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Culture

6 juillet 2011

Don Quichotte, version levantine

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Adapté et réadapté, ce classique littéraire s’est prêté à toutes formes d’interprétations artistiques. Dimanche soir, c’était au tour des Libanais de s’inspirer de ce noble justicier pour créer un spectacle moderne et rock’ n roll, non sans rappeler le bourgeonnement chevaleresque du Printemps arabe.

Don Quichotte, chef-d’œuvre de la littérature mondiale créé il y a 400 ans par Miguel de Cervantès, a été présenté dimanche soir dans le cadre du Festival de Byblos au Liban. Festival phare de la capitale libanaise organisé dans un des sites les plus anciens du Moyen-Orient ; il est une tribune qui miroite de talents nationaux et têtes d’affiche outre-mer. Ce soir-là, une opérette locale d’inspiration mondiale était au rendez-vous, initiée par les artistes libanais Ghadi, Marwan et Oussama Rahbani.

L’intrigue est restée fidèle aux grandes lignes du roman d’origine tout en déviant légèrement pour mieux refléter le malaise social de la région. Photo DR

Sur la scène jouxtant la mer et aménagée à deux niveaux, un décor moderne était transposé sur fond de paysage bucolique (la mythique histoire relate que le Don Quichotte des champs se métamorphose en celui des villes). A l’étage inférieur, une métropole de tours modernes avec au centre une large bibliothèque était aménagée, et à l’étage supérieur trônait un écran géant renvoyant des images rustiques de moulins à vent et de paysans en besogne. Le mot d’ordre était fraîcheur et modernité : outre les costumes «nouvelle génération» des danseurs et la scénographie colorée, les tableaux respiraient la danse contemporaine et un peu de «street dance».

Un spectacle à double tranchant

L’intrigue, elle, est restée fidèle aux grandes lignes du roman d’origine tout en déviant légèrement pour mieux refléter le malaise social qui mine la région. Le Don Assaad Quichotte, version orientale, est gavé d’idées chevaleresques de par ses surdoses de lectures, et arpente le monde en justicier d’amour et d’honneur. Alias Cheikh Assaad Fleyhan ou le charismatique acteur libanais Rafic Ali Ahmad, le Don Quichotte libanais, déteste la trivialité mais aime la belle Dulcinéa, rencontrée en cours de route, et dont le rôle est campé par la jolie et énergique chanteuse libanaise Hiba Tawaji.

L’intrigue, elle, est restée fidèle aux grandes lignes du roman d’origine tout en déviant légèrement pour mieux refléter le malaise social qui mine la région.

Sur fond de voyage spatial et temporel, les dialogues et les piques n’étaient pas sans rappeler l’opacité politique qui sévit actuellement. Le spectacle était manifestement un porte-voix artistique des incohérences et des injustices de la région. Au gré des chansons et des chorégraphies, le personnage de Don Quichotte, dans ses quêtes utopiques, pouvait aisément passer pour un responsable politique opiniâtre aux penchants révolutionnaires.

Don Quichotte, l’antihéros rêveur

Chevalier errant et idéaliste, Don Quichotte est un personnage littéraire qui tente désespérément de sauver le monde et de rétablir la justice, en défendant les pauvres et les opprimés et s’identifiant aux héros qu’il découvrait dans ses livres. Naïf et bercé d’illusions, il vivait reclus dans ses rêves. Accompagné de Sancho Pança, son fidèle écuyer et son exact opposé (dans la version libanaise, c’est un truculent Paul Sleiman qui prodigue les conseils), il lutte contre des troupeaux de moutons qu’il prend pour une armée ennemie, et se bat contre des moulins en les prenant pour des géants. Pris pour un fou, il est banni par tous mais il continuera, jusqu’au bout, sa recherche de la perfection. Adaptée en spectacle et ballet universels, l’histoire a sillonné le monde, créant et recréant l’univers merveilleux de ce noble chevalier.

Les Rahbani, l’art inter-générationnel

Dans la lignée de leurs aînés, les artistes frères Ghadi, Oussama et Marwan Rahbani ont su transformer ce monde de chimères en une tribune théâtrale percutante. Compositeurs, poètes et musiciens confirmés, le trio a su perpétuer l’art légendaire des feux frères Rahbani, les deux compositeurs et géants des comédies musicales libanaises. Assi et Mansour Rahbani, mari et frère de l’icône Fayrouz, avaient formé avec la grande diva le trio flamboyant et foisonnant des années 60 et 70.
Les trois frères, seconde génération des Rahbani, revisitent aujourd’hui les anciennes opérettes de leurs aînés. Ils ont a leur actif Gibran et le Prophète sur la vie du grand auteur libanais Gibran Khalil Gibran, Zenobia et le Retour du Phœnix, à côté des singles et albums qu’ils produisent et composent dans le pays du cèdre. Leur dernier opus est une continuité artistique puisée du ras-le-bol collectif. Des Don Quichotte chevaleresques, on n’en croise pas que sur les planches ou dans les archives littéraires, ils bourgeonnent aussi sur les places publiques et la blogosphère.◆




 
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