Habitat : l’État régulateur répond absent
Dans un secteur comme l’Habitat, le marché autorégulateur semble être l’exception qui déroge à la règle. Sur le point très sensible des marges bénéficiaires exorbitantes qu’engrangent les promoteurs immobiliers et les opérateurs du secteur en général, l’État régulateur a brillé et brille encore par son absence.

Plus de 400 constructions illégales nouvellement créées ont été enregistrées, entre mars et avril dernier, dans un quartier à la périphérie de Casablanca, a souligné Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat.
Ce n’est pas Nabil Benabdallah qui dira le contraire. L’État régulateur a brillé et brille encore par son absence. Le ministre actuel de l’Habitat affirme sans ambages qu’il y a une réalité. « Et elle est ce qu’elle est..», avoue-t-il lors d’une table ronde, organisée,vendredi dernier, par la Chambre de commerce britannique au Maroc, à Casablanca. Au cours de cette rencontre, placée sous le thème: « Vision et stratégie pour le développement et le réaménagement du secteur de l’Habitat », le ministre n’émet pas de signes laissant au moins prétendre mettre de l’ordre dans une situation où le plus fort dicte ses lois et fixe librement, sans contrainte aucune, ses marges bénéficiaires… Alors même que tout le monde se rend compte que l’accès au logement est reconnu comme droita constitutionnel. Sachant bien que dans un pays comme l’Allemagne ces marges ne dépassent guère les 5 ou 6 %.
Faire jouer la concurrence
Benabdallah, préférant refiler la patate chaude au président de la FNPI, Youssef Iben Mansour, reconnait en outre qu’il soutient les avantages accordés aux professionnels du secteur à condition que ces derniers adoptent, en parallèle, une démarche citoyenne. Autrement dit, faire jouer la carte de la concurrence et respecter les exigences de qualité. Le franc-parler du ministre ne se limite pas là. Les profits record que procure le secteur avaient fait et font encore de plus en plus de rêveurs, ce qui explique, en quelque sorte, selon le leader du parti PPS, la dynamique du processus de désindustrialisation par une migration et un déplacement des investissements vers ce pan de l’économie, devenu un commerce juteux. Il semble donc que le gouvernement Benkirane semble incapable de mener les vraies réformes, se contentant ainsi du côté superficiel des choses.
Lutte contre la corruption
Le ministre est allé jusqu’à reconnaître que mener une lutte sans merci contre les poches de corruption et les facteurs de blocage n’est en aucun cas une mince affaire. Il donne à ce titre l’exemple remarquable de la lutte contre l’habitat illégal. Plus de 400 constructions illégales nouvellement créées (entre les mois de mars et avril derniers) ont été enregistrées dans un quartier périphérique de Casablanca, selon Benabdallah. Ajoutant que la raison est due en l’absence de l’application de la loi y afférente. Voici encore une fois une preuve du manque de cohérence au niveau des départements ministériels et des failles des stratégies sectorielles. Ce qui explique sa conviction qu’il n’existe pas de stratégies de développement urbain mais plutôt de mise à niveau. Au lieu d’exporter la pauvreté vers la périphérie des villes, il y a lieu de la gérer dans le cadre d’un nouvel équilibre social et politique. L’habitat rural est une autre paire de manche.
Lois rigides et programmes difficiles
Sur ce chapitre, il est relevé la résistance de lois rigides, de programmes difficiles… Le ministre prouve son inaptitude en déclarant : « on reste sur notre cœur de cible à savoir l’habitat urbain ». Une déclaration qui rime avec la citation de Maxime Gorki: « La reconnaissance de l’incapacité à atteindre la réalisation est la réalisation ». Sauf que le commun des mortels, ayant vu sa dignité bafouer par des promoteurs immobiliers, attend des réalisations concrètes et non des paroles en l’air.◆

