Des cafés pour hommes…
Bien que leur fréquentation par les femmes est devenue ordinaire, il existe encore des cafés où la clientèle est majoritairement masculine et où les femmes n’osent pas se rendre

Les espaces publics, notamment les cafés, sont encore reservés aux hommes. L’exception n’est observée que dans quelques cafés et restaurants des centres-villes.
Les cafés sont un espace public comme les autres. Théoriquement, rien n’interdit aux femmes de les fréquenter. Mais beaucoup s’abstiennent de fréquenter certains cafés parce qu’ils sont occupés majoritairement par des hommes. Il est important de préciser que l’on ne parle pas des cafés huppés de la ville. Lorsqu’elles en ont le choix, certaines femmes préfèrent fréquenter des cafés plus chers uniquement pour ne pas être embêtées.
Nous avons réalisé un micro-trottoir (avec un caméscope) dans un seul et même café du centre ville de Casa et il est intéressant de voir que les opinions diffèrent largement. Dans ce quartier d’affaires, le choix des cafés est limité et certaines femmes ne se sentent pas à l’aise dans des cafés fréquentés majoritairement par des hommes. Il peut paraître banal à premier abord, mais le sujet est sensible puisque beaucoup de personnes refusent de nous répondre ou d’être filmées. Dans le café où nous avons réalisé notre micro-trottoir, la proportion de femmes était minime et parmi elles, une seule n’était pas accompagnée.
Payer plus pour être tranquille
Parmi les femmes interrogées, beaucoup préfèrent être accompagnées, de préférence par des hommes, afin de ne pas être dérangée. Nada, 26 ans, est assistante : « S’il y a des hommes accompagnés de femmes dans un café, je sais que je peux y entrer. Pour ce qui est des cafés où il n’y a que des hommes, je n’irai jamais seule, pas parce qu’on va m’embêter mais parce que je ne me sentirai pas à l’aise ». La majorité des femmes interrogées ont indiqué qu’elles étaient embêtées lorsqu’elles se trouvaient seules dans un café fréquenté majoritairement par des hommes. Christelle, 33 ans, occupe un poste de responsable logistique et entrepôts. Selon elle, il y a de plus en plus de femmes dans les cafés, mais elles sont rarement seules. « Il m’est déjà arrivé d’être avec des amies dans ce café et que des hommes viennent nous aborder et même s’asseoir à notre table. Je choisis ce café par proximité de mon lieu de travail, plus qu’autre chose. Mais si je travaillais dans un quartier comme Maârif, je n’irai pas dans un café comme celui-là. » Adel, son collègue, est responsable commercial. Il affirme : « On vient souvent au café entre collègues pour prendre une pause et déstresser. En tant qu’homme, je ne vois aucun problème à ce que les femmes fréquentent les cafés ».
Ce qu’en pensent les hommes
La présence des femmes dans les cafés du centre ville ne semble pas déranger les hommes, à part quelques exceptions. Mais toutes les personnes interrogées sont catégoriques : les cafés de quartiers ne sont pas fréquentables par les femmes. Farah, 22 ans, est stagiaire dans l’hôtellerie. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle pense des hommes qui s’opposent à la présence des femmes dans les cafés, elle répond : « Ceux qui ne veulent pas que les femmes viennent au café sont égoïstes ». D’ailleurs, l’une des personnes interrogées, un jeune homme qui a refusé d’être filmé, nous a dit qu’il ne voyait aucun mal à aller avec sa copine au café mais qu’il était hors de question que sa sœur fasse pareil.
Il ne s’agit pas d’une particularité marocaine puisque dans d’autres pays arabes, le même problème existe. En Belgique, une association de femmes arabes organisent chaque dimanche des « descentes »
dans des cafés afin d’habituer le regard des hommes à la présence féminine. Une initiative qui n’a rien de protestataire puisqu’elle n’est pas annoncée et qu’elle n’a pas de revendications. Plus radical, à Ramallah, en Palestine, des femmes ont ouvert un café interdit aux hommes. Au Maroc, une jeune femme a lancé cette semaine un appel sur les réseaux sociaux à des femmes pour un « projet de café coopératif réservé aux femmes à Casablanca ». L’appel indique que « les hommes ne seront pas exclus mais malvenus, sauf vendredi journée qui leur est réservée de plein droit, de l’ouverture à 15h. » Ces femmes se réuniront ce samedi à 18h dans un lieu qui sera communiqué ultérieurement afin de discuter de la mise en œuvre du projet.











