroutante. ◆
Le jazz pop de Luisa !
Elle est costaud la jeune Luisa ! Et par costaud on entend charmante, enjouée et bourrée de talents. On a tous passé un bon moment au concert de Luisa Sobral, 25 printemps. Se produisant en première partie de la soirée de clôture en compagnie de son quartette, elle a envoûté un public qui a vite succombé à sa séduction ingénue, ses mimiques craquantes et sa voix suave. Le public du Chellah était surtout sous le charme de son humour nature. Cette jeune Portugaise accompagnée de son quartette a interprété des morceaux de son seul album – sorti en 2010 – « The Cherry on my cake », en anglais et en portugais, ainsi que des singles qu’elle a composés au gré de ses humeurs. Luisa est diplômée du Berkley College of Music de Boston, et a concocté une performance aux allures pop, allant jusqu’à entonner « Dangerous » en se livrant à une parodie des clips de Britney Spears. Empreinte de jazz pop propre aux années 50, sa musique rappelle celle des Beatles, de Tom Waits, et parfois même d’Edith Piaf. Elle a joué de la harpe, du kazoo, de la boîte à musiques, et a même gratté la contrebasse de son confrère. Une digne représentante de l’allégresse portugaise.











