Harmonies picturales à Essaouira
Rachid Boudir est un artiste peintre qui vit à Essaouira. Il expose au Sofitel Médina des œuvres à forte touche marocaine, mélange d’abstraction et de figuration.

Rachid Boudir, artiste souiri, multiplies les styles de peinture et expose actuellement au Sofitel Médina d’Essaouira.
Rachid Boudir est un touche-à-tout. Il jongle entre gravure sur cuivre, travail sur papier, collage et peinture abstraite et figurative. Sa peinture est truffée de symboles puisés de sa culture, de son environnement et de sa ville natale. Autodidacte, il peint depuis cinq ans, et compte à son actif plusieurs expositions à Essaouira et à Casablanca, en Palestine et au Qatar.
Vous êtes autodidacte. Comment en êtes-vous venu à la peinture ?
J’ai toujours eu la passion de la peinture, et j’ai toujours essayé de combiner entre tout ce qui est marocain et contemporain. Au début, je réalisais beaucoup de gravures en cuivre puis j’ai travaillé sur le papier et aujourd’hui je travaille sur la toile, ce qui me permet de travailler la matière.
Il y a une disparité entre votre style figuratif épuré et vos œuvres abstraites exaltées ?
On dit qu’un artiste doit cultiver un style personnel, mais dans mon cas ce n’est pas possible, je me sentirai prisonnier. J’ai envie d’être libre. Dans mon travail figuratif, j’insère toujours une touche marocaine. Quant à l’abstraction, j’essaye de mélanger les pigments comme dans un laboratoire, et par conséquent jauger le résultat. J’aime beaucoup le travail de Chaabia, et de Mahi Binebbine, et je m’en inspire.
Vous avez travaillé précédemment sur le corps. Quels sont vos thèmes de prédilection aujourd’hui ?
Mon travail c’est de donner du plaisir à l’oeil mais surtout faire passer un message. Je m’inspire des expériences que j’ai vécues. Dans le travail du corps, les œuvres avaient trait à l’harmonie, la vie de couple, le contraste. Dans l’exposition actuelle, il est question de tabou et de société. Le temps est venu de changer les mentalités et de faire évoluer ceux qui croient encore à la métaphysique, à l’exorcisme – d’où l’utilisation de la main de Fatma – « Khamsa w khmisa », au mauvais sort et aux destins dictés. Il y a beaucoup de tabous dans mes peintures qui ont aussi trait à la virginité, le divorce, le couple, le regard sur la femme, la façon de penser. Il y a des choses qu’il faut changer et j’aspire à celà.
Vous aimez ajouter une touche marocaine à vos tableaux ? Les symboles ? La calligraphie ?
Oui, je trouve que cette spécificité est enrichissante. Les motifs amazighs et arabes reflètent la tolérance incroyable qui règne dans la société marocaine. Quand j’ai exposé à Doha en 2008, lors d’une exposition collective en compagnie d’artistes du monde arabe, je me suis rendu compte à quel point le Maroc est ouvert. C’est aussi à l’image d’Essaouria, cet endroit tolérant où beaucoup de religions se côtoient.
Comment décrivez-vous votre relation avec Essaouira ?
Il y a beaucoup d’avantages artistiques à Essaouira : les couleurs, les lumières, la terre, le fait de ne pas entendre le bruit des voitures, de se concentrer sur le son des mouettes, de vibrer avec la nature. Essaouira est l’endroit idéal pour peindre. De plus, elle regorge d’artistes, d’écrivains et de poètes qui passent leurs vacances ici, ce qui rend l’échange plus facile et plus simple. Il y a beaucoup d’inconvénients également comme l’absence de salles d’expositions. Essaouira est une ville à la fois fermée et ouverte. Elle attend les évènements pour s’ouvrir. Par exemple, à la fin du festival de Gnaoua c’est toujours le retour au calme. Mais cette ville reste un berceau de la tolérance.

