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Essaouira entre jazz et transe

Fort d’une programmation fiévreuse, le festival « Gnaoua musique du monde » revient, plus ancré que jamais. Mâallems aguerris et pionniers de la musique du monde fusionneront dans la cité océane d’Essaouira, du 21 au 24 juin.

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Parmi les grands noms du festival, Bob Maghreb du Maroc, le trio Joachim Kühn, Majid Bekkas et Ramon Lopez, le guitariste émérite Sylvain Luc, mâallem Hamid El Kasri, et la chanteuse malienne Oumou Sangaré (de gauche à d.).

Du haut de sa 15e édition, et fort de ses assises internationales, de son souffle euphorisant, et de sa magie salvatrice, le festival gnaoua ne prend pas une seule ride. Entre ancrage et voyage, à la croisée entre couleurs gnaouies et sonorités d’ailleurs, le festival marque le cœur et la rétine. Passant de  20 000 personnes en 1998 à des millions de mélomanes en 2011, cet emblématique laboratoire ne cesse de gagner en épaisseur, poussé par ce bouillonnement pluri-culturel, où les guembris se mêlent aux contrebasses, et karkabous aux balafons. Placé plus que jamais sous le signe de la transe guérisseuse, dans une ville classée patrimoine mondiale, il promet cette année une fusion gnaoua-jazz de premier ordre,  comme l’a annoncé Neila Tazi, productrice et directrice du festival, lors de la conférence donnée à l’hôtel Novotel de Casablanca, mardi soir. Des grands noms fleuriront cette édition tels que le guitariste Sylvain Luc et son trio, le saxophoniste d’Afrique du Sud Soweto Kinch, le Trio Joachim Kühn, aux côtés de grands mâallems du répertoire gnaoua. Une programmation qui s’inscrit dans un continuum d’inflexions jazz et blues qui a accueilli, au fil de 14 éditions des grands noms tels que Pat Metheny, Joe Zawinul, Archie Chep et d’autres. Le gnaoua, racines du blues et du jazz, a toujours fusionné avec cette musique née de la douleur. La présence africaine étant une constante, le festival invite cette année la diva malienne Oumou Sangaré, après les passages remarqués, lors des éditions précédentes, de Baba Sissoko et Salif Keita du Mali.

Le hajhouj et Sylvain Luc trio

Cette année, la date est symbolique, et coïncide avec celle de la fête de la musique, donnant le ton à une programmation dense, et quelques nouveautés propres à cette édition, dont une coffret compilant les moments forts du festival- bientôt à la Fnac – et un forum de discussion « Sociétés en mouvement, culture en liberté ».  Entre rythmes ancestraux et sonorités d’avant-garde, les hauts lieux de la ville accueilleront fusion, jazz, sonorités africaines, latin jazz, musique soufie, électro et musiques du monde. La fusion la plus attendue est celle du guitariste émérite Sylvain Luc trio – Organic et le maâlem Abdeslam Alikane et sa troupe Tyour Gnaoua. En ouverture, et fruit de résidences déterminantes, du son africain explosif avec les maâlems Saïd Oughassal et Abdellah Akharraz fusionnant avec Djembe New Style d’Afrique de l’Ouest. D’autres résidences et brassages inédits sont au rendez-vous : les musiciens cubains et du timbre latin jazz new-yorkais de Querencia en tandem maâlem Abdelkebir Merchane, les Issaoua de Meknès avec les rythmes Qawwali du Pakistan, une rencontre propre au festival gnaoua qu’un des directeurs artistiquse du festival, Karim Ziad, a souhaité réitéer.  La 4e résidence promet une belle synergie jazz-gnaoua entre le maâllem Hamid El Kasri et le quartet du saxophoniste Soweto Kinch d’Afrique du Sud. Maâlem Hassan Boussou, le groupe marseillais Nasser et le rappeur marocain Mobydick, offriront, pour leur part, un spectacle surprenant, « Mix Up Maroc ». En solo, se produiront la diva malienne Oumou Sangaré, valeur sûre du continent noir et grande militante féministe, le Trio Joachim Kühn, Majid Bekkas, Ramon Lopez & les Gnaouas de Salé, et le chanteur sénégalais Carlou D. Des as de la scène locale chanteront également sous les remparts : Hoba Hoba Spirit, Mayara Band et Bob Maghrib. Des concerts intimistes pour les inconditionnels du tagnaouite seront donnés par neuf maâlems, une occasion pour vibrer et s’oublier.

Youssou N’dour en invité officiel

Forum « Sociétés en mouvement, culture en liberté », grande nouveauté du festival, accueillera des artistes engagés dans la vie politique et recueillera leur expérience. A cette occasion, l’ex-chanteur et ministre de la culture et du tourisme du Sénégal Youssou N’dour sera l’invité officiel, ainsi que d’autres artistes éminents du Maroc et d’ailleurs. Autre pépite de cette 15e édition, un coffret CD+ DVD qui les meilleurs moments et le best off des fusions du festival depuis sa création, et qui sera à la Fnac à partir du 18 juin. Un documentaire inédit englobant 600 heures d’archives, fruit des 14 éditions du festival, réalisé par Abderrahim Mettour de Sigma Technologies, accompagnera ce CD. Un projet d’anthologie gnaoua -10 Cd et un livre de 140 pages – est également en gestation, porté par l’association Yerma Gnaoua. Le budget de cette 15e édition est estimé à 11 million 50 mille dirhams, répartis à égalité entre artistes marocains et artistes internationaux, tel que annoncé par Neila Tazi mardi soir. Nous restons en attente de ce embrasement gnaoui, cette euphorie qui fend l’air, et l’âme. Du 21 au 24 juin. ◆

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