Le Maroc avance, mais…
Le Maroc a été qualifié de meilleur réformateur mondial dans le dernier rapport Doing Business 2012. Il ne faut cependant pas crier victoire, car le terrain est encore semé d’embuches…

Le colloque d’information sur le climat des affaires a réuni des opérateurs tant publics que privés, ainsi que hauts responsables de la Banque mondiale. Photos Yassine TOUMI
La semaine dernière a été marquée par un évènement assez particulier dans le monde des affaires. Jeudi, un parterre de grandes personnalités et hauts responsables sont venus en force pour participer au « Colloque d’information sur l’environnement des affaires au Maroc »; qui coïncide avec la publication de l’édition 2012 du classement Doing Business.
Le rapport qui a été présenté par Neil Gregory, directeur des analyses et des indicateurs globaux au sein de la Banque mondiale, a classé le Maroc dans le top 10 des pays les plus réformateurs. Sur 183 pays, le Maroc gagne 21 places pour remonter à la 94e du classement mondial. Par critères, les réformes entreprises ont ainsi permis au Maroc de gagner 23 places en matière d’octroi de permis de construire, 57 places en matière de protection des investisseurs, 12 places en matière de procédures de paiement d’impôts, 37 places en matière de commerce transfrontalier et 17 places en matière d’exécution des contrats. « En mettant en évidence les avancées du Maroc liées au climat des affaires, ce rapport arrive à point nommé dans un contexte mondial très particulier, où le Maroc a pu tirer son épingle du jeu. C’est un signe de confiance très fort à l’égard des investisseurs potentiels qui désirent investir dans le pays », lance avec fierté Fathallah Sijelmassi, DG de l’Agence marocaine de développement des investissements (AMDI).
« Nous avons bien travaillé ! Nous avons bien avancé comparés à d’autres pays mais il reste beaucoup de choses à faire et le prochain gouvernement doit accélérer la cadence ! ».
Ahmed Reda Chami
Pour Nizar Baraka, ministre délégué chargé des affaires économiques et générales, ce saut « spectaculaire » de 21 places a été effectué grâce à une bonne gouvernance et une connivence entre le public et le privé à travers la création du CNEA (Comité national de l’environnement des affaires), un comité interministériel qui, apparemment, a fait ses preuves ces dernières années.
Des réformes qui tardent à voir le jour
Toutefois, en analysant le plan d’action 2011-2012 du CNEA, on se rend compte que certaines réformes accusent un retard patent. Pour renforcer la bonne gouvernance et la transparence du monde des affaires, il fallait standardiser et certifier 30 procédures administratives applicables aux entreprises. Cette réforme est encore en cours de réalisation, la sélection des 30 procédures à examiner est également en cours, et le projet de décret sur la simplification et la certification des formulaires est lui aussi en cours de finalisation. Même constat quand il s’agit de simplifier la procédure de création d’entreprises. D’ailleurs, il faut le signaler, le Maroc a perdu 11 places sur ce volet.
Pour ce qui est de la révision de la loi sur la concurrence et les prix, un projet de loi a été déposé au niveau du Secrétariat général du gouvernement et on attend que le processus soit enclenché pour une adoption de la loi.
De ce fait, les intentions pour réformer et simplifier la vie à l’entreprise sont présentes et le comité interministériel met des bouchées doubles pour proposer de nouvelles lois, amender quelques unes et modifier des textes juridiques. Sauf que « la gouvernance fait souvent défaut. Des retards énormes et une lenteur administrative patente peuvent freiner ce processus de réforme », confie au Soir échos, l’économiste Driss Benali.
Il ne faut pas crier victoire
Ce dernier nous rappelle que des avancées notables ont été effectuées ces dernières années, comme la simplification des procédures bureaucratiques en niveau de l’import et de l’export, entamée depuis 2009 ou encore le guichet unique. « Toutefois, cette dernière réforme a dû attendre 10 ans pour qu’elle soit appliquée. D’ailleurs, pour les formalités administratives, le Maroc a une mauvaise note puisqu’il est classé 144e. En ce qui concerne les litiges commerciaux, il y a encore beaucoup à faire, même si le pays a avancé timidement de deux places. Pour sa part, l’accès au crédit est une réelle problématique pour le tissu industriel ainsi que la protection juridique des prêteurs et emprunteurs », rappelle Benali avant d’ajouter « Il faut faire attention et ne pas crier victoire ! La mise en application des réformes prend beaucoup de temps. Vous savez que la réforme commerciale a pris 10 ans pour voir le jour. La gouvernance est toujours défaillante et même si on crée des lois, leurs décrets d’application tardent à voir le jour ».
L’économiste va plus loin en mettant en garde les responsables; tout en remettant en question les travaux de la Banque mondiale qui a montré à maintes reprises ses mauvaises prévisions. « Il suffit d’observer certains pays asiatiques comme la Chine ou le Taïwan. Ils vont à l’encontre des recommandations de la Banque mondiale et elles sont maintenant très avancées. L’histoire nous l’a d’ailleurs rappelé. Dans les années 60, la Banque mondiale a déconseillé au Maroc la construction d’un complexe sidérurgique. La Corée du Sud l’a fait. Elle est actuellement le deuxième producteur mondial de l’acier », conclut-t-il.◆
ILS ONT DIT
Neil Gregory, directeur des analyses ( Banque mondiale ).
Le processus des réformes a été bien structuré par le gouvernement qui, grâce à un partenariat solide avec le secteur privé à travers un comité spécial interministériel, a pu réaliser un bond spectaculaire. De plus, le rythme des réformes s’est accéléré ces cinq dernières années avec à la clé plus de trois réformes par an. Ce qui nous a surpris et nous sommes très satisfaits par ces performances. Cependant, il reste beaucoup de choses à faire et cette avancée doit s’inscrire dans la continuité.
Simon Gray, Directeur du département Maghreb à la Banque mondiale
Nous sommes fiers du Maroc. Votre pays n’est pas le seul réformateur, de nombreux pays essayent de réformer leur environnement des affaires, mais peu ont eu le succès qu’a connu le Maroc. D’autres réformes importantes pourraient avoir un impact notable si elles sont adoptées et mises en œuvre correctement. Par exemple, le projet de simplification des procédures administratives pour les entreprises qui est en cours de préparation et la nouvelle loi sur la concurrence qui est presque prête.













