« La loi sur l’eau aura bientôt vingt ans »
La journée de présentation du rapport de la Banque mondiale sur l’économie verte a été l’occasion de faire le point sur la situation de la ressource en eau au Maroc. Éclairages avec Majid Benbiba,DG de l’hydraulique au département de l’eau du ministère de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement.

« Il est nécessaire de rénover l’ensemble du dispositif d’irrigation sur les terres agricoles en les remplaçant par des outils plus économes », affirme Majid Benbiba (ci-contre).
Le Maroc risque d’avoir un déficit en eau de 5 milliards de m3 en 2030. Quelles sont les mesures qui sont prises pour y remédier ?
En effet, le Maroc souffrira d’un déficit en eau de 5 milliards de m3, si rien n’est fait aujourd’hui. Pour y pallier, nous disposons de deux types d’actions. Des actions structurelles et des actions fonctionnelles. Les actions les plus importantes sont relatives à l’économie de l’eau. Nous disposons d’une agriculture qui contribue grandement à l’économie marocaine mais qui consomme beaucoup d’eau. Le gaspillage d’eau n’est pas du fait des agriculteurs. Ceux-ci sont conscients de l’importance de l’eau et font tout ce qui est de leur possible pour la préserver. Ce qui est néfaste à l’eau, aujourd’hui, ce sont les espaces irrigués qui ont été mis en place durant les années 70, 80 et utilisant les technologies qui existaient à l’époque. Or, ces technologies, dépassées, contribuent au gaspillage. Il est donc nécessaire de rénover l’ensemble du dispositif d’irrigation sur les terres agricoles en les remplaçant par des outils plus économes. Ceci nous permettra d’économiser 2,5 milliards m3 d’eau. L’autre moitié sera mise à disponibilité par la mobilisation des ressources d’eau. Pour y arriver, nous continuerons à construire des barrages mais nous aurons également recours à des ressources dites non conventionnelles, notamment le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées ainsi que le captage des eaux de pluie.
Le contrat de nappe figure parmi les outils que vous utilisez. De quoi s’agit-il ?
Le contrat de la nappe est un contrat qui regroupe l’ensemble des intervenants dans un espace qui est la nappe. Il s’agit des départements de l’Eau et de l’Agriculture, des institutions qui regroupent les agriculteurs tels les Chambres de l’agriculture, les organisations non gouvernementales, les usagers d’eau, les universitaires et chercheurs afin d’évaluer, dans un premier temps, combien nous disposons d’eau dans la nappe. Puis comment cette eau va réagir suite à nos actions dans le présent et dans le futur. À ce moment là, nous identifions l’ensemble des moyens à prendre en considération pour sauvegarder l’eau, puis chaque partenaire prend des obligations. L’État prend en charge le contrôle de la nappe, l’utilisation rationnelle de la nappe, la construction d’autres barrages afin de réduire la pression sur la nappe. L’agriculteur s’engage, de son côté, à économiser l’eau et à ne pas la polluer. Le chercheur, pour sa part, s’engage à développer de nouvelles techniques, de nouvelles méthodes. Ce contrat, signé par chacun des partenaires, est évalué chaque année. Le cas du Souss, où nous avons mis en place un contrat de nappe il y a trois ou quatre ans, marche convenablement, et nous travaillons actuellement sur d’autres régions. Notamment El Haouz, Tadla, Bheira, Mnassra du côté de Kénitra, qui à partir de l’exemple du Souss sont en train de développer ce nouveau type de gouvernance de la ressource en eau.
Vous envisagez également une réforme de la loi sur l’eau, ainsi que l’élaboration de décrets sur les inondations et sur la pénurie d’eau. Quels sont les axes de la réforme et des décrets ?
La loi sur l’eau est une loi qui aura bientôt vingt ans, c’était certes une avancée très importante et une action avant-gardiste dans notre région et même dans le monde. Aujourd’hui, grâce à ce texte, nous avons réussi à mettre en place une gestion décentralisée et participative de l’eau. Mais nous avons également fait le constat que cette loi a tout de même des insuffisances dans cette nouvelle stratégie, notamment la place de la réutilisation des eaux usées, le dessalement de l’eau de mer… Même l’économie de l’eau n’est pas traitée comme nous le souhaitons aujourd’hui. Il y a pas mal d’axes qui sont en cours de réflexion et qui vont donner à cette loi plus de modernité allant vers davantage de décentralisation et de participation.
C’est un grand chantier qui va prendre du temps. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que le texte voit le jour dans l’immédiat. Pour ce qui est des décrets, l’objectif est de définir les notions d’inondation et de pénurie, les mesures à prendre en considération ainsi que les responsabilités de tout un chacun, sans oublier les modalités pour gérer les deux situations.◆












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