|

Egypte : une bougie pour la révolution

Un an après la révolution qui a sonné le glas du régime Moubarak, l’Egypte a encore fort à faire pour retrouver une normalité politique et se reprendre économiquement.

Le rêve de liberté et de justice sociale caressé par les millions d’Egyptiens, qui ont pris fait et cause contre la dictature, n’a pas encore abouti.

Le rêve de liberté et de justice sociale caressé par les millions d’Egyptiens, qui ont pris fait et cause contre la dictature, n’a pas encore abouti.

Nous sommes le 25 janvier 2011. Les premières manifestations, portant dans un premier temps sur des réformes politiques et des mesures sociales avant de se transformer en une contestation aussi totale que générale, sont enregistrées. Ce qui était une révolte s’est vite transformé en une révolution qui, en peu de temps, allait sonner le glas de tout le régime de Hosni Moubarak. La révolution a réussi. Mais un an après, l’heure est loin d’être à la célébration. Le rêve de liberté et de justice sociale caressé par les millions d’Egyptiens, qui ont pris fait et cause contre la dictature, n’a pas encore abouti. Et les perspectives sont tout sauf prometteuses. « Un an pour un processus de transition aussi complexe et délicat ne représente pas grand-chose. Mais cela représente aussi une attente interminable pour des millions de citoyens, impatients de récolter les fruits de leur effort pendant le soulèvement », nous expliquait lors d’un précédent entretien Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM), basé en Suisse. La réalité du pouvoir est toujours aux mains des militaires. Et l’après-Moubarak a également donné lieu à des dépassements qui n’ont rien à envier à la répression qui régnait de son temps. Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), formé de vingt très haut gradés, assure la transition politique, mais la méthode est autoritaire. Quelque 12 000 jugements ont été prononcés devant la cour martiale. En cause, des délits d’opinion. De même, les médias restent sous haute surveillance. Le même Conseil ne cesse de multiplier les promesses (libérations de prisonniers, fin de l’état d’urgence, en cours depuis trente ans). Mais tout est remis aux calendes grecques. À peine les Égyptiens ont-ils pu arracher un délai, celui du départ de l’armée du pouvoir, annoncé, sans garanties, pour juillet. Ce sera juste après l’élection d’un nouveau président.

Les idéaux démocratiques abandonnés

En attendant, deux forces au moins se présentent comme les dépositaires de la révolution et revendiquent leur légitimité populaire. Il s’agit des révolutionnaires et des Frères musulmans, talonnés par les salafistes du parti Annour. Les premiers accusent les seconds d’avoir pris le train (de la révolution) en marche. Les Frères musulmans n’ont en effet annoncé leur adhésion à la révolution que bien des jours après son déclenchement. Mais les urnes en ont décidé autrement. Les jeunes n’ont réuni que 10% des suffrages aux législatives qui se sont achevées le 10 janvier. Ils font partie du tiers obtenu par les libéraux, les (vrais) démocrates et les socialistes confondus. Dans le même temps, les différents partis islamistes, salafistes et Frères musulmans ont totalisé 71 % des voix, dont près de 50 % pour les derniers et leur aile politique, le Parti liberté et justice (PLJ). En passant, aucune justice n’a été rendue aux martyrs (1 000 personnes tuées) et les idéaux démocratiques et sociaux ont été abandonnés en chemin. L’avenir économique et, surtout, social est également mis en suspens. S’ils sont plus libres en théorie, les Egyptiens sont plus pauvres dans la réalité. L’économie est au ralenti depuis un an. Première source de recette, le tourisme a vu ses chiffres plonger de 30% en 2011, d’après le tenant du département de tutelle Mounir Abdel-Nour. Le nombre de touristes est passé à 9,8 millions l’année écoulée contre 14,7 millions en 2010. La fréquentation n’a généré que 8,8 milliards de dollars, contre 12,5 milliards en 2010, nous rapporte l’agence AP. Réticent dans un premier temps, le CSFA a finalement opté par une demande d’aide du Fonds monétaire international (FMI), dont le montant est de 3,2 milliards de dollars. Des mesures d’austérité sont en perspective. De quoi mettre à mal un population dont plus de 40% vivent déjà en dessous du seuil de pauvreté.◆

Laissez une réponse

En kiosque

 

Abonnez-vous!

Recevez nos dernières nouvelles directement dans votre boîte de réception. Vous recevrez un email d'activation!