Toubkal : objectif zéro déchets
Après une opération de ramassage de déchets de trois jours sur le Jbel Toubkal, l’équipe suisse de la Summit Foundation a présenté dimanche les premières conclusions de son rapport sur l’état environnemental de la vallée d’Imlil.
Dimanche dernier, les mules qui descendaient du Toubkal avaient une cargaison bien différente de l’accoutumée. Chargées de grands sacs bleus, elles descendaient les déchets ramassés pendant trois jours sur la montagne, lors de l’opération menée par le collectif local Mountain Propre et la Summit Foundation. Pendant que les dernières mules arrivaient à Imlil, l’équipe de la fondation suisse, Summit Foundation, présentait à la Kasbah du Toubkal les premières conclusions de leur mission dans la vallée, devant les autorités locales. Objectif du rapport : faire un état environnemental du site, mais surtout proposer des solutions.
« Pour le moment, aucun déchet ne redescend de la montagne ».
Sébastien Dufner, de la Summit Foundation.
Le problème majeur réside dans la gestion des déchets. « Le développement touristique a amené une augmentation du nombre de déchets, que les populations de la vallée n’ont pas les moyens de gérer », constate Thomas Allement, responsable de projet à la Summit Foundation. Si lors de leur premier voyage en mai, l’équipe avait constaté la présence de décharges à ciel ouvert et de déchets le long des sentiers, le second périple a quant à lui mis en évidence l’ampleur de la problématique, notamment au refuge du CAF. « Sous chaque caillou se cachent des mini-décharges. Près du refuge, dans un rayon de 300 m, c’est un réel problème », insiste Thomas Allement. « Mais pour le moment, aucun déchet ne redescend de la montagne », alerte son coéquipier, Sébastien Dufner.
Projet pilote
Pour faire face à cette situation, le rapport préconise plusieurs pistes d’actions, toutes basées sur l’appui et l’implication des populations de la vallée. Tout d’abord, une déchetterie et un centre de tri devraient remplacer la décharge d’Imlil, située juste à côté d’une rivière, ce qui présente de sérieux risques sanitaires. Pour les déchets au sommet, l’idée est de mener plusieurs opérations de nettoyage des décharges. Mais sur le long terme, chaque visiteur devra prendre sa responsabilité et assurer lui-même la redescente de ses ordures. Dans ce but, la sensibilisation des trekkeurs est primordiale, avec la mise en place de panneaux d’information sur les sentiers. « La vallée d’Imlil peut ainsi devenir un exemple de gestion coopérative qui pourra être transposée dans d’autres vallées », espère Aniko Boehler, du collectif Mountain Propre.
La préservation du gypaète
Le premier projet accueilli au sein de Dar Toubkal concerne les gypaètes barbus. Autrefois présent dans toutes les montagnes du Maroc, cet oiseau se fait de plus en plus rare. On estime aujourd’hui que seuls 10 couples survivent dans le Haut Atlas. Dans la vallée d’Imlil, il reste deux couples et un jeune. Réalisé avec le Parc national du Toubkal, le projet vise à assurer la protection et la nourriture des oiseaux, grâce à des éco-volontaires.
Tout en protégeant l’environnement, les actions constitueront également des activités génératrices de revenus pour les habitants, avec notamment la rémunération des sacs poubelles descendus par les muletiers, ou encore la création d’emplois avec des parcs rangers. Un projet de longue haleine qui contribuera à lutter contre l’exode rural et qui rendra à juste titre les habitants fiers de leur montagne.◆
3 QUESTIONS À …
Yassine Zegzouti, président de l’Association Mawarid, membre du collectif Mountain Propre.
Qu’est-ce qui a motivé votre engagement pour la cause environnementale ?
La protection de l’environnement est devenue une préoccupation internationale. Le Maroc a pris des engagements dans ce sens (la charte de l’environnement, la célébration de la Journée de la Terre, la loi 22-10 sur les sacs plastiques, et autres décrets). Dans ce cadre-là, la société civile a un rôle à jouer.
Bien que basés à Marrakech, vous avez décidé cette fois de vous impliquer dans les environs d’Imlil. Pourquoi ?
Notre objectif est d’élargir notre champ d’actions. La majorité des touristes qui viennent à Marrakech partent à la montagne. Une sensibilisation en amont est nécessaire mais il faut d’abord se déplacer sur les lieux pour voir les problèmes environnementaux.
Suite au rapport réalisé, quel rôle entend jouer votre association dans la protection de la vallée ?
Le collectif travaille pour instaurer un système de gestion de déchets, qui soit un projet pilote pour le dupliquer dans d’autres vallées. Notre rôle est de préparer et sensibiliser en amont les touristes en lien avec les agences de voyages. Notre message est clair : nous sommes tous concernés par la protection de cette zone.














