Le gouvernement Benkirane saura-t-il combattre l’économie de rente ? La classe politique et la société civile attendent des actes après les engagements du secrétaire général du PJD. Ce dernier a placé la barre haut. La société civile est récemment montée au créneau pour le lui rappeler.
Benkirane, ici au Parlement, ne cesse de multiplier les promesses sur le registre de la lutte contre la rente. La société civile attend des actions.
Abdelilah Benkirane a fait de la lutte contre la corruption et l’économie de rente son cheval de bataille. Sa déclaration, du 19 janvier, devant les deux Chambres du Parlement abonde de promesses dans ce sens. Au Forum de Davos, et cette fois devant le monde des affaires, le chef du gouvernement a martelé le même message. Des paroles qui attendent concrétisation sur le terrain. En attendant que Benkirane honore ses engagements, une partie de la société civile est montée au créneau pour l’interpeller sur le même sujet. Aujourd’hui, elle le somme de révéler au grand public la liste des personnes qui bénéficient des licences d’exploitation des carrières, de pêche en haute mer et des transports. « Notre demande est très logique », assure Mustapha Mouchtari, membre du CMDH (Centre marocain des droits de l’Homme), une ONG qui a tenu samedi une session de son conseil national à Safi. Et de renvoyer la balle au camp du cabinet Benkirane. « Les promesses sur la lutte contre l’économie de rente doivent, impérativement, s’accompagner de la divulgation aux citoyens des noms qui en profitent. Tout comme l’Exécutif nous doit toute la vérité sur les salaires et les indemnités des hauts fonctionnaires de l’Etat ».
Quelle marge de manœuvre?
Mais, le gouvernement Benkirane en-est-il capable ? Là, c’est une autre de paire de manches. Ce membre du conseil national du CMDH estime que l’arrivée de cette équipe menée par le secrétaire général du PJD est « une conséquence du Printemps arabe. Du coup, elle est dans l’obligation de prendre les mesures à même de répondre aux revendications des citoyens réclamant l’égalité des chances, mettre un terme à l’économe de rente et initier des poursuites judiciaires contre les prévaricateurs ». Des propos modérés émanant d’un responsable d’une ONG étiquetée comme étant proche de la Lampe. « La corruption n’est plus un fait isolé mais elle est devenue structurelle. Dans sa déclaration devant les deux Chambre du Parlement, le chef du gouvernement s’est contenté d’annoncer de bonnes intentions sans pour autant évoquer les mécanismes qu’il compte mettre en application à même de lui assurer une victoire contre l’économie de rente », déplore Abdelmalek Afariat, membre du groupe de la FDT à la Chambre des conseillers.
Du temps, mais…
« Nous attendons du chef du gouvernement qu’il révèle aux Marocains la liste des noms qui bénéficient de licences de carrières et de pêches en haute mer. Nous sommes conscients que les premiers jours sont empreints de confusion et nous lui accordons du temps pour honorer ses engagements », ajoute-t-il De son côté, l’opposition, lors de son examen de la déclaration de Benkirane a, bien entendu, mis en doute les promesses du chef du gouvernement. Arguant sa position, le PAM a évoqué la composition même du gouvernement, estimant qu’elle comprend des ministres ayant, par le passé, couvert des cas de dilapidation de deniers publics. Sur ce sujet, Abdelilah Benkirane est attendu au tournant. C’est toute sa crédibilité qui est en jeu, sachant que, contrairement à ses prédécesseurs, le secrétaire général du PJD a placé la barre un peu (trop) haut. Saura-t-il répondre aux attentes des citoyens ? Une question qui reste sans réponse pour l’heure, connaissant tout le poids et la grande influence dont jouissent bien des opérateurs dans des secteurs comme la pêche ou encore les carrières de sable. Deux secteurs, en l’occurrence, aujourd’hui en grande déperdition à cause d’une exploitation anarchique, sans quotas et sans réglementations.◆





Article publié en langue française dans le journal Adala wa Tanmiya (Justice et Développement journal du PJD) du vendredi 05 octobre 2007 n°28. Cet article est plus que jamais d’actualité puisque le secréta…ire général de Justice et Développement est devenu Chef du gouvernement :
« Il faut sauver le caïd Fennich
L’affaire Fennich est indiscutablement l’un des premiers dossiers sur lesquels le nouveau Premier ministre, Abbas El Fassi, devrait se pencher dès qu’il débutera ses fonctions. Cette affaire est ahurissante. Nous sommes là devant un agent d’autorité, de grade de Caïd, qui exerçait ses fonctions à Fès et qui fut purement et simplement radié par le ministère de l’intérieur. Pourquoi ? Son seul délit a été de remplir sa mission en son âme et conscience, de faire honneur à son corps, de respecter la loi et les règlements en vigueur, bref de combattre avec acharnement la corruption. Résultat : Il a été radié, son salaire amputé des ¾, sa femme persécutée dans son emploi jusqu’à ce qu’elle le quitte. Les détracteurs du Caïd Fennich ont tout fait pour le jeter dans la misère et le dénuement. En 2002, il adressa une lettre à Abbas El Fassi. A l’époque, il occupait le poste de ministre de l’emploi. En 2003, une autre lettre a été envoyée au Souverain dans laquelle il a souligné : « J’ai combattu la corruption de même que je me suis insurgé contre l’habitat anarchique. Le résultat en est que je suis aujourd’hui radié du corps des agents d’autorité. J’ai servi votre auguste personne avec intelligence et loyauté. J’ai été sanctionné. J’ai choisi une carrière. On me l’a confisqué. Rendez-la-moi Majesté. Je voudrais pouvoir la finir ». Aujourd’hui et plus exactement le 28 septembre dernier, il adressa une lettre à Abbas El Fassi le Premier ministre. Une missive dans laquelle il rappela tous ces faits. Jusqu’à présent, rien n’a été fait pour le caïd Fennich. Qui pourra lui rendre justice ? Si Abbas El Fassi ne fait rien, le seul recours restera le Roi. Mais Fennich ne se fait pas d’illusion, Concernant le courrier de 2003, il pense que « on ne lui a pas remis soit on lui a présenté avec un dossier erroné » Affaire à suivre. »