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Culture

3 février 2012

Edward aux mains d’argent de Tim Burton

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Entre merveilleux foutraque et imaginaire gothique, Tim Burton n’a cessé depuis trois décennies de s’inspirer des strates de la pop culture en la redessinant selon des convictions qui lui sont propres et qui sont en lien avec son enfance. Et on imagine bien l’enfance solitaire dans un milieu difficile qu’a connue le cinéaste, avec pour [...]

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Entre merveilleux foutraque et imaginaire gothique, Tim Burton n’a cessé depuis trois décennies de s’inspirer des strates de la pop culture en la redessinant selon des convictions qui lui sont propres et qui sont en lien avec son enfance. Et on imagine bien l’enfance solitaire dans un milieu difficile qu’a connue le cinéaste, avec pour seuls échappatoires les salles obscures où il dévorait des séries B, les longues promenades nocturnes dans les cimetières (ça ne s’invente pas !), le rejet de ces banlieues américaines que le cinéma et la télévision ont largement contribué à faire connaître au reste du monde.  C’est a priori ce qui ressort quand on se penche sur le cas Burton et c’est ce parcours d’un jeune garçon aux rêves inquiétants et aux univers fantasmagoriques qui donne une tension et une teneur à son travail. De tous ses films, Edward aux mains d’argent est, pour moi, le plus sensible et le plus attachant car Burton, même s’il n’a jamais vraiment dévié de sa route a aussi été capable du pire (se plier aux sirènes hollywoodiennes avec le désastreux La planète des singes) comme du meilleur (le fascinant Ed Wood, autre film halluciné qui est une réussite totale). Edward aux mains d’argent se situe dans l’une de ces banlieues malades mais on est là très loin d’une esthétique et d’une approche de fond réaliste. Le film est imparfait mais du haut de ses fragilités, transperce une sincérité et une humilité somme toute émouvantes. Edward Scissorhands n’est pas un garçon ordinaire. Création d’un inventeur, il a reçu un cœur pour aimer, un cerveau pour comprendre. Mais son concepteur est mort avant d’avoir pu terminer son œuvre et Edward se retrouve avec des lames de métal et des instruments tranchants en guise de doigts. Découvert par une mère de famille vivant dans une banlieue de la middle class et qui se prend d’affection pour lui, il est invité chez elle et devient bientôt l’attention de tout le voisinage, peuplé de personnages hauts en couleur. Edward est incarné ici par celui qui deviendra l’acteur fétiche du cinéaste et son alter ego à l’image, Johnny edwardDepp tandis que le personnage du vieil inventeur est campé génialement par Vincent Price, icône de films d’épouvante et idole de Burton (Price fut la source d’inspiration de Vincent, son premier court métrage). Le postulat du film est clair : l’ennemi, c’est la norme. Il n’est pas profondément sociologique mais Burton y attaque clairement tout ce qui touche à l’effacement de l’originalité. Cette norme à abattre, c’est la bourgeoisie de banlieue très typique des années 50, cet American way of life tant rabattu. Maisons bien ordonnées aux couleurs pastel, jardins impeccablement entretenus, voitures rutilantes et personnages archétypaux forcent ici certainement le trait mais c’est à dessein. Car l’outrance relève d’un genre que le cinéaste a largement revisité dans sa filmographie: le conte de fées. Edward aux mains d’argent est une réflexion sur le monde intérieur de l’artiste. Et ce monde se doit d’être au dessus de toute norme et de toute morale. « Edward aux mains d’argent » puise sa force dans ce constat d’intégrité et on ne peut que regretter aujourd’hui que Burton, qui a fait de nombreux compromis dans sa carrière, se soit éloigné progressivement de ce type de pureté. ◆




 
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