Fatwa
Pendant que des innocents se font étriper en Syrie, voilà que Ali Al Rabihi, un (riche) saoudien présenté comme un « dignitaire religieux » décide d’octroyer la somme de 450 000 dollars à qui assassinerait Bachar Al-Assad. En lisant cette information, Miloudi s’est d’abord demandé s’il s’agissait d’un nouveau western ou d’une mauvaise blague, puis [...]
Pendant que des innocents se font étriper en Syrie, voilà que Ali Al Rabihi, un (riche) saoudien présenté comme un « dignitaire religieux » décide d’octroyer la somme de 450 000 dollars à qui assassinerait Bachar Al-Assad. En lisant cette information, Miloudi s’est d’abord demandé s’il s’agissait d’un nouveau western ou d’une mauvaise blague, puis sa cervelle, déformée par tant d’années sur les bancs de l’école lui a posé une autre question. Pourquoi précisément quatre cent cinquante mille dollars ? Pourquoi pas 500 000 ? Le donateur avait-il une grille d’évaluation pour déterminer le prix de la tête du tyran de Damas ? Pourquoi en dollars et pas en rials saoudis ou en cacahuètes ? Dans la foulée de ses réflexions, Miloudi s’est dit que le montant de la somme devait avoir pour but d’attiser la cupidité des plus téméraires, qui appâtés par le gain plutôt que par la justice se lanceraient à l’assaut d’un tel exploit, insultant par là-même ceux qui payent chaque jour de leur vie leur aspiration à la liberté et à la dignité. Ensuite, notre penseur du dimanche s’est mis à visualiser la scène suivant l’exécution, en admettant que son auteur ait pu s’échapper sans difficultés des mains du service de sécurité du défunt président, où il se présenterait devant le donneur d’ordre. Devrait-il se munir d’une oreille ou d’un pouce pour authentification ? À moins qu’une photo, du style safari, où le pied posé sur le corps de la victime, l’arme à l’épaule et le sourire aux lèvres ferait l’affaire. La proposition, indécente, vulgaire et bien entendu criminelle, est hélas à l’image de ce qui se passe dans la région, où sous prétexte de disposer d’une once de savoir n’importe qui peut se permettre de lancer une fatwa pour semer la discorde parmi les fidèles. Elle sert à masquer la corruption des despotes de la région qui se font doubler sur la droite par les déçus, les aigris, les victimes de tant de bêtises au sommet d’États étrangers au respect de leurs concitoyens. Heureusement, ce postillon n’aura duré que le temps de se faire ridiculiser avant de rejoindre les limbes de l’Histoire peuplées de propositions les plus crétines les unes que les autres. ◆

