Le visage vert de Casa blanca, grand inconnu
Dans le cadre de la célébration de la Journée de la Terre, la Fondation Zakoura Éducation a organisé, ce lundi, une journée de sensibilisation à l’environnement, à travers une visite des lieux symboliques de Casablanca. Une occasion de porter un autre regard sur la ville.

Cette journée de découverte s’est doublée d’un atelier de photo, pour saisir les enjeux environnementaux.
Environnement et ville sont deux notions que l’on associe difficilement. Surtout à Casablanca, métropole bruissante et polluée, où les espaces verts ouverts au public se comptent sur les doigts d’une main. Et pourtant, c’est bien la thématique de « l’environnement dans la ville » que la Fondation Zakoura Éducation a choisi de mettre ce lundi au cœur de sa journée de sensibilisation, organisée dans le cadre de la Journée de la Terre. « Bien que l’on s’associe pas forcément les deux concepts, la ville est la clé de voûte de nombreuses thématiques environnementales », a rappelé en préambule aux participants Julie Gassien, directrice du pôle Environnement de la Fondation.
Urbanisation au détrimentdes espaces verts
Parler de l’environnement dans la ville de Casablanca, c’est évoquer une notion aux multiples visages, englobant les risques naturels, tels que les inondations ou le risque de submersion marine, mais aussi les pollutions urbaines, tant atmosphériques que sonores. Métropole en pleine expansion, la ville de Casablanca s’est urbanisée à toute vitesse, souvent au détriment des espaces verts et sans guère laisser de place au sol sans béton. « Cette urbanisation explique en partie l’ampleur des inondations que Casablanca a connue en novembre 2010, puisque elle n’a pas laissé de place au sol sans béton, qui a une capacité d’absorption des eaux », souligne Julie Gassien. L’extension de la ville s’est également traduite par une forte pression urbaine sur les espaces naturels situés à proximité du Grand Casablanca, tels que la forêt de Bouskoura, l’oued Nfifikh, la zone humide d’El Maleh ou encore les dunes de Dar Bouazza. En raison de ce mouvement d’urbanisation, les lieux verts se font rares et les problèmes environnementaux tiennent le haut du pavé dans les rues de la ville blanche. Afin de faire prendre conscience de ces défis, et d’apporter un autre regard sur la ville blanche, la Fondation Zakoura Éducation a proposé, ce lundi, une journée originale de sensibilisation, organisée en trois haltes dans des lieux symboliques de Casablanca. Pour capturer les réalités de la ville, cette visite s’est doublée d’un atelier photographique, chaque participant étant équipé d’un appareil pour saisir à sa manière les enjeux environnementaux.
Initiative citoyenne au Parc Mohamed Abdou
Première halte : le Parc Mohamed Abdou. Pour les participants qui ne le connaissaient pas encore, la surprise est au rendez-vous. Une pelouse verdoyante, des plantations bien taillées, accompagnées d’une signalétique claire sur les règles de l’espace : le parc fait manifestement l’objet d’un excellent entretien. Séduits par les lieux, de nombreux Casablancais profitent des bancs au soleil du parc pour déjeuner en plein air, ou pour une petite sieste avant la reprise du travail. Mais si cet espace vert est sur son 31, c’est grâce aux riverains qui se sont réunis en association pour prendre en main la gestion du parc. Souhaitant en finir avec l’insécurité et l’absence d’entretien du parc Mohamed Abdou, les résidents se sont réunis en 2003 à travers un groupement des syndicats, avant de se structurer, après des réunions marathoniennes, en Association de l’Espace Mohamed Abdou. « La clé de la réussite est la transparence de notre association. Pour le parc, chaque résident paye 25 DH par mois, soit un total d’environ 500 dh par immeuble. Cet argent est viré sur le compte de l’association, à laquelle chacun a le droit d’accéder », nous explique Saïd Kandoubi, président de l’Espace Mohamed Abdou. Sur les 12 000 dirhams récoltés chaque mois, les 2/3 sont affectés à la sécurité, avec un gardiennage 24h sur 24h. Puis, le reste est affecté à l’entretien, avec un balayeur, et à l’aménagement du parc. Et chaque année, de nouvelles idées fleurissent dans le parc. Après avoir assuré la sécurité et l’entretien du parc, l’Association a récemment mis en place tout un volet sur la communication, à travers les panneaux de signalétique, et sur l’animation, avec des activités pour les résidents et passants. Un modèle de gestion, sans autre enjeu que le bien-être des riverains.
Parc de l’Ermitage : pollution et insécurité
Après cette halte instructive sur une initiative privée, direction le parc de l’Ermitage. Hérité de l’époque coloniale, ce parc de 18 hectares a été réouvert au public l’année dernière, après avoir été pendant de longues années abandonné et mal entretenu. Sa réouverture est le fruit d’une réhabilitation menée par la Fondation Mohammed VI, pour un coût global de 30 millions de dirhams. En découvrant les lieux, les participants de la journée notent tout de suite une différence de taille avec le parc Mohamed Abdou, précédement visité. « Sacrée différence entre une initiative privée et publique! », s’exclame un participant avant d’expliciter « S’il y a bien eu le budget de réhabilitation, ils ont oublié le budget d’entretien et de fonctionnement. L’étang artificiel est plein de déchets et il y a même des bulles de putréfaction qui remontent. Quant aux canaux d’irrigation de goutte-à-goutte, ils sont percés de partout ». L’activité photographique des participants connaît également une hésitation, les bruits de vol dans le parc commençant à circuler dans le groupe. « Il y a beaucoup de plantes, mais il y a moins de sécurité que dans l’autre parc », résume Aya, une enfant du groupe.
Décharges sauvages à El Hank
Et enfin, pour finir la journée avec une mise en perspective sur le littoral, composante essentielle de l’environnement de Casablanca, le groupe part en direction du phare El Hank. Sur le front de mer, les déchets jonchent les falaises, illustrant le dépôt sauvage des déchets. « On a accusé beaucoup de retard au niveau de la gestion des déchets et de l’assainissement », concédait le matin même devant les participants Ouafae Bouchouata, chef de service Information et sensibilisation au ministère de l’Environnement, avant d’annoncer « Mais pour contrer ce retard, un programme du ministère prévoit d’ici 2020 la réalisation de 360 décharges, et la réhabilitation de 300 autres pour les déchets ménagers ». En évoquant la problématique des déchets, l’importance des espaces verts dans la ville ou encore la nécessité de réduire la pollution, cette journée de la Fondation Zakoura a mis en évidence le potentiel vert de la ville, encore peu développé et pourtant capital. Si le visage vert de Casablanca a encore bien du mal à émerger, les ressources et les richesses sont pourtant bien présentes, appelant chacun à sa part de responsabilité pour les préserver. ◆
Le Grand Casablanca, Gargantua urbain
Avec plus de 3 millions d’habitants dans son ventre, le Grand Casablanca se caractérise par une urbanisation très rapide. Selon une étude réalisée en 2011 par Egis Bceom International, l’Institut d’aménagement d’urbanisme d’Ile-de-France et Géosciences pour une Terre durable, entre 700 et 1000 hectares sont urbanisés chaque année. Et selon les prévisions, cette expansion urbaine n’est pas prête de s’arrêter. Selon cette même étude, d’ici 2030, la population de Casablanca aura quasiment doublé, avec une augmentation de 41 % de la croissance démographique. Pour satisfaire les besoins, il faudrait construire entre 24 000 et 28 000 logements par an. Conséquences directes de l’explosion démographique, le parc de véhicules devrait quant à lui tripler, et la production annuelle de déchets doubler, soit 2 tonnes de plus. Autre facteur d’importance, cette augmentation démographique se traduira par une hausse de 70 % pour les besoins en eau.













