Pour le PJD si les produits alternatifs ne décollent toujours pas c’est à cause d’un lobby au sein de l’administration qui s’y oppose Les islamistes espère voir bientôt la France homologuer une des procédures bancaires dites « islamiques » pour que les banques marocaines suivent. La polémique de la finance islamique n’est pas pour terminer au Maroc. [...]
-
Pour le PJD si les produits alternatifs ne décollent toujours pas c’est à cause d’un lobby au sein de l’administration qui s’y oppose
-
Les islamistes espère voir bientôt la France homologuer une des procédures bancaires dites « islamiques » pour que les banques marocaines suivent.
La polémique de la finance islamique n’est pas pour terminer au Maroc. Le PJD porte-drapeau de cette nouvelle tendance mondiale, ne compte pas baisser les bras. Le groupe parlementaire du parti islamiste compte revenir à la charge dès l’ouverture de la prochaine session parlementaire, en avril. Pour le PJD «si la finance islamique n’arrivent toujours pas à découler ce n’est certainement pas par manque de volonté politique», estime Najib Boulif député PJD et spécialiste en la matière. «Les tractions sont toujours en cours avec les ministre des Finances. Mais à mon avis ce n’est pas de là que vient le blocage», confie-t-il. Si blocage il y a il faut surtout le chercher du coté de Bank Al Maghrib, explique la même source. «La Banque centrale a tardé à publier la circulaire nécessaire à la mise en œuvre des procédures relatives aux produits alternatifs. Les banques ne disposent pas, non plus, en tout cas pas encore, d’un logiciel leur permettant de traiter ce genre d’opération», explique notre interlocuteur. «Et en l’absence de cet outil technique, le personnel des institutions bancaires n’as pas de compétences nécessaires pour prendre des décisions relatives à ce genre de produits», ajoute-t-il. Ce qui fait dire au député islamiste qu’«il existe un lobby au sein de l’administration qui ne veut pas que ce genre de produits décolle vraiment». La solution ? «Nous allons continuer à faire pression sur le gouvernement pour qu’il mette en place des procédures contraignant ces lobbies à lâcher prise», promet ce spécialiste appelé à plaider pour exposer l’expérience marocaine lors du prochain Forum africain de la finance islamique qui se tient à Casablanca, début avril. Mais auparavant, nos islamistes lorgnent plutôt du côté de la France. Ironie du sort, l’accélération de la mise en œuvre des procédures accompagnant la commercialisation, au niveau des banques, des produits alternatifs, est tributaire de ce que décidera le législateur français. «Nous attendons pour voir ce qui va sa passer en France (où le débat est actuellement à son apogée sur la possibilité d’autorisation du système des finances islamiques). «C’est certain que si demain la France autorise ce genre de produits, nos banques vont s’aligner. Comme d’habitude et par pur suivisme», ironise Najib Boulif.
Quid du comportement du consommateur ? Nos islamistes sont catégoriques : les produits alternatifs vont certainement décoller s’il y est mis suffisamment de bonne foi. Pour le député du PJD, les transactions
financières dite islamiques «sont très répandues dans la société, mais elle se font dans le secteur informel. Ce genre de transactions a toujours existé dans notre société, notamment dans le monde rural. Il suffit juste de les faire intégrer au circuit formel», conclut l’économiste et spécialiste en le domaine. Cela alors qu’à un niveau international, la finance islamique est au centre de tous les débats. Le Royaume-Uni a franchi le pas en autorisant les banques dites «islamiques» à opérer sur son sol. Bien plus, un forum consacré à cette activité a été organisé récemment sur le sol britannique.
Najib Boulif : «Nous allons continuer à faire pression sur le gouvernement pour qu’il mette en place des procédures contraignant ces lobbies à lâcher prise».
«Il se peut que la France s’y mette également. Et comme toujours, le Maroc est encore une fois à la traîne», note, dépité, notre interlocuteur. Il faut toutefois souligner que les islamistes qui font de ce sujet leur cheval de bataille ne manque pas une occasion pour revenir à la charge. Le PJD s’est vu même offrir une occasion en or, il y a un peu plus d’une année alors que la crise économique mondiale battait son plein. C’était en octobre 2008, à la veille du démarrage les débats du projet de loi de Finances de 2009. Le PJD avait alors profité du contexte de crise pour relancer sa campagne en faveur des «produits bancaires répondant aux règles de la Charia». Le parti islamiste tentait de remettre en selle le projet des banques islamiques qu’il a présenté comme une «recette-miracle» face à la crise internationale. Plus d’une année plus tard, le débat n’est toujours pas clos.
Et dans le monde ?
Croissance à deux chiffres
A en croire une enquête publiée par Jeune Afrique (23 février 2010), la finance islamique est devenue, grâce aux milliards de pétrodollars des pays du Golfe notamment, une industrie à part entière dans le système bancaire international. Elle progresse au rythme de 15 % à 20 % par an et englobe un patrimoine d’actifs estimé à 1.000 milliards de dollars en 2010. Une manne est gérée par 300 institutions réparties dans 75 pays. Chaque année, une vingtaine de banques voient le jour. La Grande-Bretagne en compte cinq, dont la très active Islamic Bank of Britain (IBB) et l’European Islamic Investment Bank (EIIB). Plusieurs établissements américains et européens – dont les Etats n’ont pas franchi le cap, comme la France – utilisent leurs filiales en Malaisie et à Bahreïn pour offrir à leur clientèle un bon placement « halal ». Pour cela, les Etats ou les autorités monétaires doivent adapter leur réglementation afin d’éviter une double imposition sur les transactions.
Tahar Abou El Farah





