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Yasmine Laraqui « en marge »

Agée de 23 ans, Yasmine Laraqui manie l’appareil photo comme elle manie un rideau de scène. Derrière chaque cliché une mise en scène réfléchie, une ambiance en marge, et une volonté à la fois d’égarer et de diriger le regard. Entretien.

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Yasmine Laraqui expose à la galerie HD, exhibant subtilités féminines et codes sociaux ambigus. A droite, L’amante, 2012.

Yasmine Laraqui a fait ses premières armes à Photomed, premier festival de photographie marocaine où le Maroc était mis à l’honneur, et expose actuellement à la galerie HD une mini-rétrospective et un court-métrage sociétal. Désabusées et déroutantes, ses photos cherchent l’envers du décor et exacerbent le réel, exhibant subtilités féminines, marginalité et codes sociaux ambigus. Inspirée de Nan Golding ou de Francesca Woodman, sa pellicule oscille entre carnet de voyage spontané et poses délibérément décomplexées. Entretien avec une jeune fille au talent précoce et surprenant.

Comment avez-vous développé cet univers marginal, propre à votre travail?
Je pense que ce processus fait partie du vécu de chacun. Quand on crée, il y a quelque chose de salvateur, et sans doute certains vieux démons qui ressortent. Voilà pourquoi les marginaux m’intéressent, vu qu’ils évoluent, eux aussi, dans un monde à part. Ma vision personnelle du monde est complètement absurde, et j’ai toujours un sentiment de surréalisme qui m’accompagne. Comme dans un film de Bunûel, tout part du réel et finit par s’exacerber. Mes premiers clichés étaient sur les marginaux esseulés, des personnages isolés qui cherchent à s’isoler encore plus, et j’ai été amené à faire des rencontres dans un univers nocturne qui est assez étonnant.

Yasmine-Laraqui

Yasmine Laraqui

Pourquoi le travail exposé, à Photomed et à Casablanca, est-il exclusivement féminin ?
Je prends beaucoup de photos mais mon travail sur la femme est nettement plus important, et c’est naturel parce que j’ai une certaine vision de la femme contemporaine et je suis moi-même une femme. L’exposition n’est pas axée sur une série particulière, mais représente une sélection qui suit une construction chronologique et cohérente.

Vous avez beaucoup travaillé sur la transexualité. Pourquoi ?
Je suis intéressé par le côté féminin chez les hommes. Ce travail m’a beaucoup aidé à m’ouvrir à la différence de l’homme et m’a permis d’appréhender les hommes avec beaucoup plus de facilité. Il est toujours plus délicat de parler de la sexualité masculine, voilà pourquoi mon travail à la galerie HD est axé sur les femmes.

Pourquoi la mode est-elle omniprésente dans votre travail ?
C’est un outil. Je prends les codes de la photo de mode qui sont assez intéressants d’un point de vue esthétique et très utiles au niveau de la mise en scène. J’essaie d’anoblir cette vision erronée de la photographie de mode, qui est souvent associée aux catalogues. D’autre part, pour populariser la photo trash qu’on peut m’attribuer, il est vrai que reprendre les codes populaires de la mode aide énormément, parce que la lecture devient plus facile.

Vous êtes étudiante à l’école nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris. Pourquoi avoir choisir la photographie comme médium ?
A l’école des Beaux-Arts il n’y a pas de spécialisation, on touche à tout mais mon domaine de prédilection c’est la vidéo, et ma drogue d’accoutumance c’est l’appareil photo, et par extension la vidéo. J’aime bien la démarche cinématographique, et tout part d’une histoire que j’écris, liée à une image.

Votre vidéo « Chhoud » dépeint les tumultes psychologiques d’une femme marocaine. S’agit-il d’un conflit social ?
Je voulais mettre en avant l’idée de la fornication hors mariage. La vidéo a été tournée à Benslimane, et je n’ai pas montré des scènes osées parce qu’on m’avait bien briefée avant (rires), mais on peut rester poétique et efficace et raconter des fables sans être choquant. La vidéo raconte le périple bipolaire de l’héroïne qui est poursuivie par ses témoins et son entourage, et en devient totalement schizophrène. Elle se sent bien par rapport à ce qu’elle vit, mais c’est la société qui la mine.

Vous habitez à Paris. Quel rapport entretenez-vous avec le Maroc ?
Je viens souvent au Maroc. J’avais créé l’association « Youth Talking » il y a trois ans, un collectif de jeunes artistes où le travail est libre et s’expose chez des personnes qui veulent bien nous prêter des lieux. Cette année, comme je me concentre sur ma propre carrière, je n’ai pas eu le temps de m’en occuper, mais c’est un projet qui me tient à cœur et j’entends
le continuer. ◆

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